Au pays des Svans

Trip Start May 07, 2012
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Trip End May 01, 2013


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Flag of Georgia  , Upper Svaneti,
Thursday, June 28, 2012


Malgré sa petite taille, la Géorgie est classée dans le top 12 des pays avec la plus grande diversité de paysages au monde, et nous en profitons pleinement. Après la mer, la montagne. Svaneti est une région du Nord-Ouest de la Géorgie en plein dans la chaîne du Caucase, à la frontière russe, pas loin de l'Abkazie. Elle est réputée pour ses tours médiévales de défense. Les svans sont des gens un peu différents des autres géorgiens de par leur isolement. De tous temps, ils sont restés à l'écart dans leur montagnes. Ils ont une langue propre, parlée mais pas écrite, incompréhensible des autres géorgiens. Au niveau du caractère, ils sont peut-être un peu moins sympas, plus volontiers arnaqueurs avec les touristes, même si nous avons rencontré quelques agréables exceptions.

Nous séjournons à Mestia, la ville principale de Svaneti, après 7 heures de marshrutka (mini bus local) assez chaotiques dans les lacets de montagne. On nous avait assuré que le trajet depuis Kutaisi se ferait en 3 heures, c'est probablement 3 heures GMT (Georgian Maybe Time). Les marshrutkas sont toujours optimisés au maximum: il ne démarre que lorsqu'il est rempli, donc il faut attendre que des gens se décident, et il transporte toujours des colis à livrer en chemin: une roue de secours pour un collègue bloqué en montagne, un sac de pains pour un village ...

Le long de la route, on voit parfois de petites chapelles, de la taille d'un abri d'oiseau. Dedans, une photo, une croix et une bouteille de chacha. Pour rappel, c'est un alcool fort, du style de la grappa italienne, distillation dans le garage, dans des vieilles bouteilles en plastique. En fait, c'est pour marquer l'endroit ou une personne est décédée, d'un accident de montagne souvent lié à l'alcool. La famille y dépose une bouteille remplie de temps en temps, et les chauffeurs s'arrêtent parfois pour boire un coup à la santé de leur ami défunt!

Au pied du mont Shkhara, point culminant de Géorgie et deuxième plus haut sommet du Caucase à 5036 mètres se trouve le magnifique village de Ushguli, le village le plus isolé d'une région qui ne l'est pas moins, à 2200 mètres d'altitude. Certains disent que c'est le plus haut village d'Europe habité toute l'année. Mais cela reconnaîtrait implicitement que la Géorgie est en Europe, et donc le mont Blanc si cher à nos amis français ne serait plus le point culminant d'Europe puisqu'il y a plusieurs montagnes à plus de 5000 mètres dans le Caucase. Ushguli est encore un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Avec son isolement, il est resté pratiquement médiéval. On se prend pour Marty MacFly de "Retour vers le futur", 1000 ans en arrière. Toutes les tours, des vieilles maisons, des rues en terre et en pierres, des vaches et cochons dans les rues, ça donne une ambiance géniale, des paysages de carte postale ou de fond d'écran pour l'ordinateur. On voudrait prendre une photo toutes les 5 secondes tellement c'est beau.

Pour arriver à Ushguli, il y a 45 km de route de montagne en pierres, très cabossée. Comptez deux heures et demie en 4x4 avec un chauffeur local expérimenté puisque la route est mauvaise et dangereuse. Avec notre ami Josef le tchèque rencontré dans le marshrutka la veille, nous négocions un véhicule typique: la vieille Niva si populaire à l'époque soviétique. Un vieux tas de rouille increvable, avec pneus lisses. Au début, nous n'étions pas trop à l'aise: pas de ceinture à l'arrière, comme d'habitude, et celles à l'avant sont bricolées avec un crochet en métal. Par solidarité avec les passagers de l'arrière, le chauffeur Roman a gentillement enlevé la sienne aussi. Avant de partir, il remplit d'essence une vieille bouteille d'eau, pour mettre dans le coffre, et il fait trois fois son signe de croix avant de démarrer. Au final, il s'avère qu'il est simplement très pieux, il s'est signé de la sorte en passant devant chaque croix ou Eglise sur le chemin. La plupart des géorgiens le font, mais certains chauffeurs de marshrutkas le font en fumant, en téléphonant, en dépassant une autre voiture et en évitant des vaches ou des rochers, parfois tout ça en même temps. Lui au moins, il ne fait qu'une chose à la fois. Il nous a également expliqué le nom de chaque Saint de chaque Eglise sur le chemin: Sainte Nino qui a christianisé la Géorgie, Saint Georges, Saint Cyrille ...

Lorsqu'il a voulu embarquer une cinquième personne dans sa voiture, Josef lui a fait croire que nous étions en lune de miel, parce que nous n'avions vraiment pas envie de nous coincer à trois personnes sur la banquette arrière de sa Niva. Directement, il s'est arrêté en plein milieu de la route pour aller cueillir des fleurs pour féliciter Tibu! Il nous a également fait découvrir dans ses montagnes des sources d'eau naturellement pétillante, et nous a présenté à tout le monde: ses parents habitent sur le chemin, ses cousins, les voisins ... à chaque fois il s'arrête pour aller les embrasser (les géorgiens sont très "bisous"). Au final, le trajet fût plaisant, et même le choix de la voiture était bon: une vieille Niva, ça grince, ça cogne, ça mange de la poussière mais ça passe absolument partout. Là où les 4x4 modernes seraient réticents à passer, la Niva toute pourrie fonce sans problème, comme dans le village de Ushguli, au milieu des vaches et des cochons. On n'aurait jamais cru qu'on pouvait passer en voiture.

La Géorgie pourrait décidément s'appeler "chantier-land", car tout ici est en construction. On sent bien que le pays est en pleine mutation, et nous le visitons au bon moment. On se sent un peu comme en Estonie dans les années 1990. Après la révolution rose de 2003, Saakashvili a d'abord installé une police omniprésente avec des commissariats flambant neufs (dommage qu'elle ne s'occupe que de criminalité et pas assez de circulation routière), ensuite il investit massivement pour moderniser le pays. Donc pour l'instant le pays est sûr, mais reste authentique et pas encore trop dénaturé par les infrastructures touristiques. Les montagnes et les villages restent relativement épargnés. Par exemple ils voudraient faire une belle route entre Mestia et Ushguli. Cela perdra immanquablement de son charme si les touristes en marshrutkas ou en bus cinq étoiles peuvent arriver jusque là-haut. Pour Batumi sur la mer noire dont nous parlions la semaine dernière, l'explication est simple: historiquement, les deux plus grandes stations balnéaires de la mer noire sont Sotchi et Sukhumi. Sotchi est russe, c'est là qu'ils vont organiser les jeux olympiques d'hiver en 2014. Sukhumi est en Abkhazie, donc n'est plus géorgienne depuis 2008. Il faut donc investir dans une autre station balnéaire, Batumi, et s'assurer qu'elle restera géorgienne.

Les présences les plus marquantes sont les Israéliens et les Américains. Pour les Israéliens, ce sont principalement des touristes, qui peuvent visiter un pays non musulman à seulement deux heures d'avion de Tel Aviv. Par contre pour les Américains, c'est une vraie colonisation. Probablement à cause de la position géostratégique du pays. Beaucoup de constructions, privées ou publiques, ont le petit logo US AID ( United States Agency for International Development), preuve qu'ils sont financés par des dollars. L'anglais est également enseigné jusque dans les petits villages, par des centaines de professeurs américains en mission pour quelques mois notamment avec des agence style "Peace Corp". Et pour la signalisation le long des routes, l'alphabet latin a remplacé presque partout le cyrillique comme complément à l'alphabet géorgien dès la fin du conflit en 2008.

La ville de Mestia est également en pleine transformation: places, hôtels, routes en construction dérangent les vaches locales qui n'avaient probablement jamais vu autant d'activité dans leur ville. Nous avons également visité leur minuscule aéroport tout neuf. Il y a un vol tous les deux jours vers Tbilissi pour 37 euros, donc nous pensions rentrer à la capitale comme ça. Malheureusement la météo dans les montagnes est capricieuse, et l'avion de 15 personnes est déjà rempli, sans être certain de décoller. Mais dans l'aéroport, la scène était assez surréaliste: un petit bâtiment hyper moderne, juste deux agents de sécurité et quelques autres employés ... en train de picoler le chacha. Sans aucun complexe, au milieu du hall de l'aéroport, à 10 heures du matin. Mais ils sont sympa quand même, la femme de ménage qui avait fini son travail a pu boire un coup avec eux avant de rentrer chez elle.

Nous faisons beaucoup de rencontres à Mestia. En fait, notre tour de Géorgie est très classique et tous les backpackers font sensiblement la même chose. Dans notre auberge, nous retrouvons par hasard Zack l'américain qui était dans la même auberge que nous à Tbilissi, et Josef qui était dans la même chambre d'hôtes que nous à Kutaisi. Nous étions également au même restaurant en même temps, sans le savoir parce que nous ne nous connaissions pas encore. Il y a également Rado, le médecin anesthésiste slovaque un peu déjanté qui a fait une pause dans ses études pour devenir moniteur de surf au Mexique, avant de faire toute l'Amérique centrale en auto-stop, en dormant dans des squats guatémaltèques ou à la belle étoile. C'est ici dans les montagnes de Géorgie,qu'il a commencé à fumer, parce que selon lui fumer coupe l'appétit et c'est plus léger que la nourriture, donc il doit moins transporter lorsqu'il fait des randonnées en montagne. En rentrant, il ne lui reste que quelques stages de médecine à terminer avant de pouvoir exercer ce beau métier.

Une grande première: nous avons eu une coupure d'électricité et d'eau en même temps, et pendant toute la journée! Évidemment justement le jour où nous avions prévu de faire la lessive, cela commence à devenir une mauvaise habitude, chaque fois que nous avons la chance d'avoir une machine à laver à disposition. Donc on ne peut pas prendre de douche, même froide, en rentrant du treck en montagne, ni tirer la chasse d'eau (qui ne fonctionnait pas de toutes façons), ni aller sur internet, ni recharger le PC; on peut parfois se passer de l'un des deux pendant quelques heures, mais notre voyage nous fait comprendre combien c'est difficile pour des occidentaux de se passer d'eau et d’électricité. On l'apprécie d'autant plus quand on l'a.

Voici les photos de Svaneti

Prochaine étape, encore bien différente, les vignobles de Kakheti, à l'est du pays.

Bises à tous, et à bientot
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Comments

Kai on

Ne dit pas mal du Niva, c'était la voiture des riches il y a juste 20 ans :)
Sinon, belles histoires, j'adore :)

tibuandtintin
tibuandtintin on

Merci pour le commentaire :)
Désolé si j'ai été trop dur avec la Niva :) C'est vrai qu'elle était vraiment toute pourrie, mais si c'etait a refaire, je reprendrais encore une Niva pour faire la route de montagne. Elle passe partout, meme là où les 4x4 modernes auraient peur pour leur carrosserie fragile ... Et puis si on tombe dans le ravin juste a coté, en Niva ou en Hummel ca ne changera rien.

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