Transmission ends
Trip Start
Oct 31, 2004
1
8
11
Trip End
May 06, 2005
Salut a Tous,
Eh bien voila, fin d'un long periple de deja pres de 22 000km. Je me pose a Shangai avec un ineffable plaisir, le temps de finir de pondre mes probables futurs articles, et j'enquille sur un mois de mission Michelin avant le retour sur Paris, programme pour fin avril, toujours via Ulaan Bator (tu vois Marco, il fallait bien que ca arrive), Irkutsk, le lac Baikal, Petropavlosk, Novosibirsk, Ekaterinburg, Moscou, Prague... Enfin tout ca c'est s'il me reste du temps et de l'argent. Sinon ce sera Pekin-Gare du Nord sans escale. Bof, c'est pas mal non plus. La tournee francaise de la Worldkerros commencera probablement avec les beaux jours d'ete, et deja de nombreux concerts prives programmes a Blois, Saint-Maur, Pontault, Bordeaux, Langoiran, Castres, Nice... (maniere de dire que vos canapes-lits vont bientot etre depoussieres, vos cendriers remplis et vos frigos devalises...).
Bon en tous cas je vais essayer de vous faire un petit resume de ce qui s'est passe depuis Chengdu avant de voir Lete. Je crois que je vous avais laisses en rade autour de Qingcheng San.
Apres l'ascension de ce petit 1600m, je suis parti a l'attaque d'Emei Shan. 3100m, deux pics a 1500 suivis de redescentes, un pic a 1700, un autre a 2000, puis l'ascension jusqu'en haut. Au total 52km tout en escaliers (c'est pas Tao qu'a invente l'escalator non plus) avec de la foret, des gorges, des macaques, des ruisseaux, des temples... pour egayer le parcours. Tot leve, j'ai attaque l'ascension a 6h du mat, pour me poser 45km plus loin le soir, a 18h30, a 5km seulement du sommet, en esperant avoir un beau lever de soleil le lendemain matin.
La premiere heure de route fut plutot penible, le soleil ne se levant pas avant 8h, on voit pas bien les marches glissantes, on voit pas bien ce qui bouge dans les fourres non plus, gros chien, chimpanzes ou moine en meditation... Je suis arrive au premier 1500 avec une legere brume qui innondait la vallee. La visibilite etait un peu meilleure qu'a Qingcheng Shan, mais c'etait pas encore vraiment ca. Le chemin zizague ensuite aux flancs des montagnes plantees de gingko biloba mais egalement de nombreux bambous. Tout le long il y a de nombreuses cahutes ou l'on peut s'arreter pour quelques nouilles sautees.
Quatre zones sont litteralement envahies de singes, des macaques, certains assez gros mais la plupart de taille modeste. La premiere zone se decouvre en s'enfoncant dans une gorge encaissee, en remontant la riviere. Les singes sont surtout reunis sur les ponts, guettant les passants mais plein d'autres tombent en fait de tous les arbres alentours si l'on y prend garde (enfin ils ne tombent pas vraiment, ils sont adroits quand meme). L'un d'eux m'a suivi un non bout de temps, sans doute persuade que mon gros sac a dos etait une reserve gigantesque de 80 litres de cacahuetes. Il a ete un peu decu mais ca ne l'a pas empeche de m'emboiter le pas 20 bonnes minutes, c'etait plutot rigolo de marcher avec un singe, ca faisait un peu Remy sans Famille (si si, vous savez, "venez avec nous, dans nos aventures, plus on est de fous et moins la vie est dure... lalala). J'aime bien les compagnons de voyage comme ca, come frati minor vanno per via comme on dit.
Arrive au "bassin des elephants", les singes sont toutes une armada. Certains meme assez agressifs (enfin ils font de l'intimidation pour avoir de la bouffe quoi). Il y avait la un anglais et une hollandaise qui les repoussaient avec leurs batons, mais ce sont surtout les moines taoistes qui se sont occupes de les chasser. Super fastoche en fait, faut les menacer avc un caillou, mais surtout jamais, jamais lancer le caillou, et aller vers eux en leur criant dessus. En fait depuis des decennies les moines ont tres douloureusement enseigne aux singes ce que ca faisait de se prendre un caillou sur la tronche. Mais vous, si vous avez le malheur de lancer un caillou, d'une part vous risquez de rater le singe, d'aute part ce sont 50 singes qui vont vous lancer des cailloux et eux ne vous manqueront pas (ben ouais, comme dans Tintin.) Donc si vous passez par la et que vous etes encercles de singes, voici les lecons de survie : aucune boisson ou bouffe apparente, tendre les mains vides et ouvertes vers les singes pour montrer que vous n'avez rien a leur donner, et uniquement s'ils deviennent agressifs, prendre un caillou dans la main et le leur montrer. Bon de toutes manieres y'a des moines un peu partout qui vous expliquent ca, et deux des zones de singes sont surveillees en permanence.
Pour aller plus haut il fallu que je kitte mes godasses de desert avec crampons de glace. La encore on peut en acheter des "rustiques" un peu partout sur la montagne. A moins d'avoir d'excellentes chaussures, l'investissement (1,8 euro) vaut vraiment la peine pour boucler l'ascension en hiver.
La derniere partie jusqu'au 3077m peut etre faite en telepherique. A la rigueur je le conseille, parce que a pied c'est vraiment deprimant. Emei Shan a beau etre une montagne sacree, les dizaines de milliers de pelerins passes par la toutes ces annees ont laisse des centaines de milliers d'ordures le long des chemins, pas tres souvent nettoyes sur cette partie semble t'il. Pour rejoindre le pic des mille bouddhas (3099m), sachez qu'on vous interdira l'acces, juge trop dangereux. Il est neanmoins praticable. Une fois passe le 3077, attendez que personne ne vous regarde pour franchir la barriere ou il est ecrit acces interdit (enfin en chinois) et enfoncez-vous dans la petite foret juste derriere. Vous trouverez tres vite des signes laisses par dautres randonneurs pour marquer le bon chemin (petits foulards, tas de cailloux...) jusqu'au pic. Priez pour que la brume se leve un peu et vous offre le super panorama presente dans les halls d'hotel au pied de la montagne, moi je n'ai pas eu cette chance et au sommet je n'ai absolument rien vu.
Un peu a l'est d'Emei Shan, le bouddha geant de Leshan est quelque chose d'impressionnant. 71 metres tout de meme, dominant le fleuve, encastre dans sa falaise. Malheureusement,j'ai ressenti un peu la meme chose qu'a Khiva : l'Unesco fait du bon travail, mais trop de renovations finissent par tuer l'authenticite. J'ai passe un bon moment dans les jardins et temples environnants, mais sans aller vers les pagodes en haut de la colline. C'etait encore tout plein d'escaliers et la, mes genoux ils ont besoin de se poser quelques siecles avant de repartir. A ceux qui passeraient a Leshan, evitez les bateaux touristiques qui vous proposent pour 40Y la vue imprenable du bouddha depuis le fleuve. Tres imprenable en fait, j'ai vu passer le bateau depuis la falaise, il reste quelque secondes a peine devant le buddha, que vous apercevrez en entier uniquement si vous etes capable de vous frayer un chemin entre les epaules des dizaines de chinois masses avant vous sur le pont. En outre le chemin de la falaise est tout ce qu'il y a de plus agreable. D'autres statues sont sculptees dans la falaise, mais difficilement accessibles. Pour le coup le bateau doit etre plus valable si on tient a les photographier.
De Chengdu je suis parti pour Chongqing, embarquer sur un des ferries reliant la ville a Wuhan via le Yang Tse et le barrage des trois gorges. J'ai pu rester quatre heures a arpenter Chongqing, grande ville sans le paraitre, encaissee dans les montagnes et les pieds mouillant dans le Yang Tse. L'ancien QG de Tchang Kai Chek aurait sans doute valu un arret plus long. Depuis le fleuve on remonte par des petites ruelles (en escaliers) vers un centre moderne ou l'on trouve meme un gigantesque Carrefour (qui vend surtout des chaussures semble-t'il, mais a la maniere chinoise : sur 12 etages de 5000 metres carres chacun, de la folie...). Circuler dans les ruelles vous permet d'etre au milieu de la vraie Chine, en navigant dans un interessant contraste ou le marbre domine la montee alors que la descente vous plonge vers le Yang Tse.
Et le Yang Tse !! Allez, on y va, je vous emmene en croisiere... Talala... Love, exciting and new, come aboard, we're expecting you. Love, life is sweetest reward, let it flow, it floats back to you. The loooooooooooooove boat, soon will be making another run. The loooooooooooooove boat...
Bon alors le Yang Tse... Et le bateau pour commener... Ah ben c'est quelque chose hein. Bon concernant le bateau lui-meme, et pour ceux qui s'interessent aux affaires de la marine, ben vous etes confrontes a un truc qui defie les lois de la flottaison (ca flotte la rouille ?). Quand on marche sur le pont ou dans les cabines, on sent la tole qui se deforme sous nos pieds et se redresse apres notre passage en faisant un "ggooooooooonngg" tres sonore. Des machines emanent regulierement des grands bruits de ferraille... Enfin j'etais sur un ferry, il semble que les bateaux touristiques ou se reunissent les occidentaux soient d'une autre gamme (y'en a meme un avec du faux bois et des gueules de dragons sculptees sur la proue, dorees). Nous n'etions que 7 rares occidentaux a bord du ferry : deux kines anglaises rejoignant la Nouvelle-Zelande, et quatre canadiens mais j'ai pas trop bien compris ce qu'ils disaient parce qu'ils machaient tous leur chewing-gums comme si la marche du bateau en dependait.
On a embarque a Chongqing le soir. J'ai tout de suite achete mon billet pour le pont superieur (4.5 euros qui en valent raiment la peine) ou j'ai passe ensuite le plus clair de mon temps. Les deux rives du Yang Tse se deguisent la nuit en collection de Neons publicitaires, le ciel s'illumine de spots et de lasers, et des petards explosent de partout, repandant une fumee et une odeur de poudre qui vous plongent dans une ambiance Apocalypse Now. La nuit, on navigue jusqu'a la cite fantome (Zi ghost City comme on dit de nos jours). Au depart, c'est juste une de ces villes desertees en prevision du prochain remplissage du barrage. Quelques centaines de milliers de chinois delocalises qui laissent derriere eux des ruines et des ordures. On visite ensuite les temples et les pagodes en grimpant la colline avant de redescendre vers la Ghost City elle-meme. A la base c'est un impressionnant complexe architectural bati sur le theme de l'au-dela, des tortures infernales, des revenants... Les escaliers monumentaux sont decores de diablotins, les portes sont des cranes ou des machoires monstrueuses... Et puis les Chinois ont mis leur touche personnelle a cet heritage. Les ruelles sont le plus grand centre de vente des invendus d'halloween. Le masque de Scream est un incontournable. Ensuite il y a les salles interieures et leurs intrigants bassins et petits ponts finement sculptes et cet ecriteau en "Chinglish" : "Beware of you are going to tremble with fear". Bah oui, le bel heritage architectural a ete transforme en train fantome, et il faut bien admettre que l'ensemble et d'une part dommageable au site, d'autre part risible, et pour terminer ca ne fait pas peur du tout. Je n'ai pas pousse la visite jusqu'au bout : il fallait pour sortir du temple payer 4Y un petit train bonde de chinois effrayes avec sans doute des araignees en plastique qui vous tombent dessus. Deprimant. J'ai fait demi-tour avec les deux anglaises, je ne sais pas ce que les canadiens ont pense du train mais au retor ils machaient toujours aussi fort leurs chewing-gums... Il faut vous dire qu'avec les deux anglaises nous avons pris un enorme risque. Songez un peu : on a marche en sens inverse de la file pour ressortir du temple, et de fait perdu de vue notre guide avec le petit drapeau (si si, comme sur les Champs Elysees, on visite comme ca ici, et ceux qui perdent le drapeau de vue sombrent dans une panique folle) sous les quolibets des chinois qui devaient nous dire quelque chose du genre "mais enfin vous perdez le sens commun, le drapeau va dans l'autre sens !!!". Fort heureusement nous avons su retrouver l'enorme bateau amarre au pied de la cite fantome (un coup de chance) sans trop de problemes.
Le bateau repart ensuite pour une partie du periple ou les rives sont encore quasi plates (comprenez pas de sommet superieur a 300m) ou l'on contemple l'hallucinant travail des chinois pour la construction du barrage des trois gorges. Le fleuve s'arrete au pied de villes en ruines, desertees, grises, poussiereuses, alors que quelques centaines de metres au-dessus tronent des villes modernes, toutes en barres d'immeubles, ou la population a ete reinstallee. Les Chinois sont tres fiers de ces nouvelles villes, qui tronent tels des oppidums modernes en attendant de devenir des presqu'iles.
L'arret suivant est consacre a la visite d'une pagode sur 8 etages, dont la structure de bois a ete adossee a la falaise. Il n'y a plus grand chose a voir a l'interieur. La presqu'ile devrait devenir une ile avec le remplissage du barrage, et seul le haut de la pagode devrait encore depasser de l'eau.
Le dernier arret pour la soiree mene vers un temple millenaire ou vivait un guerrier legendaire, assassine par ses soldats qui oublierent de crever un oeil a leur victime. Celle-ci fut donc capable de les reconnaitre aux enfers et d'en tirer une sournoise vengeance (enfin c'est un peu flou mais c'est un chinois qui m'a raconte ca alors...).
Je pensais rester la nuit encore sur le pont superieur, qui pour une raison inconnue a ferme (sans doute pas assez de monde au karaoke) et ai donc migre pour visiter le navire. Les secondes classes sont aux 4e et 3e ponts, chambres de quatre lits avec cabine de douche et TV. Les premieres classes sont a l'avant du navire, ou elles disposent d'un pont prive et d'un bar classe (disons avec de la moquette par terre). Aux ponts inferieurs, c'est la masse des troisieme classe. Plus de moquette au sol mais des torchons, une forte odeur emanant des toilettes publiques, un refectoire ou l'on marche litteralement a travers les ordures (pots de nouilles, pelures d'oranges, crachats...) et un intense nuage de tabac. Les gens sont entasses les uns sur les autres dans des cabines de 8 a 12 lits ou dans le refectoire pour ceux qui n'ont pas eu de billets. Ils dorment a meme le sol, avec des sacs poubelles en guise d'oreiller. Le nouvel an chinois est en grande partie responsable de cet entassement : nombreux sont ceux qui n'ont pas pu trouver de billet de train ou de bus pour se rendre a Yichang ou Wuhan. Les ponts arrieres leur sont accessibles, ils sont bondes et constituent sans doute l'une des principales sources de pollution du Yang Tse : pots de nouilles a nouveau, cannettes de biere, les sacs poubelles trop encombrans, les reste de repas... Tout est balance par dessus bord, creant un sillage de merde derriere le bateau assez deprimant quand on le contemple depuis le pont superieur. Reste que l'ambiance est quand meme bon enfant, des gens sympas, curieux, pas habitues a voir des occidentaux aux ponts inferieurs bien sur (d'ailleurs il vaut mieux ne pas trop y trainer le soir). Je me suis encore fait humilier aux echecs chinois, mais ete beaucoup plus performant en apprenant leur jeux de carte aux regles incomparablement plus simples.
C'est aussi l'endroit ou l'on recolte les legendes du Yang tse. On m'a raconte que dans le fleuve vivait un poisson de 150 metres de long ressemblant a un cochon. Lorsqu'on le tue, il crie come un cochon. Il peut avaler des navires entiers. Evidemment personne n'a jamais vu ce poisson mais chacun connait quelqu'un qui a rencontre un homme de confiance lui ayant raconte que son oncle etait marin et qu'il en avait tue un par accident avec les helices de son bateau. Ailleurs, si l'on suit l'un des discrets bras du fleuves sur 100km, on peut ariver chez les "hommes sauvages". Comme des etres humains en apparence, mais comme des animaux dans la maniere de vivre, avec une ville construite dans les arbres, et tuant et mangeant tout ce qui passe sur leur territoire. Evidemment personne n'a jamais vu ces hommes sauvages mais chacun connait quelqu'un qui a rencontre un homme de confiance lui ayant raconte que son oncle etait chasseur et qu'il en avait tue un lors d'un hiver de famine pour nourrir sa famille.
Etc...
Le lendemain matin commence la visite des tois gorges. On quite le grand ferry pour suivre le petit drapeau qui nous mene vers des embarcations de taille plus modeste ou l'on embarque a une vingtaine et ou un nouveau guide se charge de nous faire une explication rapide des trois gorges avant de proposer des cartes postales, livres, timbres, DVD... Bon les trois gorges c'est effectivement d'une beaute rare. Le bateau flotte sur le fleuve qui s'encaisse de plus en plus en s'enfoncant dans le bras de la riviere. L'erosion a faconne des formes hallucinantes, les stries des roches partent dans tous les sens, au flanc des falaises on voit des grottes d'ours, des hommes coupant des herbes, des singes qui sautent dans tous les arbres ou circulent en famille sur un petit sentier. Quelques iles sont encore habitees. La jonque repose devant de vieilles maisons en stuc entourees de leurs petits potagers. Pour l'entree dans les trois petites gorges, on passe a nouveau sur un bateau plus petit qui mene vers un temple et une pagode. La ca devient un peu plus touristique. Des chinois sont postes un peu partout en habit traditionnel, faisant mine de porter du bois, et commencent a chanter des que le bateau arrive (les guides font mine de vous expliquer a quel point vous avez de la chance de voir un si inattendu spectacle). Il y a meme une chanteuse postee au milieu de la riviere sur sa jonque. Par mesure de securite elle n'est pas en habit traditionnel mais revetue d'un gilet de sauvetage orange et chante dans un haut parleur. Les temples et les pagodes sont le paradis des antiquites evidemment, des pieces uniques, bien sur, pas chere, ben tiens, prix special pour les francais ben voyons... Ca gache un peu. Enfin je joue mes sectaires a la con mais c'est vrai que je suis pas trop habitue au tourisme organise comme ca. Mais c'est drole.
Le soleil a decide de se lever juste quand nous somme sortis des 3 gorges pour embarquer de nouveau sur le ferry. J'ai passe l'apres-midi sur le pont superieur, a m'impregner de chaleur en regardant les rives, de plus en plus sauvages, defiler de part et d'autres alors que nous penetrions dans les deux dernieres gorges avant le barrage.
La derniere nuit est consacree au franchissement de ce barrage, qui prend tout de meme 5h. Alors la, le Love boat se devoile vraiment. Les premieres et secondes classes peuvent aller sur le pont superieur, le bar-karaoke vide les chaises et se tansforme en discotheque, les chinois se mitraillent de photos (de preference avec un occidental, donc en l'occurence moi), et c'est la grande fete. Les chinois sont tres fiers de leur barrage mais bon, faut quand meme leur parler un peu dAssouan parce qu'ils nous feraient croire qu'ils ont invente le beton sinon hein ? Le barrage est un complexe enorme qui compte 5 portes pour descendre de plus de 60 m (pas loin de 90 quand le barrage aura ete completement rempli en 2009). Chaque porte prend a elle-seule pres de 10 minutes pour se fermer. A l'interieur, on pourrait placer 6 ferries come celui sur lequel j'etais. Au bout de la premiere porte, les chinois se lassent et retournent a la discotheque. Je suis reste sur le pont jusqu'a 3h du matin, et finit la nuit en regardant les rives eclairees de mille lumieres jusqu'a Yichang.
Impossible sauf en ete de poursuivre le Yang tse jusqu'a Shangai, j'ai donc pris un bus jusqu'a Wuhan, et de la un train jusqu'a l'ancienne concession francaise.
Shangai est une ville folle. Un New-York gigantesque, des bistrots parisiens, un centre d'affaires hors d'echelle, un fleuve ou se melent les jonques de transport de bois, de buffles, de charbon avec les bateaux de luxe et les grands transports de fret dans un bordel sans nom...
Apres les randos et les courtes et blanches nuits sur le Yang Tse, ma premiere demarche en arrivant a Shangai fut de dormir jusqu'au lendemain matin 9h, un grand grand luxe que je ne m'etais pas offert depuis longtemps. Ce n'est ni le bruit ni le froid qui m'ont reveille, mais l'odeur de l'Ocean, la, a quelques centaines de metres, le Pacifique. J'ai trouve un petit hotel pas cher du tout ou j'ai pose mon barda pour foncer vers le bund, et marcher le long de la berge de l'ancienne concession francaise. D'un cote les gigantesques buildings d'avant et d'apres guerre, de l'autre les tours de verre modernes. Imaginez a Paris, la Seine quatre ou cinq fois plus large, avec sur une rive la Defense avec encore plus de tours, et sur l'autre des imeubles haussmaniens et vous commencerez a apercevoir Shangai. J'ai apprecie une temperature largement superieure a 10 degres, tout en regrettant l'eternelle presence de ce gigantesque nuage qui couvre donc la Chine, c'est officiel, des Tian Shan jusqu'au Pacifique (ou bien alors il est tout petit mais me suit de vachement pres).
Entre le bund et le grand boulevard, il y a l'anncienne cite avec ses innombrables magasins de souvenirs, et plus au nord des petits bazars, un quartier uyghur, ou l'on mange d'excellentes brochettes de poulet ou de poulpes autour d'une bonne biere (ca c'est pour nous messieurs). Pour vous mesdames, il ya Nanjing Road, un gigantesque centre commercial a l'air libre : une rue pietonne de pres de 1.5km de long avec que des boutiques (soit, en additionnant les deux cotes, 3km de fringues, bottes, lunettes, chaussures, magasins de marques ou degriffes, et plus encore si l'on se met a compter les etages...). Si vous etes fatiguees d'avance, vous pouvez emprunter l'un des nombreux petits trains electriques qui vous deposent et vous reprennent a la boutique de votre choix. Et pour pouvoir enfiler la robe que vous avez achetee-bien-que-trop-petite-mais-elle-vous-plaisait-tellement-que-vous-l'avez-achetee-quand-meme vous pouvez vous arreter dans un resto vegetarien ou japonais en esperant retrouver la ligne. Par contre si vous voulez que le pantalon-trop-grand-pour-vous-mais-vous-l'avez-achete-quand-meme-parce-que-c'etait-le-dernier vous moule correctement, une bonne centaine d'enseignes MacDo, KFC, Pizza Hut, Haagen Dazs, Starbuck vous tendent les bras.
Au bout de Nanjing Road on trouve le musee d'art de Shangai, ou j'ai passe trois bonnes heures. Etaient exposees quelques oeuvres de Yan Pei Ming qui peint avec une rare violence (je vous le conseille s'il expose en France, ou il vivait jusqu'a 'annee derniere). On a l'impression qu'il peint avec un fouet en fait. Jai surtout passe du temps devant 108 brigands au bord de l'eau, admirable d'intensite dans 108 visages peints a la force et qui vous scrutent pour connaitre le votre. Ca me rappelait le second tome du Combat Ordinaire, pour ceux qui connaissent. Et puis la je sens que je vais faire des jaloux, mais comme en Chine c'est l'annee de la France, be Beaubourg avait sorti le grand jeu et amene toute sa collection Nouvelle Vague (wwooaahh, delire), et meme toute une piece consacree a l'influence du film noir dans la narration figurative (boooaah, j'en connais deja qui sont en train d'acheter leur billet d'avion), et plein d'oeuvres de Rancillac (de-gou-tes!!!), on pouvait aussi sassoeir et visionner le film de Villegle, "un mythe dans la ville" (ohlala, y'en a qui se sont deconnectes la !).. Bon j'arrete. Vous avez qu'a aller a Beaubourg ah ah, quand les collections seront revenues. Ah ah !
Voila, l'ultime news du moment c'est la mort definitive de mon bon vieux Canon AE1 et l'achat d'un Nikon D100 qui devrait me permettre, pour le prochain voyage, d'agrementer les WKN de quelques photos.
Et puis il fallait bien que ca arrive, ben oui. Transmission Ends. Vous lisez en ce moment les dernieres lignes de la WorldKerros Newsletter telle que nous la connaissons vous et moi. D'une part je ne pense pas que j'aurai grand chose de passionnant a raconter dans les semaines a venir, puisque je vais surtout arpenter les hotels de Xi'An et Pekin pour vous pondre un joli guide bibendum. D'autre part l'heure est venue aussi sans doute de vous rendre a tous votre liberte. Finis les matins reveils penibles, l'arrivee angoissee au bureau devant l'ordinateur, cafetiere en panne et espaces non fumeurs qui s'etendent avec cette question en tete : "vais-je recevoir aujourd'hui une WKN ? Combien de pages ? Combien de temps ca va me prendre de tout lire ? Quel jeu de mots vaseux vais-je encore devoir supporter ? Comment me sentirais-je apres en regardant la circulation par la fenetre de mon bureau au 12eme etage de cette tour de verre ?... etc." A l'avenir vous devriez pouvoir chosir de lire (ou pas) la WKN 2.0 directement sur le oueb, en vous connectant (ou pas) au site que theoriquement je devrais deja etre capable de gerer tout seul (mais comme vous le voyez, c'est un echec pour cette premiere tentative).
Ce miracle qui vous est servi sur un plateau, je n'y suis pas pour grand chose (meme rien a vrai dire), vous le devez a Sa Majeste Technologique Tres Venerable et Tres Haut Placee, Chevalier du ouorldouaydouebe et Grand Chancelier des Blog : Samuel Landon-Kyrghsztan, sans qui rien n'eut ete possible. Merci Samuel donc ! Pour ceux qui auraient du temps a gagner, faites d'ailleurs un tour sur le tres enigmatique site www.transfert.org, ca merite qu'on s'y attarde.
Allez, bien des choses a Tous, merci de nous avoir suivi,
RV
Eh bien voila, fin d'un long periple de deja pres de 22 000km. Je me pose a Shangai avec un ineffable plaisir, le temps de finir de pondre mes probables futurs articles, et j'enquille sur un mois de mission Michelin avant le retour sur Paris, programme pour fin avril, toujours via Ulaan Bator (tu vois Marco, il fallait bien que ca arrive), Irkutsk, le lac Baikal, Petropavlosk, Novosibirsk, Ekaterinburg, Moscou, Prague... Enfin tout ca c'est s'il me reste du temps et de l'argent. Sinon ce sera Pekin-Gare du Nord sans escale. Bof, c'est pas mal non plus. La tournee francaise de la Worldkerros commencera probablement avec les beaux jours d'ete, et deja de nombreux concerts prives programmes a Blois, Saint-Maur, Pontault, Bordeaux, Langoiran, Castres, Nice... (maniere de dire que vos canapes-lits vont bientot etre depoussieres, vos cendriers remplis et vos frigos devalises...).
Bon en tous cas je vais essayer de vous faire un petit resume de ce qui s'est passe depuis Chengdu avant de voir Lete. Je crois que je vous avais laisses en rade autour de Qingcheng San.
Apres l'ascension de ce petit 1600m, je suis parti a l'attaque d'Emei Shan. 3100m, deux pics a 1500 suivis de redescentes, un pic a 1700, un autre a 2000, puis l'ascension jusqu'en haut. Au total 52km tout en escaliers (c'est pas Tao qu'a invente l'escalator non plus) avec de la foret, des gorges, des macaques, des ruisseaux, des temples... pour egayer le parcours. Tot leve, j'ai attaque l'ascension a 6h du mat, pour me poser 45km plus loin le soir, a 18h30, a 5km seulement du sommet, en esperant avoir un beau lever de soleil le lendemain matin.
La premiere heure de route fut plutot penible, le soleil ne se levant pas avant 8h, on voit pas bien les marches glissantes, on voit pas bien ce qui bouge dans les fourres non plus, gros chien, chimpanzes ou moine en meditation... Je suis arrive au premier 1500 avec une legere brume qui innondait la vallee. La visibilite etait un peu meilleure qu'a Qingcheng Shan, mais c'etait pas encore vraiment ca. Le chemin zizague ensuite aux flancs des montagnes plantees de gingko biloba mais egalement de nombreux bambous. Tout le long il y a de nombreuses cahutes ou l'on peut s'arreter pour quelques nouilles sautees.
Quatre zones sont litteralement envahies de singes, des macaques, certains assez gros mais la plupart de taille modeste. La premiere zone se decouvre en s'enfoncant dans une gorge encaissee, en remontant la riviere. Les singes sont surtout reunis sur les ponts, guettant les passants mais plein d'autres tombent en fait de tous les arbres alentours si l'on y prend garde (enfin ils ne tombent pas vraiment, ils sont adroits quand meme). L'un d'eux m'a suivi un non bout de temps, sans doute persuade que mon gros sac a dos etait une reserve gigantesque de 80 litres de cacahuetes. Il a ete un peu decu mais ca ne l'a pas empeche de m'emboiter le pas 20 bonnes minutes, c'etait plutot rigolo de marcher avec un singe, ca faisait un peu Remy sans Famille (si si, vous savez, "venez avec nous, dans nos aventures, plus on est de fous et moins la vie est dure... lalala). J'aime bien les compagnons de voyage comme ca, come frati minor vanno per via comme on dit.
Arrive au "bassin des elephants", les singes sont toutes une armada. Certains meme assez agressifs (enfin ils font de l'intimidation pour avoir de la bouffe quoi). Il y avait la un anglais et une hollandaise qui les repoussaient avec leurs batons, mais ce sont surtout les moines taoistes qui se sont occupes de les chasser. Super fastoche en fait, faut les menacer avc un caillou, mais surtout jamais, jamais lancer le caillou, et aller vers eux en leur criant dessus. En fait depuis des decennies les moines ont tres douloureusement enseigne aux singes ce que ca faisait de se prendre un caillou sur la tronche. Mais vous, si vous avez le malheur de lancer un caillou, d'une part vous risquez de rater le singe, d'aute part ce sont 50 singes qui vont vous lancer des cailloux et eux ne vous manqueront pas (ben ouais, comme dans Tintin.) Donc si vous passez par la et que vous etes encercles de singes, voici les lecons de survie : aucune boisson ou bouffe apparente, tendre les mains vides et ouvertes vers les singes pour montrer que vous n'avez rien a leur donner, et uniquement s'ils deviennent agressifs, prendre un caillou dans la main et le leur montrer. Bon de toutes manieres y'a des moines un peu partout qui vous expliquent ca, et deux des zones de singes sont surveillees en permanence.
Pour aller plus haut il fallu que je kitte mes godasses de desert avec crampons de glace. La encore on peut en acheter des "rustiques" un peu partout sur la montagne. A moins d'avoir d'excellentes chaussures, l'investissement (1,8 euro) vaut vraiment la peine pour boucler l'ascension en hiver.
La derniere partie jusqu'au 3077m peut etre faite en telepherique. A la rigueur je le conseille, parce que a pied c'est vraiment deprimant. Emei Shan a beau etre une montagne sacree, les dizaines de milliers de pelerins passes par la toutes ces annees ont laisse des centaines de milliers d'ordures le long des chemins, pas tres souvent nettoyes sur cette partie semble t'il. Pour rejoindre le pic des mille bouddhas (3099m), sachez qu'on vous interdira l'acces, juge trop dangereux. Il est neanmoins praticable. Une fois passe le 3077, attendez que personne ne vous regarde pour franchir la barriere ou il est ecrit acces interdit (enfin en chinois) et enfoncez-vous dans la petite foret juste derriere. Vous trouverez tres vite des signes laisses par dautres randonneurs pour marquer le bon chemin (petits foulards, tas de cailloux...) jusqu'au pic. Priez pour que la brume se leve un peu et vous offre le super panorama presente dans les halls d'hotel au pied de la montagne, moi je n'ai pas eu cette chance et au sommet je n'ai absolument rien vu.
Un peu a l'est d'Emei Shan, le bouddha geant de Leshan est quelque chose d'impressionnant. 71 metres tout de meme, dominant le fleuve, encastre dans sa falaise. Malheureusement,j'ai ressenti un peu la meme chose qu'a Khiva : l'Unesco fait du bon travail, mais trop de renovations finissent par tuer l'authenticite. J'ai passe un bon moment dans les jardins et temples environnants, mais sans aller vers les pagodes en haut de la colline. C'etait encore tout plein d'escaliers et la, mes genoux ils ont besoin de se poser quelques siecles avant de repartir. A ceux qui passeraient a Leshan, evitez les bateaux touristiques qui vous proposent pour 40Y la vue imprenable du bouddha depuis le fleuve. Tres imprenable en fait, j'ai vu passer le bateau depuis la falaise, il reste quelque secondes a peine devant le buddha, que vous apercevrez en entier uniquement si vous etes capable de vous frayer un chemin entre les epaules des dizaines de chinois masses avant vous sur le pont. En outre le chemin de la falaise est tout ce qu'il y a de plus agreable. D'autres statues sont sculptees dans la falaise, mais difficilement accessibles. Pour le coup le bateau doit etre plus valable si on tient a les photographier.
De Chengdu je suis parti pour Chongqing, embarquer sur un des ferries reliant la ville a Wuhan via le Yang Tse et le barrage des trois gorges. J'ai pu rester quatre heures a arpenter Chongqing, grande ville sans le paraitre, encaissee dans les montagnes et les pieds mouillant dans le Yang Tse. L'ancien QG de Tchang Kai Chek aurait sans doute valu un arret plus long. Depuis le fleuve on remonte par des petites ruelles (en escaliers) vers un centre moderne ou l'on trouve meme un gigantesque Carrefour (qui vend surtout des chaussures semble-t'il, mais a la maniere chinoise : sur 12 etages de 5000 metres carres chacun, de la folie...). Circuler dans les ruelles vous permet d'etre au milieu de la vraie Chine, en navigant dans un interessant contraste ou le marbre domine la montee alors que la descente vous plonge vers le Yang Tse.
Et le Yang Tse !! Allez, on y va, je vous emmene en croisiere... Talala... Love, exciting and new, come aboard, we're expecting you. Love, life is sweetest reward, let it flow, it floats back to you. The loooooooooooooove boat, soon will be making another run. The loooooooooooooove boat...
Bon alors le Yang Tse... Et le bateau pour commener... Ah ben c'est quelque chose hein. Bon concernant le bateau lui-meme, et pour ceux qui s'interessent aux affaires de la marine, ben vous etes confrontes a un truc qui defie les lois de la flottaison (ca flotte la rouille ?). Quand on marche sur le pont ou dans les cabines, on sent la tole qui se deforme sous nos pieds et se redresse apres notre passage en faisant un "ggooooooooonngg" tres sonore. Des machines emanent regulierement des grands bruits de ferraille... Enfin j'etais sur un ferry, il semble que les bateaux touristiques ou se reunissent les occidentaux soient d'une autre gamme (y'en a meme un avec du faux bois et des gueules de dragons sculptees sur la proue, dorees). Nous n'etions que 7 rares occidentaux a bord du ferry : deux kines anglaises rejoignant la Nouvelle-Zelande, et quatre canadiens mais j'ai pas trop bien compris ce qu'ils disaient parce qu'ils machaient tous leur chewing-gums comme si la marche du bateau en dependait.
On a embarque a Chongqing le soir. J'ai tout de suite achete mon billet pour le pont superieur (4.5 euros qui en valent raiment la peine) ou j'ai passe ensuite le plus clair de mon temps. Les deux rives du Yang Tse se deguisent la nuit en collection de Neons publicitaires, le ciel s'illumine de spots et de lasers, et des petards explosent de partout, repandant une fumee et une odeur de poudre qui vous plongent dans une ambiance Apocalypse Now. La nuit, on navigue jusqu'a la cite fantome (Zi ghost City comme on dit de nos jours). Au depart, c'est juste une de ces villes desertees en prevision du prochain remplissage du barrage. Quelques centaines de milliers de chinois delocalises qui laissent derriere eux des ruines et des ordures. On visite ensuite les temples et les pagodes en grimpant la colline avant de redescendre vers la Ghost City elle-meme. A la base c'est un impressionnant complexe architectural bati sur le theme de l'au-dela, des tortures infernales, des revenants... Les escaliers monumentaux sont decores de diablotins, les portes sont des cranes ou des machoires monstrueuses... Et puis les Chinois ont mis leur touche personnelle a cet heritage. Les ruelles sont le plus grand centre de vente des invendus d'halloween. Le masque de Scream est un incontournable. Ensuite il y a les salles interieures et leurs intrigants bassins et petits ponts finement sculptes et cet ecriteau en "Chinglish" : "Beware of you are going to tremble with fear". Bah oui, le bel heritage architectural a ete transforme en train fantome, et il faut bien admettre que l'ensemble et d'une part dommageable au site, d'autre part risible, et pour terminer ca ne fait pas peur du tout. Je n'ai pas pousse la visite jusqu'au bout : il fallait pour sortir du temple payer 4Y un petit train bonde de chinois effrayes avec sans doute des araignees en plastique qui vous tombent dessus. Deprimant. J'ai fait demi-tour avec les deux anglaises, je ne sais pas ce que les canadiens ont pense du train mais au retor ils machaient toujours aussi fort leurs chewing-gums... Il faut vous dire qu'avec les deux anglaises nous avons pris un enorme risque. Songez un peu : on a marche en sens inverse de la file pour ressortir du temple, et de fait perdu de vue notre guide avec le petit drapeau (si si, comme sur les Champs Elysees, on visite comme ca ici, et ceux qui perdent le drapeau de vue sombrent dans une panique folle) sous les quolibets des chinois qui devaient nous dire quelque chose du genre "mais enfin vous perdez le sens commun, le drapeau va dans l'autre sens !!!". Fort heureusement nous avons su retrouver l'enorme bateau amarre au pied de la cite fantome (un coup de chance) sans trop de problemes.
Le bateau repart ensuite pour une partie du periple ou les rives sont encore quasi plates (comprenez pas de sommet superieur a 300m) ou l'on contemple l'hallucinant travail des chinois pour la construction du barrage des trois gorges. Le fleuve s'arrete au pied de villes en ruines, desertees, grises, poussiereuses, alors que quelques centaines de metres au-dessus tronent des villes modernes, toutes en barres d'immeubles, ou la population a ete reinstallee. Les Chinois sont tres fiers de ces nouvelles villes, qui tronent tels des oppidums modernes en attendant de devenir des presqu'iles.
L'arret suivant est consacre a la visite d'une pagode sur 8 etages, dont la structure de bois a ete adossee a la falaise. Il n'y a plus grand chose a voir a l'interieur. La presqu'ile devrait devenir une ile avec le remplissage du barrage, et seul le haut de la pagode devrait encore depasser de l'eau.
Le dernier arret pour la soiree mene vers un temple millenaire ou vivait un guerrier legendaire, assassine par ses soldats qui oublierent de crever un oeil a leur victime. Celle-ci fut donc capable de les reconnaitre aux enfers et d'en tirer une sournoise vengeance (enfin c'est un peu flou mais c'est un chinois qui m'a raconte ca alors...).
Je pensais rester la nuit encore sur le pont superieur, qui pour une raison inconnue a ferme (sans doute pas assez de monde au karaoke) et ai donc migre pour visiter le navire. Les secondes classes sont aux 4e et 3e ponts, chambres de quatre lits avec cabine de douche et TV. Les premieres classes sont a l'avant du navire, ou elles disposent d'un pont prive et d'un bar classe (disons avec de la moquette par terre). Aux ponts inferieurs, c'est la masse des troisieme classe. Plus de moquette au sol mais des torchons, une forte odeur emanant des toilettes publiques, un refectoire ou l'on marche litteralement a travers les ordures (pots de nouilles, pelures d'oranges, crachats...) et un intense nuage de tabac. Les gens sont entasses les uns sur les autres dans des cabines de 8 a 12 lits ou dans le refectoire pour ceux qui n'ont pas eu de billets. Ils dorment a meme le sol, avec des sacs poubelles en guise d'oreiller. Le nouvel an chinois est en grande partie responsable de cet entassement : nombreux sont ceux qui n'ont pas pu trouver de billet de train ou de bus pour se rendre a Yichang ou Wuhan. Les ponts arrieres leur sont accessibles, ils sont bondes et constituent sans doute l'une des principales sources de pollution du Yang Tse : pots de nouilles a nouveau, cannettes de biere, les sacs poubelles trop encombrans, les reste de repas... Tout est balance par dessus bord, creant un sillage de merde derriere le bateau assez deprimant quand on le contemple depuis le pont superieur. Reste que l'ambiance est quand meme bon enfant, des gens sympas, curieux, pas habitues a voir des occidentaux aux ponts inferieurs bien sur (d'ailleurs il vaut mieux ne pas trop y trainer le soir). Je me suis encore fait humilier aux echecs chinois, mais ete beaucoup plus performant en apprenant leur jeux de carte aux regles incomparablement plus simples.
C'est aussi l'endroit ou l'on recolte les legendes du Yang tse. On m'a raconte que dans le fleuve vivait un poisson de 150 metres de long ressemblant a un cochon. Lorsqu'on le tue, il crie come un cochon. Il peut avaler des navires entiers. Evidemment personne n'a jamais vu ce poisson mais chacun connait quelqu'un qui a rencontre un homme de confiance lui ayant raconte que son oncle etait marin et qu'il en avait tue un par accident avec les helices de son bateau. Ailleurs, si l'on suit l'un des discrets bras du fleuves sur 100km, on peut ariver chez les "hommes sauvages". Comme des etres humains en apparence, mais comme des animaux dans la maniere de vivre, avec une ville construite dans les arbres, et tuant et mangeant tout ce qui passe sur leur territoire. Evidemment personne n'a jamais vu ces hommes sauvages mais chacun connait quelqu'un qui a rencontre un homme de confiance lui ayant raconte que son oncle etait chasseur et qu'il en avait tue un lors d'un hiver de famine pour nourrir sa famille.
Etc...
Le lendemain matin commence la visite des tois gorges. On quite le grand ferry pour suivre le petit drapeau qui nous mene vers des embarcations de taille plus modeste ou l'on embarque a une vingtaine et ou un nouveau guide se charge de nous faire une explication rapide des trois gorges avant de proposer des cartes postales, livres, timbres, DVD... Bon les trois gorges c'est effectivement d'une beaute rare. Le bateau flotte sur le fleuve qui s'encaisse de plus en plus en s'enfoncant dans le bras de la riviere. L'erosion a faconne des formes hallucinantes, les stries des roches partent dans tous les sens, au flanc des falaises on voit des grottes d'ours, des hommes coupant des herbes, des singes qui sautent dans tous les arbres ou circulent en famille sur un petit sentier. Quelques iles sont encore habitees. La jonque repose devant de vieilles maisons en stuc entourees de leurs petits potagers. Pour l'entree dans les trois petites gorges, on passe a nouveau sur un bateau plus petit qui mene vers un temple et une pagode. La ca devient un peu plus touristique. Des chinois sont postes un peu partout en habit traditionnel, faisant mine de porter du bois, et commencent a chanter des que le bateau arrive (les guides font mine de vous expliquer a quel point vous avez de la chance de voir un si inattendu spectacle). Il y a meme une chanteuse postee au milieu de la riviere sur sa jonque. Par mesure de securite elle n'est pas en habit traditionnel mais revetue d'un gilet de sauvetage orange et chante dans un haut parleur. Les temples et les pagodes sont le paradis des antiquites evidemment, des pieces uniques, bien sur, pas chere, ben tiens, prix special pour les francais ben voyons... Ca gache un peu. Enfin je joue mes sectaires a la con mais c'est vrai que je suis pas trop habitue au tourisme organise comme ca. Mais c'est drole.
Le soleil a decide de se lever juste quand nous somme sortis des 3 gorges pour embarquer de nouveau sur le ferry. J'ai passe l'apres-midi sur le pont superieur, a m'impregner de chaleur en regardant les rives, de plus en plus sauvages, defiler de part et d'autres alors que nous penetrions dans les deux dernieres gorges avant le barrage.
La derniere nuit est consacree au franchissement de ce barrage, qui prend tout de meme 5h. Alors la, le Love boat se devoile vraiment. Les premieres et secondes classes peuvent aller sur le pont superieur, le bar-karaoke vide les chaises et se tansforme en discotheque, les chinois se mitraillent de photos (de preference avec un occidental, donc en l'occurence moi), et c'est la grande fete. Les chinois sont tres fiers de leur barrage mais bon, faut quand meme leur parler un peu dAssouan parce qu'ils nous feraient croire qu'ils ont invente le beton sinon hein ? Le barrage est un complexe enorme qui compte 5 portes pour descendre de plus de 60 m (pas loin de 90 quand le barrage aura ete completement rempli en 2009). Chaque porte prend a elle-seule pres de 10 minutes pour se fermer. A l'interieur, on pourrait placer 6 ferries come celui sur lequel j'etais. Au bout de la premiere porte, les chinois se lassent et retournent a la discotheque. Je suis reste sur le pont jusqu'a 3h du matin, et finit la nuit en regardant les rives eclairees de mille lumieres jusqu'a Yichang.
Impossible sauf en ete de poursuivre le Yang tse jusqu'a Shangai, j'ai donc pris un bus jusqu'a Wuhan, et de la un train jusqu'a l'ancienne concession francaise.
Shangai est une ville folle. Un New-York gigantesque, des bistrots parisiens, un centre d'affaires hors d'echelle, un fleuve ou se melent les jonques de transport de bois, de buffles, de charbon avec les bateaux de luxe et les grands transports de fret dans un bordel sans nom...
Apres les randos et les courtes et blanches nuits sur le Yang Tse, ma premiere demarche en arrivant a Shangai fut de dormir jusqu'au lendemain matin 9h, un grand grand luxe que je ne m'etais pas offert depuis longtemps. Ce n'est ni le bruit ni le froid qui m'ont reveille, mais l'odeur de l'Ocean, la, a quelques centaines de metres, le Pacifique. J'ai trouve un petit hotel pas cher du tout ou j'ai pose mon barda pour foncer vers le bund, et marcher le long de la berge de l'ancienne concession francaise. D'un cote les gigantesques buildings d'avant et d'apres guerre, de l'autre les tours de verre modernes. Imaginez a Paris, la Seine quatre ou cinq fois plus large, avec sur une rive la Defense avec encore plus de tours, et sur l'autre des imeubles haussmaniens et vous commencerez a apercevoir Shangai. J'ai apprecie une temperature largement superieure a 10 degres, tout en regrettant l'eternelle presence de ce gigantesque nuage qui couvre donc la Chine, c'est officiel, des Tian Shan jusqu'au Pacifique (ou bien alors il est tout petit mais me suit de vachement pres).
Entre le bund et le grand boulevard, il y a l'anncienne cite avec ses innombrables magasins de souvenirs, et plus au nord des petits bazars, un quartier uyghur, ou l'on mange d'excellentes brochettes de poulet ou de poulpes autour d'une bonne biere (ca c'est pour nous messieurs). Pour vous mesdames, il ya Nanjing Road, un gigantesque centre commercial a l'air libre : une rue pietonne de pres de 1.5km de long avec que des boutiques (soit, en additionnant les deux cotes, 3km de fringues, bottes, lunettes, chaussures, magasins de marques ou degriffes, et plus encore si l'on se met a compter les etages...). Si vous etes fatiguees d'avance, vous pouvez emprunter l'un des nombreux petits trains electriques qui vous deposent et vous reprennent a la boutique de votre choix. Et pour pouvoir enfiler la robe que vous avez achetee-bien-que-trop-petite-mais-elle-vous-plaisait-tellement-que-vous-l'avez-achetee-quand-meme vous pouvez vous arreter dans un resto vegetarien ou japonais en esperant retrouver la ligne. Par contre si vous voulez que le pantalon-trop-grand-pour-vous-mais-vous-l'avez-achete-quand-meme-parce-que-c'etait-le-dernier vous moule correctement, une bonne centaine d'enseignes MacDo, KFC, Pizza Hut, Haagen Dazs, Starbuck vous tendent les bras.
Au bout de Nanjing Road on trouve le musee d'art de Shangai, ou j'ai passe trois bonnes heures. Etaient exposees quelques oeuvres de Yan Pei Ming qui peint avec une rare violence (je vous le conseille s'il expose en France, ou il vivait jusqu'a 'annee derniere). On a l'impression qu'il peint avec un fouet en fait. Jai surtout passe du temps devant 108 brigands au bord de l'eau, admirable d'intensite dans 108 visages peints a la force et qui vous scrutent pour connaitre le votre. Ca me rappelait le second tome du Combat Ordinaire, pour ceux qui connaissent. Et puis la je sens que je vais faire des jaloux, mais comme en Chine c'est l'annee de la France, be Beaubourg avait sorti le grand jeu et amene toute sa collection Nouvelle Vague (wwooaahh, delire), et meme toute une piece consacree a l'influence du film noir dans la narration figurative (boooaah, j'en connais deja qui sont en train d'acheter leur billet d'avion), et plein d'oeuvres de Rancillac (de-gou-tes!!!), on pouvait aussi sassoeir et visionner le film de Villegle, "un mythe dans la ville" (ohlala, y'en a qui se sont deconnectes la !).. Bon j'arrete. Vous avez qu'a aller a Beaubourg ah ah, quand les collections seront revenues. Ah ah !
Voila, l'ultime news du moment c'est la mort definitive de mon bon vieux Canon AE1 et l'achat d'un Nikon D100 qui devrait me permettre, pour le prochain voyage, d'agrementer les WKN de quelques photos.
Et puis il fallait bien que ca arrive, ben oui. Transmission Ends. Vous lisez en ce moment les dernieres lignes de la WorldKerros Newsletter telle que nous la connaissons vous et moi. D'une part je ne pense pas que j'aurai grand chose de passionnant a raconter dans les semaines a venir, puisque je vais surtout arpenter les hotels de Xi'An et Pekin pour vous pondre un joli guide bibendum. D'autre part l'heure est venue aussi sans doute de vous rendre a tous votre liberte. Finis les matins reveils penibles, l'arrivee angoissee au bureau devant l'ordinateur, cafetiere en panne et espaces non fumeurs qui s'etendent avec cette question en tete : "vais-je recevoir aujourd'hui une WKN ? Combien de pages ? Combien de temps ca va me prendre de tout lire ? Quel jeu de mots vaseux vais-je encore devoir supporter ? Comment me sentirais-je apres en regardant la circulation par la fenetre de mon bureau au 12eme etage de cette tour de verre ?... etc." A l'avenir vous devriez pouvoir chosir de lire (ou pas) la WKN 2.0 directement sur le oueb, en vous connectant (ou pas) au site que theoriquement je devrais deja etre capable de gerer tout seul (mais comme vous le voyez, c'est un echec pour cette premiere tentative).
Ce miracle qui vous est servi sur un plateau, je n'y suis pas pour grand chose (meme rien a vrai dire), vous le devez a Sa Majeste Technologique Tres Venerable et Tres Haut Placee, Chevalier du ouorldouaydouebe et Grand Chancelier des Blog : Samuel Landon-Kyrghsztan, sans qui rien n'eut ete possible. Merci Samuel donc ! Pour ceux qui auraient du temps a gagner, faites d'ailleurs un tour sur le tres enigmatique site www.transfert.org, ca merite qu'on s'y attarde.
Allez, bien des choses a Tous, merci de nous avoir suivi,
RV

