Les mineurs du Diable

Trip Start May 07, 2012
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Trip End May 01, 2013


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Sunday, September 23, 2012

Himajmalla ? ( comment ça va, en Quechua)

Nous sommes maintenant à Potosi, 4000 mètres d'altitude, la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde. Même Lhassa la tibétaine est battue! Son histoire est incroyable, et elle la doit à ses mines, et particulièrement son Cerro Ricco (« mont riche »), la montagne qui domine fièrement la ville. Un peu d'histoire pour commencer: la ville fut fondée en 1545 dès la découverte du minerai d'argent dans la montagne. Très vite, elle va devenir le principal bailleur de fonds de Charles Quint et de ses successeurs pour plusieurs siècles. Lourdement endetté, l'empire espagnol ne devait son salut qu'aux bateaux remplis d'argent qui venaient de Potosi, dont la mine semblait inépuisable. Pendant les années d'opulences, la ville devient la plus riche des Amériques, et une des plus grandes villes du monde! Cervantès utilise l'expression « vale un Potosi » (ça vaut un Potosi), pour signifier une transaction très lucrative. Et non!, je n'ai pas lu Don Quichotte en version originale avec mes deux seules semaines de cours d'Espagnol, j'ai vu ça dans le guide du Routard!

La ville a profité un peu de son âge d'or (ou plutôt d'argent dans ce cas précis) avec ses églises somptueuses et sa belle architecture coloniale. Il y a deux types d’Églises dans la ville. Celles pour les espagnols, richement décorées, pompeuses, et tournées vers le Cerro Ricco qui leur a apporté la fortune. Et les Églises pour les indigènes, beaucoup plus modestes, et qui tournent le dos à cette montagne qui ne leur a apporté que la mort. Des milliers d'esclaves indiens ou autres y ont laissé leur vie. (notre guide parle de 8 millions de personnes mortes dans la mine en 5 siècles).

Aujourd'hui, la montagne est un véritable gruyère. 8000 entrées différentes (pas toutes utilisées), et des kilomètres de galeries. Elle culminait a 5100 mètres mais s'est déjà affaissée de plus de 300 mètres depuis le début de l'extraction. Depuis longtemps, on y trouve plus d'étain, plomb ou zinc que d'argent, mais il y a encore des milliers de personnes qui y travaillent, dans des conditions inhumaines pour une bouchée de pain, dans l'espoir de tomber sur un bon filon. Espérance de vie: 45 ans. Ils meurent de silicose ou simplement d'accidents dans la mine.

En 1987, l’UNESCO a inscrit Potosi sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité en raison de son passé mouvementé et tragique et de sa somptueuse architecture coloniale. Le tour classique des touristes a beaucoup de succès: passage au marché des mineurs pour acheter du matériel pour leur offrir: dynamite, mèches (50 cm correspondent à 3 minutes, suffisant pour s'éloigner de l'explosion, mais pas pour sortir de la mine!), nitrate d'ammonium pour augmenter la puissance de l'explosion, cigarettes, alcool à 96 degrés, qu'ils boivent pur, feuilles de coca pour lutter contre la faim et la douleur et une pâte anisée qui sert de catalyseur pour la coca et amplifie son effet. Le tout en vente libre en Bolivie. Puis on rentre dans la mine et on peut discuter avec les mineurs et voir leurs conditions de travail. Certains ont 12 ou 13 ans !

Pour nous ce sera un peu différent. D'abord, un virus attrapé dans ce nid à microbes qu'est la crèche de Ciruelito ou nous travaillions la semaine dernière a diminué un peu mes capacités respiratoires. Et à 4000 mètres, ça ne pardonne pas! Ensuite, il y a une grève des mineurs déclarée en début de semaine, donc très peu travaillent pour l'instant, nous y reviendrons. Enfin, nous avons encore plein de cadeaux pour les enfants, crayons, livres de coloriage et autres, et des vêtements dont nous n'avons plus besoin. Nous nous contenterons donc de visiter le marché sans rien acheter, et l'extérieur de la mine, ce qui sera amplement suffisant pour nous impressionner et nous bouleverser. Germinal en 2012! On ne pensait jamais faire autant plaisir a quelqu'un en lui donnant un vieux pull qui était déjà usé avant de commencer le tour du monde. Ou ce jeune Marco, 13 ans, les yeux humides de tristesse et de fatigue, en train de pelleter la rocaille dans une poussière irrespirable, tout content de recevoir quelques bonbons.

A Sucre il y a 2 semaines, nous sommes allés voir le film « les mineurs du Diable », un magnifique reportage sur le travail dans la mine de Potosi, les dangers, la dualité entre leur croyance chrétienne à l’extérieur, et leur terrifiant « Tio », le diable de la mine, à qui ils font des offrandes de coca, alcool, cigarettes chaque fois qu'ils entrent pour les protéger des accidents. Même le prêtre de la ville expliquait dans le reportage qu'il était impossible de leur enlever la croyance au Tio, et il s'en accommodait tant que ça restait à l'intérieur de la mine et qu'ils continuaient à aller à la messe le dimanche. De toutes façons les missionnaires espagnols ont essayé pendant des siècles de leur enlever leur Tio. Le film est surtout centré sur la famille de Basilio, 14 ans, Bernardo, 12 ans, et Vanessa, 7 ans. Après l'avoir vu, nous avions déjà compris comment c'était à l'intérieur.  Coïncidence, notre guide connait très bien la famille du film, et nous rencontrons Vanessa, qui est maintenant adolescente mais qui vit toujours sur le site de la mine ( pour surveiller les entrées en dehors des heures de travail).
 
Comme à Sucre, les habitants de Potosi enchaînent défilés et parades pour toutes sortes d'occasions, on commence à en avoir l'habitude. Dimanche matin c'est la "Féria del postre", la fête du dessert. Toutes les jeunes filles de la ville se rassemblent pour vendre sur la place leurs desserts faits maison. Difficile de résister à une mousse de fraises ou de pêches.
C'est également l'occasion d'essayer la k'arapulca, nom quechua de la fameuse soupe de pierre typique de Potosi. Une petite pierre volcanique brulante est déposée au fond de l'assiette. Vraiment surprenant de voir la soupe qui bout encore dans l'assiette pendant quelque minutes après être servie. Ou encore de manger au mirador, un restaurant en haut de la tour qui domine la ville et qui tourne sur elle même, offrant un panorama différent au fur et à mesure qu'on mange !
Mais la grève des mineurs va un peu bouleverser nos plans à Potosi et rajouter une aventure dont nous nous serions bien passés.

Voici les photos de Potosi.

A bientôt
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Comments

JY on

Disappointed that u did not actually go into the mine, uncould v been like indinia jones and the temple of Doom...
Playing with dynamite - ticked !
Suggestion for next challenge - ride a lama ?

tibuandtintin
tibuandtintin on

We did the Indiana Jones in the golden mines in Brasil, so no need to do it in the silver mines of Bolivia :)
About riding a lama, you are right it was one of our challenge. We really tried to do it. The problem is that we are too heavy for riding them. I haven't lost any kilo yet, and I am afraid those poor animals would not be strong enough.

JY on

U may still v opportunities with the lama in Argentina. If not, u know what u v to do....lose weight ;-)

tibuandtintin
tibuandtintin on

Starting a diet now: proteines ( argentinian steak) and antioxydants (malbec). You think it can work?

Jeanine on

Désolants, ces panoramas si gris, si dépourvus de verdure, et cette ville si grise. Et quelle vie pour ces mineurs ! On comprend pourqoi l'alcool et les feuilles de coca. Bon, l'Unesco inscrit la ville au patrimoine de l'humanité, mais que fait l'Unesco pour aider cette humanité travailleuse, exploitée, démunie ?

tibuandtintin
tibuandtintin on

Pour la verdure, le problème est l'altitude. Rien ne pousse a 4000 mètres d'altitude ...
Et pour l'UNESCO, je pense qu'ils sont surtout intéressés par le passé du site, et ne s'inquiètent malheureusement pas du présent. C'est plutôt Evo qui a les clés en mains.

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