Passage zébré

Trip Start May 07, 2012
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Trip End May 01, 2013


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Flag of Tanzania  , Iringa,
Thursday, June 14, 2012

Djambo tout le monde!


Nous voici maintenant dans le parc national de Ruaha pour l'incontournable safari tanzanien. Mais une fois de plus, nous n'allons pas le faire comme tout le monde. Margo, l'américaine volontaire à IOP, se décide à faire le même safari, en emmenant avec elle deux ou trois de "ses étudiants". En fait, via IOP, elle et ses amis aux Etats-Unis paient les études de cinquante enfants de la région. Elle vient chaque année chez IOP pour les rencontrer et faire son rapport. Généreuse mais un peu désorganisée, elle loue une voiture pendant 3 semaines et circule dans tous les villages et les écoles. Elle veut offrir un safari pour récompenser les enfants les plus méritants. Mais comme toujours en Tanzanie, les choses ne se passent pas comme prévu. La voiture de location n'est pas fiable, donc on passera par le garage avant, et on prendra un chauffeur local pour plus de sécurité. Et puis une des deux filles qui devaient venir à neuf heures du matin arrivera vers midi, sans pouvoir donner d'explication compréhensible. Bref au final on prend 3 filles de IOP avec nous, mais on perd toute la journée pour faire le trajet. Ah oui, en plus ces demoiselles ne sont pas habituées à rouler en voiture, donc sont malades, surtout sur les routes cabossées entre Iringa et Ruaha, on a dû s'arrêter cinq ou six fois pour vider leurs sachets de vomi.

Sur place, nous choisissons le camp Tandala. Un peu cher, mais nous sommes trop fatigués pour chercher autre chose. C'est un camp de tentes de luxe sur pilotis, en bordure du parc national. Comme il n'y a pas de barrières autour du parc, le propriétaire du camp réussit à attirer les animaux en creusant un puits pour alimenter un point d'eau. A cinquante mètres de notre tente, les éléphants défilent pour s'abreuver (100 litres par jour par animal!). Nous pouvons enfin prendre un bon repas "européen" sous les étoiles, à regarder les éléphants à la lumière de la lune. Le soir, interdit de faire seuls les cinquante mètres entre le restaurant et la tente où nous dormons. Nous devons toujours être accompagnés d'un guerrier Masaï, par protection. Ils nous accompagnent également pour notre safari à pied, au lever du jour, sur le territoire des lions. Malheureusement, nous n'avons vu que des arbres, un grand kudu mort, des traces fraiches et excréments de toutes sortes d’animaux, mais ils se cachaient tous, nous n'avons absolument rien vu. Lors de notre deuxième nuit, toujours bruyante avec tous ces animaux qui viennent boire autour de nous, nous avons eu la visite de ce fameux lion. Le masaï a raconté au matin que le lion est passé entre notre tente et le restaurant, s'est assis au pied de notre escalier! La nuit suivante, dans un camping local beaucoup plus abordable et tout aussi agréable, nous réfléchirons simplement à deux fois avant de sortir de la tente au milieu de la nuit.

Mais le vrai safari, en voiture à l'intérieur du parc, vaut vraiment le déplacement. Le parc national de Ruaha, le deuxième plus grand d'Afrique derrière Kafue en Zambie, est magnifique. En bordure du "grand rift" si bien décrit par Alexandre Poussin dans son livre "Africa Trek" (un livre qui donne envie de visiter l'Afrique!) , Ruaha n'a rien à envier à la concurrence plus au Nord, le Serengheti au pied du Kilimandjaro, et le cratère de Ngorogoro, à la frontière kenyane. De nombreux zèbres qui traversent la route ... , girafes, éléphants, buffles, phacochères, gazelles, antilopes et impalas, grand et petit Kudu, chacals, mangoustes, babouins, singes, hippopotames, et toutes sortes d'oiseaux. Il ne manque au tableau que les rhinocéros, il n'y en a pas dans ce parc-ci, les lions, qui ne voulaient décidément pas se montrer à nous, et les guépards et léopards, très difficiles à apercevoir. Tous peuvent s'abreuver à la rivière Ruaha qui traverse le parc et le pays tout entier vers l'océan indien.

Passer quelques jours avec Witness, 16 ans, Neema, 17 ans et Amina, 19 ans, les étudiantes de Margo, nous apprend aussi sur la jeunesse tanzanienne. Parfois on se demande si elles n'ont pas 10 ans de moins. Quel cirque à chaque fois, pour leur faire comprendre qu'il faut mettre sa ceinture de sécurité en voiture. Et que les papiers de bonbons, on ne les laisse pas tomber devant soi, mais on les met dans une poubelle. Et bien sûr la politesse, espérons qu'elles aient enfin compris, à la fin du voyage, le sens des mots "merci" et "s'il-vous-plaît". A leur décharge, nous avons vu beaucoup d'adultes dans le pays avec les mêmes manies.

Au retour de Ruaha, entre champs de tabac et de tournesols, nous nous arrêtons à l'école secondaire de Kalenga, juste à l'entrée de Iringa. Pour la petite histoire Kalenga est l'ancienne capitale des Wahehe, la tribu la plus représentée de la région, avec leur célèbre chef Mkawa, qui a remporté une guerre ici contre les allemands au 19ème siècle. Lors de la riposte teutonne quelque temps plus tard, n'ayant plus aucune chance, il s'est tiré une balle dans la tête en s'orientant de façon à ce que son corps tombe dans le feu et disparaisse. Pas de chance il est tombé à coté. Les allemands ont exposé sa tête dans un musée à Berlin jusqu'aux années 1950, quand ils l'ont rendue à Kalenga. L'arrière petit-fils Mkawa fût le premier président de la chambre des députés de Tanzanie, et son fils est encore responsable politique local aujourd'hui.

L'école de Kalenga est une école gouvernementale assez riche: les uniformes sont à peu près complets pour tous les enfants, à peu près propres, à peu près sans trous et les enfants ont tous à peu près deux chaussures! Au milieu des bâtiments, une cour centrale bordée d'arbres, ombragée, et un professeur qui donne la leçon dans la cour. A priori le tableau parfait. Mais à y regarder de plus près, le professeur a une baguette de bois vert en main, et les étudiants sont à genoux! En fait, c'est la méthode traditionnelle d'éducation en Tanzanie: battre les élèves. Les garçons sur les fesses, les filles sur la paume des mains. Au début, on croyait à une blague mais la loi tanzanienne autorise un professeur à frapper quatre coups par élève, sous certaines conditions. Mais bon, il y en a toujours un peu plus. Ce spectacle insupportable se répète tous les jours. En théorie, il est réservé aux mauvais élèves. Mais les professeur peuvent frapper pour une chemise sale ou des chaussettes dépareillées. Dans un pays si pauvre et avec autant d'enfants livrés à eux-mêmes, c'est particulièrement injuste. Cela se fait dans beaucoup d'écoles tanzaniennes, heureusement pas dans toutes. Voir ces adolescents, entre 15 et 20 ans probablement, comme cette fille qui pleurait de douleur après la scéance, c'est révoltant. Surtout que nous ne pouvons rien faire. On a beau essayer de leur expliquer qu'en Europe, le professeur serait immédiatement en prison pour des actes pareils... c'est la tradition. Et puis ces jeunes professeurs, à peine plus âgés que leurs étudiants, pas toujours très compétents, ne comprendraient pas. Comment un enfant pourrait-il apprendre dans ces conditions? A la demande de Bibi Berit, nous allons écrire un article dans le "Tanzanian guardian", un grand journal du pays, pour témoigner et essayer de changer les mentalités.

Nous terminerons notre aventure Tanzanienne par quelques jours à Iringa. Petite ville provinciale tranquille qui nous plaît beaucoup. Ils ont même des panneaux pour indiquer certains noms de rue, ce que nous n'avions pas encore vu jusqu'ici. Nous séjournons au Neema Craft. C'est une ONG qui accueille et fournit du travail aux personnes handicapées. Ils ont commencé par de l'artisanat, puis un restaurant et finalement des chambres d'hôte. L'idée est de changer la perception qu'ont les tanzaniens de la personne handicapée, tout en aidant cette dernière qui ne peut pas compter sur une sécurité sociale européenne pour s'en sortir. Les serveurs du restaurant sont sourds-muets, donc on commande par écrit. Et leur artisanat vaut vraiment la peine également. Juste a coté, notre restaurant local préféré, Hasty Tasty et ses portions gigantesques, comme souvent en Tanzanie, et qui nous demande de venir payer le lendemain (nous n'avions plus assez de shillings, ils ne voulaient pas de nos dollars) alors qu'ils ont une grande affiche "la maison ne fait pas crédit" à côté du comptoir. Notre dernière excursion sera pour le rocher Gangilonga "le rocher qui pleure", en bordure de la ville, là où le chef Wahehe Mkawa méditait et tenait ses conseils avant de partir en guerre.

La Tanzanie est un pays très religieux, mais avec une grande concurrence entre les religions. Il y a énormément de mosquées, d'églises catholiques, orthodoxes, anglicanes, luthériennes, ménonites, évangélistes, ... en plus des prédicateurs de rue qu'on entend souvent. Chacun veut probablement convaincre les locaux qu'il détient la vraie vérité. S'il n'y a pas souvent de panneau pour les noms de rue, on sait toujours dans quel diocèse on se trouve! Mais c'est un pays pacifique. Les deux principales causes de conflits en Afrique (guerres tribales ou de religion) sont inexistantes ici. Probablement dû au fait que les différentes communautés ont des tailles équilibrées, il n'y a pas vraiment un plus fort que l'autre. Julius Nyerere, le premier président après l'indépendance, a également fait un bon travail en réunissant Zanzibar au Tanganyka, et en instaurant une langue commune, le swahili.

Mais comme souvent dans les pays du tiers monde, le manque de vision à long terme est assez évident et triste. Cela se voit dans des détails au quotidien: ils ne pensent pas à faire des provisions pour le futur, jetent la nourriture plutôt que d'accomoder les restes pour le lendemain, très peu ont un frigo, et s'ils en ont, ils ne l'utilisent pas ( ils préfèrent conserver les poulets vivants),et ils jetent leurs ordures sans réfléchir. Un jour, en conduisant vers M'Lafu, nous sommes arrêtés par un barrage. Une dizaines de personnes travaillent à refaire la route. Ils nous demandent une contribution pour les laisser passer. Si on refuse, ils nous demandent de les aider à refaire la route. On s'en sort finalement avec un petit billet (500 Shillings, 0,25 EUR), en sachant très bien que le soir, ils vont certainement re-détruire la route qu'ils ont réparé dans la journée, pour recommencer le même cirque le lendemain et récolter de l'argent.

La page tanzanienne se tourne. Au retour entre Iringa et Dar Es Salam en bus, nous refaisons la route vers IOP, que nous connaissons bien maintenant. Les vendeurs de tomates le long de la route, l'Eglise où Alex et Maria se sont mariés, la rue commerçante de Mtua, puis Mazu Kanzi et son policier qui arrête tout le monde ... sauf les gens d'IOP. Et finalement nous repassons devant le centre, le Bite Café, le magasin, une boule au ventre en repensant à tous nos amis sur place, à ce gardien qui nous avait invité à manger chez lui, et qui était tellement triste quand nous sommes partis sans pouvoir honorer son invitation, les filles, les employés, Berit ...

Nous quittons le pays sous un des ces magnifique coucher de soleil africains, au ciel rouge comme la terre du pays. Asante Sana (merci beaucoup), Tanzania, et à bientôt.

Et voici les photos de Ruaha et Iringa
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Comments

Séba et Nath on

Salut les z'aventuriers,
Toutes nos félicitations pour votre magnifique récis.
On fait à notre tour passer le message afin que vous ayez d'autres visiteurs sur le blog.
On vous embrasse très fort tous les deux.
A bientôt
Nous ...4.5
PS : j'ai eu Gilbert en ligne her pour l'écran : j'irai peut-être le chercher ce w-e
Excellent séjour

Triinu on

Kas sirli kirjutab nii hästi prantsuse keeles vöi on teegi teine usinam ? ;)
Ilus pikk jutt, aga kahjuks aru ei saanud ,)
Ma ise käisin Keenias Masai mara looduskaitsealal ja nauru flamingo järve ääres.

tibuandtintin
tibuandtintin on

Prantsuskeelne tekst ikka J-P kirjutatud. Teda on kirjanikupisik tabanud ja ta lihtsalt kirjutab koguaeg:) Kahjuks ma ei jõua sellele tempole järgi. Nii palju oleks kirjutada, aga aega pole..

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