SYLHET CONTOURS
Trip Start
Jan 23, 2012
1
19
29
Trip End
Feb 23, 2012
Vendredi 10 – samedi 11 février
Je m'étais dit que si j’arrivais à Dacca avant 10 h, je repartais tout de suite pour Sylhet, et si j’arrivais après, je restais sur Dacca pour la journée. J’arrive à 9h55, donc je repars…
Voilà le principe du voyage quand tu n’as pas tant de temps que cela : lorsque tu as apprivoisé l’endroit, que la topographie est parfaitement enregistrée, où tu maîtrises les distances et les prix de transport, voire que tu as déjà un soupçon de petites habitudes, paf le chien, il faut repartir vers un autre lieu inconnu, où il faudra trouver un hôtel refuge à ta convenance, où il faudra faire confiance aux gens qui te trimballeront et te renseigneront à ton arrivée, faire fi de la masse et du bruit et te dire que comme d’habitude, tu trouveras une particularité au lieu, que les photos rythmeront ton emploi du temps, etc.
Je m’arrache donc de Cox’s Bazar, halte de repos et de sérénité à mi-parcours de mon voyage. Bus de nuit de la Green Line. Je ne savais pas que de tels bus en parfait état et silencieux existaient au Bangladesh. Certes le prix pour Dacca (1.100 takas) m’avait paru élevé, mais c’était pratique, juste en bas de l’hôtel… Les sièges se déplient presqu’à l’horizontale et comme j’ai paré le coup en prenant avec moi masque, blouson et chaussettes, la nuit a été presque parfaite. Comme en Thaïlande, ce sont des malades de la clim dans ce genre de bus, je suis paré pour faire parti de l’assort du Cap’tain Igloo !!! et comme je dormais déjà, je n’ai pas eu droit à la couverture offerte…
12 heures de trajet.
Je grimpe sur un richshaw pour un léger transfert de lieu et m’embarque pour Silhet à 200 km au nord-est. Les 5 heures annoncées de trajet tiennent bien compte de l’heure qu’il faut pour sortir de Dacca et ses bouchons renommés. Ce chauffeur de bus là est un parfait furieux malade. Pour une fois, je suis placé en arrière et c’est tant mieux. Je connais plus d’une qui aurait fait pipi sous elles de peur en criant leur mère de vouloir descendre. C’est à celui qui doublera le premier, les bus et les camions sont de vrais fusées dangereuses et les routes sont etroites, les bus s’y croisent à peine ou doivent déborder sur les côtés où se trouvent les richshaws, les CNG et les piétons aussi. Il paraît qu’il y a 12.000 morts par an sur les routes. Faites le compte de ce que ça représente par jour. Ca ne m’étonne vraiment pas vu comment ça conduit…
Je passe donc en une journée de l’extrême sud-est à l’extrême nord-est du pays, c’est qu’il va falloir commencer à compter le temps maintenant.
Sylhet est une ville assez cosmopolite dont la plupart des bangladeshis d’Angleterre sont issus. Il y a donc pas mal de paraître de façade sans que les arrière-boutiques changent. Il va falloir que j’aille approfondir ce phénomène.
Le premier hôtel me propose une chambre à 950 takas, trop chère, je vais à l’hôtel Gulsham, un peu moins classieux mais très bien quand même pour 500 takas une immense chambre et salle de bains très correcte. La chambre donne sur une cour, donc sûrement plus confortable au niveau sonore, mais d’où j’écris, j’entends néanmoins un fond de klaxons incessants, de sonnettes, de speakers beuglants (des élections paraît-il en ce moment) et l’appel à la prière, mais pas au boogie-woogie. Vive le calme.
Pour venir de la station de bus, il faut emprunter un pont particulier, dont l’encombrement de piétons et véhicules en tous genres fait penser à un Howrah bridge (Calcutta) en miniature. Ce pont n’étant pas plat mais particulièrement bombé, les richshaws doivent se faire aider de pousseurs qui sont rétribués 2 takas pour leur aide.
Réveil tranquille et petit dej d’un cha et un gâteau sur le bord de la rivière, à l’emplacement du pont. J’entreprends de longer les quais où une animation semble se profiler au loin. Je fais bien, des pirogues débarquent des paniers et des paniers de tomates, choux-fleurs et autres. La rivière est très en contrebas de la route et les coolies doivent grimper les escaliers en portant sur leur tête ces énormes paniers. Le moment est très favorable pour la photo. Il suffit de rester, d’être patient, qu’on ne fasse plus attention à moi (ce n’est pas possible ici à 100%) et qu’ils restent à vaquer à leurs occupations. Ces moments arrivent et c’est un vrai bonheur.
Je remonte et je parcoure la route qui longe la rivière, bordée de boutiques. Là je donne mon pantalon à réparer à nouveau, c’est devenu un jeu. Ici je prends le cha et on cause de rien. J’apprends que merci se dit Donovat ou quelque chose comme ça. Plus loin, en échange de quelques photos, on m’offre des bananes, ça fera mon repas de midi ! Plus loin c’est ma sandale gauche que je donne à réparer à ce cordonnier accroupi. Je tends un billet de 100 takas. A sa moue, je pense n’avoir pas donné assez. Non, c’est juste qu’il n’a pas la monnaie. Son voisin lui tend 10 billets de 10 en échange du mien. Mon cordonnier me rend les 10 billets. A moi de fixer mon prix donc. Je demande un peu aux gens qui se sont attroupés, et on me dis 10 takas ! Je donne 20 takas au cordonnier (20 centimes d’Euro).
Chaque propriétaire de boutique veut avoir le privilège d’être pris en photo dans son environnement. On me remercie platement à chaque fois. Mais vraiment qui doit dire merci ? Eux ou moi ?!? Je suis en train de vivre un excellent moment.
Tout cela doit bien déboucher sur un marché… Bingo, les senteurs de poisson se font de plus en plus pressantes et je tombe encore sur une véritable surprise. Comment comprendre que dans un bled pareil on trouve ce poisson à telle profusion. Comment se fait-il, économiste simpliste que je suis, qu’avec toute cette profusion de poisson, de fruits et légumes, de viande aussi, il demeure une population affamée ?
Déambuler dans les allées de 80cm de large entre les étals de poissons, des gros, des petits, toute une fourmilière humaine s’active dans le tri, la découpe, les préparations, la vente…
Un vendeur m’exhibe une tortue de belle taille. Il fait gaffe, ça a l’air de mordre facilement cette bête là. J’apprécie moyennement son enthousiasme à tourner et retourner la tortue devant moi pour la photo. Je ne le montre pas. Et après tout une tortue aurait plus de valeur qu’un poisson ? On n’est pas au Bangladesh pour se raisonner sur des considérations écologico-éthico-économico-culturelles.
Je vis un de ces moments rares des voyageurs. Les autres ont vécu cela aussi je pense. Ce moment où l’osmose est parfaite avec les gens, avec le lieu, avec le moment. Où l’imprégnation est faite, totale, ça ne durera pas évidemment, juste un moment d’extase. Je sais que c’est facile pour moi, je suis une sorte de roi par ma position d’étranger (photographe qui plus est) qui accepte de discuter, d’être là simplement. Cette sensation ne tient à rien qu’à être dans des histoires banales de rue, de vie des autres, mon privilège (et pas des moindres) sera d’en sortir facilement.
Je rebrousse chemin et longe les quais de l’autre côté du pont. Cette zones semble plus dédiée au commerce de gros. Des dizaines de coolies charrient des sacs qui me semblent impesables de fruits, de riz, d’épices… sur leur têtes ou à pousser des chariots très lourds. Et malgré ces tâches harassantes, les sourires demeurent, la réception d’un hello de ma part semble illuminer leur journée. Quelques-uns paraissent bourrus, une timidité le plus souvent, car le fait de s’intéresser à eux (juste hello) les désinhibent. Grosses grosses sensations pour moi, merci à tous.
De retour sur la ville elle-même, retour au bruit, les rues sont véritablement encombrées de piétons, de richshaws, de trishaws, etc. Attention où l’on met les pieds pour ne pas revenir estropié. Un quartier semble plus huppé, avec de jolies et modernes boutiques d’habillement.
Et c’est l’heure de la prière. Au Maidan, centre islamique de la ville, c’est l’heure de la gymnastique. Allah Akbar, tout le monde debout, allah akbar, on s’accroupit, allah akbar, on se prosterne. Tout cela dans un très bel ensemble parfaitement synchronisé (et ils sont des centaines), ils ont du bien répéter. Bon pour les abdos, un peu comme moi chaque matin, j’ai entrepris de faire mes 10 pompes (on ne rigole pas), c’est trop dur !
Bizatous
ERic
Je m'étais dit que si j’arrivais à Dacca avant 10 h, je repartais tout de suite pour Sylhet, et si j’arrivais après, je restais sur Dacca pour la journée. J’arrive à 9h55, donc je repars…
Voilà le principe du voyage quand tu n’as pas tant de temps que cela : lorsque tu as apprivoisé l’endroit, que la topographie est parfaitement enregistrée, où tu maîtrises les distances et les prix de transport, voire que tu as déjà un soupçon de petites habitudes, paf le chien, il faut repartir vers un autre lieu inconnu, où il faudra trouver un hôtel refuge à ta convenance, où il faudra faire confiance aux gens qui te trimballeront et te renseigneront à ton arrivée, faire fi de la masse et du bruit et te dire que comme d’habitude, tu trouveras une particularité au lieu, que les photos rythmeront ton emploi du temps, etc.
Je m’arrache donc de Cox’s Bazar, halte de repos et de sérénité à mi-parcours de mon voyage. Bus de nuit de la Green Line. Je ne savais pas que de tels bus en parfait état et silencieux existaient au Bangladesh. Certes le prix pour Dacca (1.100 takas) m’avait paru élevé, mais c’était pratique, juste en bas de l’hôtel… Les sièges se déplient presqu’à l’horizontale et comme j’ai paré le coup en prenant avec moi masque, blouson et chaussettes, la nuit a été presque parfaite. Comme en Thaïlande, ce sont des malades de la clim dans ce genre de bus, je suis paré pour faire parti de l’assort du Cap’tain Igloo !!! et comme je dormais déjà, je n’ai pas eu droit à la couverture offerte…
12 heures de trajet.
Je grimpe sur un richshaw pour un léger transfert de lieu et m’embarque pour Silhet à 200 km au nord-est. Les 5 heures annoncées de trajet tiennent bien compte de l’heure qu’il faut pour sortir de Dacca et ses bouchons renommés. Ce chauffeur de bus là est un parfait furieux malade. Pour une fois, je suis placé en arrière et c’est tant mieux. Je connais plus d’une qui aurait fait pipi sous elles de peur en criant leur mère de vouloir descendre. C’est à celui qui doublera le premier, les bus et les camions sont de vrais fusées dangereuses et les routes sont etroites, les bus s’y croisent à peine ou doivent déborder sur les côtés où se trouvent les richshaws, les CNG et les piétons aussi. Il paraît qu’il y a 12.000 morts par an sur les routes. Faites le compte de ce que ça représente par jour. Ca ne m’étonne vraiment pas vu comment ça conduit…
Je passe donc en une journée de l’extrême sud-est à l’extrême nord-est du pays, c’est qu’il va falloir commencer à compter le temps maintenant.
Sylhet est une ville assez cosmopolite dont la plupart des bangladeshis d’Angleterre sont issus. Il y a donc pas mal de paraître de façade sans que les arrière-boutiques changent. Il va falloir que j’aille approfondir ce phénomène.
Le premier hôtel me propose une chambre à 950 takas, trop chère, je vais à l’hôtel Gulsham, un peu moins classieux mais très bien quand même pour 500 takas une immense chambre et salle de bains très correcte. La chambre donne sur une cour, donc sûrement plus confortable au niveau sonore, mais d’où j’écris, j’entends néanmoins un fond de klaxons incessants, de sonnettes, de speakers beuglants (des élections paraît-il en ce moment) et l’appel à la prière, mais pas au boogie-woogie. Vive le calme.
Pour venir de la station de bus, il faut emprunter un pont particulier, dont l’encombrement de piétons et véhicules en tous genres fait penser à un Howrah bridge (Calcutta) en miniature. Ce pont n’étant pas plat mais particulièrement bombé, les richshaws doivent se faire aider de pousseurs qui sont rétribués 2 takas pour leur aide.
Réveil tranquille et petit dej d’un cha et un gâteau sur le bord de la rivière, à l’emplacement du pont. J’entreprends de longer les quais où une animation semble se profiler au loin. Je fais bien, des pirogues débarquent des paniers et des paniers de tomates, choux-fleurs et autres. La rivière est très en contrebas de la route et les coolies doivent grimper les escaliers en portant sur leur tête ces énormes paniers. Le moment est très favorable pour la photo. Il suffit de rester, d’être patient, qu’on ne fasse plus attention à moi (ce n’est pas possible ici à 100%) et qu’ils restent à vaquer à leurs occupations. Ces moments arrivent et c’est un vrai bonheur.
Je remonte et je parcoure la route qui longe la rivière, bordée de boutiques. Là je donne mon pantalon à réparer à nouveau, c’est devenu un jeu. Ici je prends le cha et on cause de rien. J’apprends que merci se dit Donovat ou quelque chose comme ça. Plus loin, en échange de quelques photos, on m’offre des bananes, ça fera mon repas de midi ! Plus loin c’est ma sandale gauche que je donne à réparer à ce cordonnier accroupi. Je tends un billet de 100 takas. A sa moue, je pense n’avoir pas donné assez. Non, c’est juste qu’il n’a pas la monnaie. Son voisin lui tend 10 billets de 10 en échange du mien. Mon cordonnier me rend les 10 billets. A moi de fixer mon prix donc. Je demande un peu aux gens qui se sont attroupés, et on me dis 10 takas ! Je donne 20 takas au cordonnier (20 centimes d’Euro).
Chaque propriétaire de boutique veut avoir le privilège d’être pris en photo dans son environnement. On me remercie platement à chaque fois. Mais vraiment qui doit dire merci ? Eux ou moi ?!? Je suis en train de vivre un excellent moment.
Tout cela doit bien déboucher sur un marché… Bingo, les senteurs de poisson se font de plus en plus pressantes et je tombe encore sur une véritable surprise. Comment comprendre que dans un bled pareil on trouve ce poisson à telle profusion. Comment se fait-il, économiste simpliste que je suis, qu’avec toute cette profusion de poisson, de fruits et légumes, de viande aussi, il demeure une population affamée ?
Déambuler dans les allées de 80cm de large entre les étals de poissons, des gros, des petits, toute une fourmilière humaine s’active dans le tri, la découpe, les préparations, la vente…
Un vendeur m’exhibe une tortue de belle taille. Il fait gaffe, ça a l’air de mordre facilement cette bête là. J’apprécie moyennement son enthousiasme à tourner et retourner la tortue devant moi pour la photo. Je ne le montre pas. Et après tout une tortue aurait plus de valeur qu’un poisson ? On n’est pas au Bangladesh pour se raisonner sur des considérations écologico-éthico-économico-culturelles.
Je vis un de ces moments rares des voyageurs. Les autres ont vécu cela aussi je pense. Ce moment où l’osmose est parfaite avec les gens, avec le lieu, avec le moment. Où l’imprégnation est faite, totale, ça ne durera pas évidemment, juste un moment d’extase. Je sais que c’est facile pour moi, je suis une sorte de roi par ma position d’étranger (photographe qui plus est) qui accepte de discuter, d’être là simplement. Cette sensation ne tient à rien qu’à être dans des histoires banales de rue, de vie des autres, mon privilège (et pas des moindres) sera d’en sortir facilement.
Je rebrousse chemin et longe les quais de l’autre côté du pont. Cette zones semble plus dédiée au commerce de gros. Des dizaines de coolies charrient des sacs qui me semblent impesables de fruits, de riz, d’épices… sur leur têtes ou à pousser des chariots très lourds. Et malgré ces tâches harassantes, les sourires demeurent, la réception d’un hello de ma part semble illuminer leur journée. Quelques-uns paraissent bourrus, une timidité le plus souvent, car le fait de s’intéresser à eux (juste hello) les désinhibent. Grosses grosses sensations pour moi, merci à tous.
De retour sur la ville elle-même, retour au bruit, les rues sont véritablement encombrées de piétons, de richshaws, de trishaws, etc. Attention où l’on met les pieds pour ne pas revenir estropié. Un quartier semble plus huppé, avec de jolies et modernes boutiques d’habillement.
Et c’est l’heure de la prière. Au Maidan, centre islamique de la ville, c’est l’heure de la gymnastique. Allah Akbar, tout le monde debout, allah akbar, on s’accroupit, allah akbar, on se prosterne. Tout cela dans un très bel ensemble parfaitement synchronisé (et ils sont des centaines), ils ont du bien répéter. Bon pour les abdos, un peu comme moi chaque matin, j’ai entrepris de faire mes 10 pompes (on ne rigole pas), c’est trop dur !
Bizatous
ERic




Comments
Ouahhhh !!!! ben là ça donne vraiment envie !!!!
Des pompes ???? ça c'était la blague du jour non ????
Bises