Hibernatus

Trip Start May 07, 2012
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Trip End May 01, 2013


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Where I stayed

Flag of Argentina  , Salta,
Tuesday, October 16, 2012

Holà, qué tal?

A chacune de nos aventures, on se dit "la semaine prochaine, on la fait cool, pas besoin de millions de photos et d'histoires extraordinaires, on a déjà fait le plein". Et à chaque fois, le hasard ou l'itinéraire met de nouvelles aventures sur notre chemin. Le Nord de l'Argentine n'y échappe pas. On se croyait sevrés de paysages grandioses avec Uyuni et San Pedro de Atacama ... que nenni!, ça continue.

Mais d'abord l'Argentine est une histoire d'argent! Sur la place principale, il y a plusieurs personnes dont le métier est "Dolares, Cambio Dolares" (je change vos dollars). En fait, ils sont à la recherche de dollars américains, d'euros ou de toute autre devise étrangère. Et ils les rachètent aux touristes avec un taux plus avantageux que les banques officielles. Par exemple, on peut obtenir en négociant bien 6,2 pesos pour un dollar, et la banque offre 4,7 pesos. Ils sortent leur grosse liasse et leur petite calculatrice et c'est réglé. Ce "marché bleu" comme ils l'appellent, n'est pas sans risque, mais un ami nous a expliqué qu'il avait reçu des faux billets même dans un distributeur automatique! En fait, les gens sont littéralement assoiffés de devises et donneraient beaucoup pour en avoir. Ils n'ont pas confiance en leur monnaie, et préfèrent économiser en dollars. Et Cristina, la présidente, a restreint l'accès aux devises étrangères pour "protéger" sa monnaie. Autres détails monétaires: il y a très peu d'endroits où on peut payer par carte bancaire (les argentins n'ont pas confiance), mais les distributeurs automatiques, quand ils fonctionnent, sont pris d’assaut. Longues files, limites de 1000 pesos par carte et par jour. Et bien sûr dans les magasins ou restaurants, ils n'ont jamais la petite monnaie pour rendre. C'est toujours compliqué: ils doivent aller à l'autre bout de la rue pour trouver un copain qui en a. Parfois ils sont plus imaginatifs: "Prenez une banane en plus, ça fera un compte rond"; ou alors dans un petit magasin, le vendeur avait son tiroir-caisse rempli... de bonbons, qu'il distribuait au lieu de rendre la petite monnaie.

En ville, c'est la débrouille pour les petits boulots: vendeurs de chapelets à la sortie de la cathédrale, cireurs de chaussures, ...  Et les restaurants ont probablement une licence à payer pour vendre de l'alcool, parce que nous avons mangé quelques empanadas dans un petit restaurant de locaux, avec aucun alcool à la carte, mais des bouteilles de bière ou vin sur certaines tables, et deux grands frigos-vitrine, un rempli de limonades et colas, et l'autre ... dont le contenu est caché par des feuilles de journaux. Aucun problème pour commander son petit verre de vin avec le repas! Le GSM non plus ne fonctionne pas très bien, difficile d'avoir une carte SIM locale, réseau pas fiable, et c'est le retour des petits magasins de cabines téléphoniques: un bon business ici.

Mais l'Argentine est aussi connue dans l'Histoire récente comme le grand pays qui a dit "Nuts!" au Fond Monétaire International en 2001 et s'est déclarée en faillite complète, cessation de payements. Sur place c'est intéressant d'en parler avec les locaux. A ce qu'il paraît, tout était bloqué: les banques barricadées, les salaires des fonctionnaires non payés, aucun approvisionnement. Au final, après ces moments difficiles, le pays ne s'en est pas trop mal tiré puisqu'il a pu avantageusement renégocier ses emprunts nationaux grâce à sa faillite. Aujourd'hui, la roue tourne et c'est au tour de l'Europe. On a rencontré une espagnole qui nous expliquait que la situation est tellement grave chez elle, avec les gens qui ne peuvent plus payer leur maison, les salaires et pensions qui diminuent... qu'elle a préféré venir habiter en Argentine pour le moment. Et beaucoup d'argentins avec la double nationalité commencent à rentrer au pays.

On a déjà parlé un peu de Cristina, qui n'a pas fait que des bonnes choses dans le pays. Surtout au Nord, région en plein boom touristique, mais régulièrement délaissé par une présidente qui vient du Sud. Par exemple s'il y a une pénurie d'essence, c'est surtout le Nord qui le ressentira. Il paraît qu'elle travaille également sur un changement de constitution bidon, genre faire voter les gens à partir de 16 ans, comme Evo en Bolivie ou Hugo au Venezuela, pour briguer un troisième mandat (qui dit nouvelle constitution dit nouveau pays, donc la limite de deux mandats présidentiels n'est plus d'application).

Les argentins parlent espagnol avec un accent spécifique, plus difficile à comprendre que le bolivien. Outre les "b" qui sont des "v" classiques, ils utilisent "ch" au lieu de "ll" ou de "y". Donc ils proposent des glaces à la vanicha et fruticha (vanilla frutilla, fraise). Ils ne prononcent pas les "s" non plus. Et leurs horaires, il faut s'adapter. Dans les petites villes, tout s'arrête pendant la siesta ( de 13h à 17 heures). Les supermarchés rouvrent à 17h30.

Les vins les plus classiques ici sont le Malbec en rouge et le Torrontes en blanc. Imaginez, un bon petit verre, sur la terrasse, au crépuscule d'une chaude journée de printemps, en regardant les montagnes s'éteindre progressivement avec le soleil couchant ... Ici le printemps est la saison la plus chaude et sèche de l'année. Encore une fois nous avons de la chance. Les inondations ont fait des morts à Santa Cruz, il a plu aussi à Sucre ... à chaque fois, la semaine après notre départ. Après nous le déluge.

Leigh, Noah et leur petite fille Lila sont des Salteños (habitants de Salta) un peu spéciaux. New-Yorkais tour-du-mondistes, ils ont beaucoup bourlingué avant de trouver Salta et de s'y installer. Leur maison  "d'artistes, écrivains, blogueurs, volontaires" comme ils la décrivent, un peu à l'écart de la ville, accueille des hôtes dans une ambiance très "couchsurfing", relax, faites comme chez vous. Ils ont également plusieurs projets humanitaires originaux. Pour initier les jeunes à l'art, particulièrement à la photographie et au cinéma, ils enseignent aux ados un programme en collaboration avec Adobe-Photoshop. Une façon utile de recycler les appareils photos dont vous ne vous servez plus, envoyez-les là-bas!. Ils vendent aussi les photos pour financer les communautés.

Chez eux nous avons également rencontré Shari, une écrivain de Melbourne. Elle travaille sur les enfants-momies retrouvés sur le volcan de Llullaillaco à 6700 mètres, parfaitement conservés grâce à l'altitude. Ils sont en fait congelés à -20 degrés depuis 500 ans. Les trois enfants sont originaires des coins de l'empire Inca. Leurs parents les ont amenés jusqu'à la montagne pour les droguer à la chicha (bière de maïs) et coca, et les offrir en sacrifice. Certains scientifiques disent que la domination Inca était plus psychologique que militaire. Ils faisait faire ce qu'ils voulaient à leurs colonisés. Shari écrit un roman poétique sur la vie de ces enfants. Au musée de la ville, pour l'instant, seul "El Niño", le petit garçon, est exposé, mais les
photos sont interdites. Et encore un "Waw!" de plus sur notre liste. Ce
petit "Hibernatus" de 7 ans, pré-colombien, est si bien conservé qu'on a
l'impression qu'il va se réveiller bientôt.

Au sud de Salta, au delà des montagnes, cañons et du désert de cactus (cette cordillère des Andes est décidément très spectaculaire), il y a les vallées calchaquies. Et pour nous, après le blanc du Salar de Uyuni en Bolivie, l'ocre du désert d'Atacama au Chili, c'est le grand retour du vert! Vallées de vignobles entourées de montagnes, le Malbec y coule à flots. La ville de Cachi par exemple, sent bon la Toscane, avec ses peupliers, ses saules, ses basses maisons blanches, son calme. Puis Cafayete, capitale locale du vin, est une étape obligée. La route pour y arriver est magnifique une fois de plus. C'est la N40, l'ancienne route Trans-argentine qui reliait anciennement la frontière bolivienne à la Terre de feu sur 4600 km, le long de l'épine dorsale andine. En Argentine, les montagnes offrent une belle palette de couleurs. Et si le rouge pourpre domine les montagnes en arrière plan, avec le vert de la vallée et la poussière blanchâtre de la route, on reproduit le drapeau italien, on a parfois l'impression d'y être.

Les bodegas (caves à vin) de la région sont immenses: des centaines d'hectares de vigne, des millions de bouteilles par an. Par exemple le "Michel Toscano"  qui s'exporte beaucoup en Belgique.  Nous ne sommes pas grand connaisseurs, donc difficile de comparer avec les vignobles européens. Surtout en visitant la bodega avec un guide en "e'pañol" uniquement. Ils ont des fûts de chêne français, les techniques ont l'air similaires, vendanges en automne, c'est à dire de février à avril. Les vignes pour le blanc sont disposées en "pergola", à l'horizontale, pour que les feuilles protègent les fruits du soleil. Et pour le rouge, les vignes poussent verticalement. Ce qui nous a surpris, c'est que les grosses pluies viennent en décembre-janvier, quand les fruits commencent à grossir...

Un peu de gastronomie locale: le Locro, soupe de maïs avec de la viande, à ne pas confondre avec le Humita, soupe de maïs très sucrée, avec des carottes. Nous avons également goûté à la cassolette de chèvre (la viande, pas le fromage) et le dessert national est le quesillo, un fromage cuit servi avec de la confiture de cayotte, de la famille des courges.

Nous visitons cette magnifique région dans un petit "road trip" comme au bon vieux temps, avec une voiture de location, une première dans ce tour du monde, parce que ce genre de luxe fait un peu grincer le budget, mais Maggie une jeune américaine nous accompagne un bout de chemin et partage les frais. Quelle liberté!, s'arrêter où on veut, picnic, prendre le temps de choisir son logement, tant que les gros sacs à dos sont bien calés dans le coffre. Un peu chaud quelques fois, mais la Clio a bien résisté aux 400 km de route en pierraille dans les montagnes.

Pour bien comprendre la vie des "gauchos", les cowboys argentins, nous avons décidé de poser nos valises dans une ferme. Avec notre nouvelle liberté à quatre roues, c'est l'idéal: la "Vaca Tranquila" est loin de tout, une finca, ranch argentin typique, d'un calme reposant et qui acceuille des touristes dans de luxueuses chambres. Et quoi de plus naturel qu'un tour du domaine à cheval, comme les vrais gauchos. C'est un moyen de transport original et très sympa pour découvrir calmement la région.

Les propriétaires, Anne et Alain sont liégeois, oufti! Ils fabriquent de la bière artisanale, en plein milieu de la route des vins. Surréalisme belge? La réponse est bien plus simple: ne pouvant se procurer une bonne bière en Argentine, ils ont décider de la faire eux-mêmes. Mais ils n'en sont pas à leur premier métier original: après des années en Afrique, ils ont élevé des crevettes en Nouvelle Calédonie avant de venir ici, faire de la bière, du tourisme et tenir une ferme. La Burra ("Me echo la Burra", leur slogan, peut se comprendre de plusieurs façons) se décline en blonde, rousse, fruitée, brune. Elle commence à avoir un bon succès, peut-être indirectement grâce à Cristina qui a bloqué toutes les importations, donc les gens se tournent vers les produits nationaux, et aussi parce qu'elle n'a pas beaucoup de concurrents de la même qualité.

Petite excursion entre deux siestas, les ruines de Quilmes valaient bien le détour. Les indiens Quilmes se sont installés dans ce bel amphithéâtre naturel vers l'an 1000, avant de se faire Inca-iser, puis ils ont essayé de résister avec bravoure aux Espagnols. Après leur inévitable défaite, ils se sont fait déporter vers la banlieue de Buenos Aires, et y ont fondé une nouvelle ville Quilmes. Et c'est dans la nouvelle ville qu'on brasse la bière du même nom. Le site archéologique que nous avons visité est le plus grand d'Argentine, et donne une belle indication de la vie à cette époque, avec un enchevêtrement de maisons en vrai labyrinthe.

Coïncidence, nos rencontres ces temps-ci ont un thème commun: il est possible de travailler et de gagner sa vie loin de ses racines. Noah travaille dans la finance New-yorkaise, à domicile, par internet. Maggie est dans le design de sites internet, en freelance, également à distance. Les gens lui passent commande, elle leur envoie les designs tout en voyageant. Anne et Alain, de leur côté, changent complètement de métier au gré des rencontres, des pays et des opportunités. Il leur a fallu à tous le courage de larguer les amarres; après, c'est de l'ouverture d'esprit, du talent, et du travail.

Et pour rentrer, encore une route spectaculaire. La quebrada del rio de las conchas, un nom quand même plus poétique que N68 serpente entre les montagnes colorées. Les 3 routes, Salta-Cachi, Cachi-Cafayete et Cafayete-Salta, sont toutes différentes mais d'une beauté à couper le souffle.

Mais il est déjà temps de quitter les andes et les quechuas pour un petit city trip dans la metropole de Buenos Aires.

Voici les photos de Salta et celles du road trip Cacghi- Cafayete

A bientôt
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Comments

soyunpescado
soyunpescado on

I can see that you are quite well in my home country!!! I laugh a lot about the "bonbons" au lew de la petite monaie. This is a clasic since I was small. Once my aunt try to pay the bus with "bonbons" but it did not work.
The accent is also fun "glaces à la vanicha et fruticha" indeed it must be difficult to understand. I was following your adventures although I was not writing. Keep us posted with your fantastic descritpions.
Do you really want to come back?
Eduardo

tibuandtintin
tibuandtintin on

Gracias Eduardo, we expected your reaction now that we are in your fantastic homeland :) Still considering going to see the ballenas (whales, they say "vachenas" of course) maybe next week. Looks like in BA shops they have more coins for change, though. Unable to reply to your last question for the moment ...

JY on

Did u try to say "a terras la malettas ? " n did they understand ;-).

Great road trip n pictures...do not forget the challenge in buenos aires "take a picture in front of the pink palace (christina home) with a brasilian flag " ;-)

tibuandtintin
tibuandtintin on

@JY: Don't worry about your challenge, it was very easy. We did it a few days ago (photos in next post). Much easier than a photo of us ON a lama, which was impossible ...
@Eduardo: thanks for the tip, we have contacted them, waiting for their answer

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