La grève des mineurs

Trip Start May 07, 2012
1
42
102
Trip End May 01, 2013


Loading Map
Map your own trip!
Map Options
Show trip route
Hide lines
shadow

Flag of Bolivia  ,
Tuesday, September 25, 2012

Hola!

Mauvaise nouvelle en ce début de semaine, les mineurs autour de Potosi sont en grève. Ils bloquent les routes. Ayant lu et écouté beaucoup à propos de ces grèves en Bolivie, nous craignons le pire. Surtout que nous sommes bloqués dans l'épicentre du mouvement, même si celui-ci s'étend apparemment sur tout le pays.
Nous avons vu les conditions de travail de ces hommes et enfants, donc sur le fond ils ont certainement raison avec leurs revendications. Sur la forme, ils bloquent tout le monde, touristes y compris. Pour la suite de notre périple, nous avons plusieurs possibilités: notre préférée serait d'aller à Tupiza, et de là rejoindre la frontière argentine, notre prochain pays. En deuxième, nous pouvons aller à Uyuni, très touristique, et visiter le salar avant de rejoindre l'Argentine via le Chili. En cas de force majeure, nous pouvons toujours retourner sur Sucre et de là, prendre une autre route ou un avion... mais c'est compliqué. Enfin, nous pouvons aussi attendre en ville que la grève se termine. Nous ne sommes pas vraiment pressés.

Difficile d'avoir des informations claires dans ce cas. Les gens de la rues disent des choses parfois contradictoires, et les gens des agences de voyage disent surtout ce que le touriste veut entendre, histoire de vendre leurs voyages. Mais nous savons que la grève est annoncée "au finish", durée indéterminée. El Presidente Evo est à New York cette semaine, pour la conférence des chefs d'état de l'ONU, donc rien ne va bouger cette semaine.
Le premier jour, nous décidons de ne pas bouger. Le lendemain, on parle de 21 barrages pour 8 la veille, et les histoires les plus alarmantes se succèdent: de Sucre à Potosi, un homme a du passer 3 barrages, à chaque fois descendre du véhicule, traverser le barrage à pied avec ses bagages, en espérant trouver une autre voiture de l'autre coté. Lorsque les mineurs s'échauffent, alcool aidant, ils pourchassent certaines voitures et les effraient avec leur instrument de travail, la dynamite. Il parait qu'ils ont lancé des pierres sur un bus du Club Med qui faisait demi tour à un barrage. Rester et attendre? On nous dit aussi que le mouvement va continuer à s'amplifier, et que le lendemain les mineurs risquent d'être dans les rues de Potosi pour manifester. Mais c'est la grande incertitude.

Dans une agence de voyage, on nous propose soudain une solution: un 4x4 est prêt à partir de l'autre côté du barrage à l'entrée de la ville, qu'on traverserait à pied, et le chauffeur connait des petits chemins alternatifs pour contourner d'autres barrages éventuels. Le tout pour 6 fois le prix habituel du bus ( 25 EUR au lieu de 4, pour 200 km), avec deux couples de sympatriques jeunes retraités de Nancy. Mais quel est l'état des routes secondaires dans l'altiplano bolivien, de nuit de surcroît? Après de nombreuses hésitations, nous acceptons. Puis ça se complique: le 4x4 n'en est plus un, mais un mini bus tout pourri. On sera 7 touristes et plus 6, un allemand s'étant greffé au projet. Et en plus, le prix augmente encore un peu. Il faut se décider rapidement. Pour augmenter encore la tension, un cortège avec fanfare traine dans notre rue, comme tous les jours en Bolivie. Cette fois ce sont les enfants des écoles qui défilent. Il faut se décider dans le vacarme, on ne s'entend plus penser. Quelle pression! Prenons-nous la bonne décision? Et si c'est dangereux? Et si c'est pire de rester en ville? Il n'y a aucune voiture pour Tupiza parce que la route n'est pas assez fréquentée. Toutes les solutions ont des risques. L'avantage de ce bus est de s'éloigner rapidement du conflit avant qu'il ne dégénère. Et pour négocier et discuter, aucun des touristes ne parle vraiment bien espagnol, et aucune personne de l'agence ne parle vraiment bien anglais ou français. C'est quand même plus facile de parler en espagnol quand c'est avec le taximan, en rigolant à propos du dernier match de foot du FC National Potosi. Ici la tension est palpable. Bon, c'est risqué mais on se lance.

Après 10 minutes, voilà le barrage. Sac au dos, on essaie de traverser sans regarder personne, en restant neutres... Les hamsters ( les mineurs, avec leurs feuilles de coca dans la joue) nous regardent d'un air perplexe. Certains jouent au foot. A 4000 mètres d'altitude, faut quand même le faire! Apparemment ils sont calmes, tout se passe bien. Ouf, on est passés. Juste derrière, un péage sur l'autoroute. Ils ne vont quand même pas nous faire payer dans ces circonstances? Et si!

Il reste 190 km de mini-bus. Mais après 5 minutes, notre chauffeur interroge des gens qui viennent en sens inverse: il y a un autre barrage, plus gros, dans quelques dizaines de kilomètres. Il faudra donc passer par les fameuses routes secondaires. En fait, ce sont des pistes de rocailles à peine tracées, dans la montagne! Par chance, notre chauffeur est admirable de patience et conduit très bien: il ne prend aucun risque, prend son temps pour surmonter chaque obstacle de la route.

Le point positif de notre aventure, c'est certainement la beauté des paysages que nous traversons. Troupeaux de lamas, bergeries en pleine montagne, relief ... on en prend plein la vue. On passe sur des crêtes, on descend dans des vallées, on traverse des gués, on longe des ravins. La route devient de plus en plus incertaine, le soleil se couche. Les bergers se font rares. Les lamas aussi. On devine la suite du relief au clair de lune. Un silence de mort s'installe dans le mini bus. On se croirait vraiment dans un bus de clandestins mexicains essayant de traverser la frontière américaine via les petites routes de montagne, au péril de leur vie. Quel stress!

C'est dans ces situations intenses que Tibu se révèle extraordinaire de calme et de maitrise. Cela ne servirait à rien de se plaindre ou de compliquer les choses: on a pris notre décision, maintenant on ne peut plus reculer, tout dépend de notre chauffeur. A part une hésitation à un carrefour, celui-ci reste impeccable et connait bien ses montagnes, ce qui nous rassure un peu. Par deux fois, il descend du bus pour vérifier la route à pied, voir si on peut passer sur les rochers. Les routes nous rappellent celles de montagne géorgienne, pour aller à Ushguli au pays des Svans.

C'est sans conteste le moment le plus pénible depuis les 4 mois que nous sommes partis. On n'aurait pas dû accepter ce bus. Les pensées les plus folles nous viennent à l'esprit. Pourrions nous dormir à la belle étoile à 4000 mètres d'altitude? On a combien d'épaisseurs de vêtements dans le sac? On pourrait peut être trouver un enclos de lamas pour nous tenir chaud! Y'a pas de réseau GSM ici. On fait comment si on a un problème? Y'a-t-il d'autres animaux dangereux dans l'altiplano?

Détour d'une cinquantaine de kilomètres dans la montagne, pendant deux heures. On nous annonce que le barrage est derrière nous. Ouf! Il reste 150 kilomètres "tranquillo" jusqu'à Uyuni, que nous rejoignons tard dans la nuit et dans un froid polaire. Pas de chauffage dans les chambres, comme d'habitude. Il y a 5 couvertures sur chaque lit, et elles sont bien nécessaires.

L'ironie de l'histoire: le conflit s'est partiellement résorbé dans la nuit, et le lendemain matin les mineurs levaient tous les barrages.

A bientôt pour des aventures plus réjouissantes.
Slideshow Report as Spam

Comments

Alice on

Really thrilling ! But a little bit sorry for you that you had to go through this while the conflict/strike was over (or almost) ,-)

tibuandtintin
tibuandtintin on

Well, it was not really over. They released the pressure for only one day, and started again the day after. Anyway, it was a "special" adventure ...

James on

Quel aventure!
Glad to hear that fortunately all ok...
Cuddling up to a lamas for the night would've been funny also ;-)

JY on

Almost like a james bond movie ! Adventure, thrill, actions, money, james bond girl (i.e. Tibu), etc.... ;-)

Jeanine on

What an adventure ! Certainly one of those you'll always remember !

Hope the following will be better !

Pierre Triniane on

Au Pérou , nous avons aussi rencontré des manifestation de mineurs grévistes. Ils arretaient simplement tous les véhicules et inscrivaient simplement des slogans sur les véhicules. Tout cela étaient très gentil à côté de ce que vous avez vécu ...

tibuandtintin
tibuandtintin on

Ah oui, j'avais complètement oublié que tu as fait le Pérou en famille cet été! C'était comment? Tu as vu d'autres similitudes avec nos aventures boliviennes? Malheureusement nous n'avons pas le temps de faire le Pérou. Une année, c 'est vraiment très court ...

Add Comment

Use this image in your site

Copy and paste this html: