Zico a Tachkent

Trip Start Oct 07, 2008
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Trip End Oct 28, 2008


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Flag of Uzbekistan  ,
Sunday, October 26, 2008

Salut à Tous,
Fin d’un voyage rapide et sans histoire à la recherche des nouveautés nouvelles en Ouzbékistan. Il m’aura fallu plusieurs jours avant de réaliser à quel point le pays m’avait manqué, après trois ans d’absence. Promis, je n’attendrais plus aussi longtemps pour revenir. D’autant qu’en trois ans, tout a beaucoup changé et l’essentiel de mon activité ici s’est résumé à la réactualisation des informations touristiques. Peu de temps à consacrer à de farfelus reportages ou à la photo. De toutes manières mon vieux Canon m’a encore lâché, il est grand temps que je consacre 400€ de mon budget à l’acquisition du F3 de mes rêves. Bref, il reste quand même le numérique, et même si je n’aime pas trop ça offre une roue de secours confortable.
Je me suis un peu moins retrouvé en France que lors de mes derniers voyages. Les Français sont toujours de plus en plus nombreux, Gros Malin en poche, mais la proportion d’Allemands s’accroît et cette année fut marquée par le débarquement massif de japonais et d’italiens. Avec ces deux derniers groupes, dans le business du tourisme, on sent déjà les ouzbeks qui vont réussir et ceux qui se dirigent vers le nervous breakdown. Effectivement, l’étudiant ouzbek qui s’est fait chier des années durant à apprendre à lire, écrire et parler le japonais, est aujourd’hui bien récompensé dans son travail. Les japonais sont disciplinés à la limite de la bovine attitude. Ils savent d’où ils viennent et où ils vont et à quelle heure et ce qu’ils verront et pourquoi sans que le guide aie besoin de dire quoi que ce soit. Tout est noté sur leur programme qu’ils regardent plus que les monuments ou gens autour d’eux, et transmis à leur oreillette directement par walkman. La main qui ne tient pas le programme est toujours tendue bien haut, téléphone portable vissé dessus avec l’option appareil photo à 15 millions de pixels qui mitraille tout ce que le touriste japonais ne semble décidé qu’à regarder une fois de retour chez lui, mais jamais sur place. Tout juste notre guide ouzbek doit-il intervenir occasionnellement pour signaler qu’il est pipi moins deux minutes ou qu’il est interdit de prendre tel bâtiment gouvernemental en photo. Injonctions auxquelles se soumettent invariablement les japonais, promptement et sans broncher au son d’un rauque « oussss ».
Quid de notre étudiant ouzbek qui se l’est coulée douce à la fac en apprenant l’italien ? Comme tous les guides ouzbeks, il a bu son kilogramme de vodka jusqu’à 5h du matin et se sent un peu pataud et flapi au réveil. Déboulant dans la salle de petit déjeuner, le brouhaha tonitruant qui l’accueille lui semble déjà insurmontable. Et croyez-moi, pour qu’un ouzbek juge qu’il y a trop de bruit quelque part, il faut vraiment que ce soit bruyant. Il essaye de distribuer quelques bonjours et présenter le programme de la journée, mais finalement comme personne ne l’écoute il va se prendre la tête entre les mains devant son café dans un coin de la pièce. Lorsqu’il émerge, il se rend compte que la salle est vide. Enzo est parti voir si la télé ouzbek retransmettait le matche de la Juve, Mario cherche une banque, Dino est parti vomir son petit déjeuner et une tripotée de femmes italiennes se rue sur lui pour lui expliquer tout cela avec force gestes et cris. Au bord de l’évanouissement, il parvient finalement à réunir tout le monde dans le bus et à se rendre au monument dont la visite était programmée 3h plus tôt. Là, ayant émergé de sa cuite, il entreprend les Seldjoukides par ci, les Karakhanides par là, un peu de Tamerlan… et se rend compte qu’il ne s’entend pas lui-même. Forte tête, il décide de se taire et de patienter jusqu’à ce que le calme se rétablisse. Il comprend vite néanmoins que ça prendra autant de temps qu’à une châtaigne pour tomber d’un tabouret. Alors il crie, aussi fort qu’il peut, pour obtenir le silence. Les italiens se taisent alors et le regardent, suspicieux. Au moment où notre guide reprend la parole, on assiste alors à un « split » : Enzo part à la recherche d’un café qui retransmettra le matche de la juve, Enzo s’en va avec sa femme acheter des épices, Dino se téléporte aux toilettes, Matteo fait coucou à tout le monde du haut du minaret, Roberto engueule un ouzbek qui lui a servi un Nescafé© au lait alors qu’il avait demandé un cafffêê ristretto… Il n’y a que Augustino pour rester et signaler au guide que ses deux sœurs Maria et Angelina sont parties au bazar acheter des fringues depuis plus d’une heure et que personne ne les a plus revues… C’est l’occasion ou jamais de faire la photo d’un ouzbek muet, le doigt pointé au ciel, figé, et la bouche béante d’impuissance… Alors il ne reste plus à notre guide, admirons son professionnalisme, qu’à se diriger vers son collègue hilare à la tête du groupe de japonais, emprunter un sabre au hasard, et partir faire sepuku dans la steppe…
Dur métier que celui de guide touristique…
Pour ce qui concerne ce que les voyageurs peuvent voir en Ouzbékistan, et bien il va falloir que je bosse drôlement sur mes présentations de villes. Les rénovations sont toutes terminées, à la limite de l’aseptisation, le grand boulevard créé à Samarkand au niveau du Shah-i-Zinda vaut à la ville une enquête de l’Unesco. Le bazar rasé et les petites tchaïkhanas ont été remplacés par des magasins de souvenirs. A Boukhara toutes les maisons sont désormais des hôtels et Khiva également est en train de basculer. Je suis donc parfaitement heureux d’avoir passé du temps en vallée de Ferghana et à Termez pour goûter à la température du « vrai Ouzbékistan ». Mais le tourisme n’est pas le seul secteur à bouger en Ouzbékistan. A Tachkent et à Ourgentch ont été terminés les splendides bâtiments gouvernementaux à grand renfort de marbres, verreries et dorures, ceints de fontaines et espaces verts qui créent plein d’emplois de tondeurs de pelouse. Le tout est relié au reste de la ville par de larges boulevards où il est impossible de monter une barricade mais en revanche très facile de faire passer des tanks. Urbanisme soviétique primaire qu’en politiquement correct on appelle « rapprocher les grandes instances dirigeantes du petit peuple et favoriser les contacts entre les deux ». Et il est certain que si je veux voyager une prochaine fois en Ouzbékistan sans que les porteurs d’uniforme aux trois lettres magiques s’intéressent de trop près à mon travail, j’ai intérêt à décrire dans le guide la bonne version !
C’est néanmoins à l’abri de ces gentils sbires dévoués à « Papa » que j’ai pu interroger à droite à gauche les récolteurs de coton. Je parle de ceux qui sont envoyés aux champs à 13 ans pour ramener leurs 100 kilos par jour s’ils ne veulent pas être virés de l’école. Euh… pardon, « la masse des jeunes ouzbeks motivés par le brillant rang occupé par leur pays dans la production mondiale de coton et qui souhaitent tous apporter le feu de leur allumette à la grande lumière ouzbek ». Fait rarissime, j’ai même pu interroger un producteur de coton qui m’a narré tout cela sous couvert d’anonymat. Bah, tout cela ne changera rien à l’embargo européen, et comme la récolte du coton est désormais terminée à 90%, je sais que les journaux en France me diront « hors sujet » à mon retour. Pis on a déjà le si averti livre d’Orsenna… Pas grave, je vous rédigerai tout cela dès que j’aurai un peu de temps. Vous verrez, c’est ultra instructif.
Bref, quoi d’autre ? Ah oui, il y a également, à Tachkent, « Broadway, Broadway brisé, broadway outragé, broadway martyrisé et pas libéré du tout ». Là encore on a dégagé manu militari tous les stands de brocante, bars, restos, discothèques etc… pour y construire un grand centre commercial. Euh, c’est la fille de qui déjà qui gère les commerces en Ouzbékistan ??? Bon allez, je me tais… En tous cas les femmes peuvent s’estimer heureuses : Naf-Naf, Mango, Mexx, Zara et Benetton ainsi que Hugo Boss sont présents à Tachkent. Villeroy & Boch aussi, mais c’est moins funky. Pas pour longtemps je dirais, car comme d’habitude, là règle est de limiter les contacts entre les ouzbeks et l’étranger, alors le fringues subiront à mon sens le même sort que les chaînes d’hôtels internationaux ou que… les ONG… par exemple… Juste le temps pour ces grandes marques de comprendre comment ça fonctionne ici.
L’argent du coton sert également à restaurer les quartiers pauvres. La madrasa Barak Khan, par exemple, dans le quartier de Chorsu, a été rénovée, ceinte là encore de beaux jardins, et assortie d’une mosquée. L’institut islamique est également rénové, le dôme en aluminium du mausolée voisin s’est métamorphosé en céramique polychrome… On voit du coup beaucoup de touristes dans ce quartier. Mais pas dans les mahallas voisines où je continue à faire mes photos et où une quelconque entreprise de valorisation des déchets s’assurerait 10 ans d’activité si elle décidait de s’ouvrir le marché. Et l’école du quartier n’est toujours pas dotée d’une bibliothèque ou ne serait-ce que d’un simple ordinateur…
Aaaaaaah, et puis il y a le foot également. Tachkent avait déjà le stade de Pakhtagor. Oui bon, je sais on l’a pas souvent vu en ligue des champions celui là. Mais attention, de grands magnats de… Bon, je me suis engagé à ne divulguer ni noms ni fonctions sur le thème… désolé… Bref, des gens qu’ont plein de pognon ont refait à grands frais le stade militaire, près de la station Sabir Rakhimov et mis en place une nouvelle équipe, Bouniotkor, entraînée, tenez-vous bien, par personne d’autre que le grand Zico (le capitaine brésilien de la brillante équipe des années 80) ! Je ne perds pas l’espoir d’interviewer ce dernier avant de partir. Et qui joue à Bouniotkor ? Un certain Rivaldo par exemple, ou encore le chilien Jose-Luis Vilanueva. Un autre joueur bien connu dont je dois aussi taire le nom devait faire partie de l’équipe, mais lorsqu’il a fait part de ses prétentions financières, on lui a gentiment répondu qu’avec cet argent il était possible de nourrir 27 millions d’Ouzbeks pendant 2 ans. En tous cas Bouniotkor suscite désormais bien plus d’enthousiasme que Pakhtagor et vive le foot !
La présence occidentale s’est également renforcée le 12 octobre dernier avec le premier passage à l’opéra Navoï de tatata… Julio Iglésias !!! Mais quel drame ! Loin de démocratiser son public, le grand Julio ne se présente pas à moins de 150€ la place. Alors évidemment y’avait pas beaucoup d’Ouzbeks à l’entrée, pis moi, naïf, croyant vraiment que j’allais voir Julio en entrant à l’opéra comme d’hab pour 2$, j’ai finalement refusé de cautionner…
Voilà pour les derniers potins ouzbeks. J’ai eu le temps de revoir presque tous mes amis et autant dire qu’Isnel aura pas froid cet hiver avec les manteaux, gilets, chapeaux etc… que lui ont offerts des dizaines d’Ouzbeks. Sans parler des jouets en céramique, tapis pour sa chambre, suzanis pour les murs de sa chambre… Bon, on sera pas obligé de tout mettre gamin. Mais vu la crise qui sévit en France et en Occident en général depuis que je suis parti, c’est toujours ça de pris. J’imagine déjà l’avenir occidental de mon fils, avec ses jouets « made in London », son premier voyage sur « Air Congo-KLM », son premier compte en banque au « Crédit Pékinois » et l’achat de sa première « Jigouli-Clio » pour aller draguer les filles à la « Muraille dorée du Fouquet’s - menu vapeur à 3€ ». Il est où le tiers-monde ????

Allez, bien des choses à Tous,
RV
Tashkent hotels
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