Vivre comme des Tanzaniens

Trip Start May 07, 2012
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Trip End May 01, 2013


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IOP

Flag of Tanzania  ,
Sunday, June 3, 2012

Jambo, shikamoo? (bonjour, comment ça va?)

Cela fait maintenant trois semaines que nous vivons en Tanzanie, et nous commençons à nous attacher aux gens et au pays. L'habitude ici est de se dire bonjour, même si on ne se connait pas, et de se serrer la main. Et ils le répètent jusqu'à ce qu'on réponde! Grâce à IOP, nous reconnaissons de plus en plus de gens en rue, ce qui rend les rencontres encore plus sympa. Difficile de refuser quand une mama insiste pour qu'on entre chez elle boire un verre, puis qu'elle envoie un gamin au petit magasin du coin pour nous acheter de vieilles bouteilles de Fanta ou Pepsi, l'équivalent du champagne premier cru pour ici. Nous refusons poliment de boire dans les verres, à la propreté douteuse, qui n'ont probablement plus été utilisés depuis la dernière guerre. Sous prétexte de ne pas lui "faire de vaisselle", nous boirons au goulot de la bouteille.

Et ce sourire, partout, tout le temps ... quel bonheur! Avec les filles de l'orphelinat et les employés aussi, nous faisons de mieux en mieux connaissance. Les tanzaniens sont un mélange de gentillesse, générosité, simplicité et une touchante naïveté, comme lorsque Hawa la formidable femme de ménage du centre nous montre le gel douche qu'elle a reçu en cadeau d'un précédent volontaire, et nous demande comment ça fonctionne, parce qu'elle n'a jamais utilisé ce genre de produit. Dans son village, à une heure de marche du centre, a-t-elle seulement accès à une pompe à eau? Et lorsqu'elle quitte le boulot un peu plus tard que d'habitude, à cinq heures et demie, vu qu'il fait noir peu après six heures et qu'il n'y a pas d'éclairage public puisque pas d'électricité, elle n'a que la lune pour lui montrer le chemin de la maison. Mais tout le monde fait ça, ici. Touchant aussi quand, lors d'une excursion avec des enfants de IOP au site pré-historique de Isemila, pas loin de Iringa, certains enfants préfèrent faire le trek dans les rochers pieds nus, en enlevant leurs sandales qui ne sont pas adaptées à la marche. Ou de les voir essayer de manger avec fourchette et couteau lorsque la nourriture est différente de leur Ugali traditionnel qui se mange avec les doigts. Ou encore de voir l'effervescence du dimanche matin, jour de messe, lorsque les filles repassent leur plus belle jupe en mettant des braises chaudes dans le fer à repasser, ustensile d'un autre temps qu'on retrouverait dans certains musées chez nous.

Samedi dernier, nous étions invités au mariage de Justin et Terry, lui est employé d’IOP. Un mariage est toujours une belle occasion de goûter aux coutumes locales, donc nous avons accepté avec plaisir. Nous étions quatre blancs, volontaires à IOP, pour environs 400 tanzaniens. La veille, nous avons reçu notre carton d'invitation, qui nous donnera droit à 3 tickets: deux boissons, et une assiette au buffet! Nous arrivons dans la salle, quelques tables mais surtout les chaises disposées face à la piste de danse, comme pour un spectacle. Il y a une mama au micro, pour gérer la soirée, entièrement en swahili bien sûr. D’abord, il y a l’entrée de la famille du marié, puis de la mariée, puis des témoins, et enfin des mariés. A chaque fois, on prend son temps, musique locale, et une espèce de farandole-danse pour arriver sur la piste. Puis les présentations des invités principaux, nous y compris. Puis, chacun vient trinquer avec sa bouteille de soda avec les mariés, en dansant bien sûr. Notamment une danse tribale traditionnelle de la tribu de la mariée.

Ensuite arrive la cérémonie des cadeaux. Pas de liste de mariage ou de numéro de compte en banque, ici chacun amène ce qu’il veut. Les cadeaux les plus typiques furent assiettes, verres, grande bassine en plastique, très utilisée ici, et les grands tissus africains. Prenons par exemple une famille qui offre 6 assiettes. Lorsque vient leur tour, ils se mettent tous au fond de la salle, et quand la musique démarre, chacun prend une assiette, la tient en l'air et se met à danser jusqu’aux mariés pour leur apporter le cadeau. Chacun son tour. Cela dure des heures. On voit bien que certains sont très pauvres, et que les cadeaux auraient l’air ridicule en Europe, mais ils sont tellement fiers et heureux de monter sur la piste en dansant et en offrant quelque chose. Ça fait plaisir à voir. Et puis, on voit la belle grande famille de IOP, beaucoup d’employés sont des anciens étudiants sponsorisés par l’association, donc ils se connaissent tous depuis des années. Et nous en connaissons quelques-uns depuis une semaine… c’est vraiment sympa. Nous avons un peu l'occasion de nous déhancher sur les rythmes africains lorsque vient notre tour avec l'album photo que nous avons offert.
Après les cadeaux (vers 9 heures, et la fête avait commencé à 5 heures), tout va très vite : buffet pour tout le monde, un petit mot de remerciement et puis on rentre chez soi, c’est terminé !

Encore deux détails sur les coutumes locales : ils coupent le gâteau au début de la fête (avant les cadeaux et le buffet), et les mariés et témoins en mangent une bouchée chacun (la mariée donne au marié et vice versa), puis ils donnent un gâteau à la famille du marié, un autre à la famille de la mariée, mais personne ne le mange, on ne sait pas ce qu’ils en font après! Autre détail : en Tanzanie rurale, il n’y a aucune marque d’affection en public. C’est vrai pour un couple en rue, mais aussi pour les mariés : ils ne se sont pas regardés, ni tenu la main, ni embrassés de toute la fête.


Le système de transport local s’appelle le dalla dalla. Pour comparer avec l’Europe, prenez le mini van le plus pourri que vous pouvez trouver. Ajoutez-lui 800 000 km au compteur et beaucoup de rouille pour être certain qu'en Europe il n'ait aucune chance de passer le contrôle technique. S'il peut transporter 10 personnes, mettez-en 30, plus des poules et des bagages: vous avez un dalla dalla! A chaque changement de vitesse, on croit que c'est le dernier, et que la prochaine fois, la boite de vitesse va lâcher. Si on approche un contrôle de police, tous les gens debout dans l'allée centrale s'accroupissent, pour faire croire aux policiers qu'il n'y a pas trop de gens dans le bus. Pas d’arrêt de bus officiel le long de la route, il suffit de dire au chauffeur quand on veut descendre. Un soir, au retour d’Iringa, notre chauffeur s’appelle Old James. Comme nous sommes assis à l’avant, il passe son temps à discuter avec nous. Il essaie même de nous raconter des blagues en Swahili, et de nous expliquer que, comparé au Burundi et Rwanda, les pays voisins, la Tanzanie est un pays très libre ou chacun fait ce qu’il veut. Nous n’aurons malheureusement pas l’occasion cette fois-ci de visiter ces deux pays pour nous en rendre compte. Old James aime aussi prendre son temps pour dire bonjour aux gens au bord de la route. A la fin, les gens de l'arrière du bus criaient parce qu'au lieu de discuter, il ferait mieux d'avancer! Mais nous étions plutôt contents qu’il ne roule pas trop vite, vu l’état du véhicule.

Une autre particularité de la Tanzanie, mais probablement aussi de toute la région, c'est la lourdeur bureaucratique. Ici, ils aiment la paperasse, même si on peut douter que tous ces reçus et registres soient toujours réellement utilisés. Que ce soit simplement l'entrée d'un parc, un achat dans un magasin, un billet de bus, une visite d'école ..., ils aiment sortir un ou deux carnets crasseux de leur tiroir, installer minutieusement le papier carbone pour avoir le duplicata, remplir le formulaire, le faire signer, détacher l'exemplaire blanc pour le client, le rose pour le vendeur, le bleu à agrafer avec le blanc pour le client, et garder le jaune comme copie de secours... Cela peut prendre du temps. Au risque d'être dans l'illégalité, nous n'avons pas conservé tous nos exemplaires!

Un peu avant de partir, Berit nous a raconté l'histoire de Rose, une petite orpheline de 10 ans avec qui nous avons beaucoup joué au centre IOP. Une histoire typique des filles d'ici. Rose est la troisième d'une famille de 4 enfants. Son père est mort du sida il y a quelques années. Chose rare ici, sa mère s'est remariée. Chose encore plus rare, son beau-père a accepté les 4 enfants et les a pris à sa charge. Puis le beau-père est décédé, et enfin la mère, aussi du sida. Rose est partie vivre chez sa grand-mère à 7 km d'ici. Il y a trois ans, la grand-mère, ivre, est arrivée à pied au centre IOP avec Rose qui portait son petit frère sur son dos (à 7 ans, sur 14 kilomètres aller-retour!). IOP a accepté de prendre Rose, mais ne peut prendre que des filles, donc a du refuser le petit frère. Bref après discussion, ils sont rentrés chez eux et n'ont plus donné de nouvelles. IOP a enquêté et ils ont retrouvé leur trace dans un autre village, ou la grand-mère avait trouvé une chambre. Puis la famille a encore déménagé ailleurs. Et c'est là que IOP a décidé que cette petite Rose avait été assez déplacée et perturbée, il fallait qu'elle vienne vivre au centre. Elle est arrivée avec seulement les vêtements qu'elle portait ce jour-la, elle n'avait rien d'autre. Depuis elle va bien, même si elle reste très timide. Avec un traumatisme pareil, cela peut se comprendre. 34 filles au centre, 34 histoires de ce genre-la... Nous redoutions de l'entendre, mais d'un autre coté nous devions savoir, au moins pour quelques unes d'entre elles. L'histoire de Rose n'est pas la pire...

Il y a très peu d'hommes au centre IOP le soir et les weekends, lorsque les employés ne sont pas là. Pas facile pour Tintin, avec tous ces regards et ces sourires charmeurs, malgré la protection jalouse de Tibu. Les plus âgées des filles du centre ont vingt ans, le même âge que les plus jeunes des employées. Et malgré leur passé souvent douloureux et dramatique, elles deviennent femmes comme les autres.

Ce mercredi, grand événement: nous recevons pour quelques jours une délégation de YWCA (Young Women Catholic Association, l'équivalent du YMCA que les Village People ont si bien chanté). C'est la plus grande organisation internationale de jeunes filles dans le monde. L'idée est d'ouvrir officiellement ici à Ilula une branche de YWCA Tanzanie, ce qui correspond tout à fait au travail d'aide aux femmes que IOP fait déjà. La délégation se compose du responsable communication norvégien et des responsables YMCA Kenya et Tanzanie, deux vraies "mamas africaines" dans toute la générosité et l'exubérance du terme, avec un rire très communicatif! Elles nous apprennent plein de choses, par exemple que YWCA Kenya et Tanzanie travaillent beaucoup pour lutter contre l'excision féminine, une pratique barbare de certaines tribus sur leurs jeunes filles, notamment les Masaï du Nord de la Tanzanie (et heureusement pas à Ilula). Inutile d'entrer dans les détails, mais c'est effrayant d'apprendre que ça existe encore dans ce pays et ceux aux alentours. Si vous voulez plus d'informations, Waris Dirie, une top model somalienne et ambassadrice de l'ONU, a écrit un magnifique livre sur le problème, dont on a d'ailleurs fait un film: "fleur du désert".

Nous avons enfin goûté au plat traditionnel tanzanien, appelé ugali. La recette est simple mais efficace: farine de maïs et eau, c'est tout! En cuisant, cela donne une pâte très compacte et consistante, mais sans goût. On pourrait même imaginer utiliser l'ugali dans la construction de murs, comme mortier, tellement ça tient bien! Ils le mangent avec les doigts bien sûr, en trempant dans une espèce de sauce avec des fèves. Bref c'est pas très bon, mais il fallait bien essayer. Les locaux mangent ça tous les jours.

Le dernier jour nous avons fait une fête, à la fois pour notre départ, celui de la délégation YWCA mais aussi et surtout pour les anniversaires des mois d'Avril et Mai, donc de Bibi et de 5 filles du centre. Pour le gâteau au four, encore la débrouille: une grande casserole sur le feu, un grand couvercle, et avec une pelle, on dépose des braises rouges sur le couvercle! C'est aussi l'occasion de leur faire découvrir un peu de nos spécialités culinaires. Avec le peu d'ingrédients à notre disposition, nous décidons de préparer une salade de pommes de terre et un poulet-curry-ananas. Et c'est à ce moment qu'on comprend qu'ici, tout prend beaucoup de temps. Il nous faut du poulet, pour quarante personnes, nous commandons 6 pièces. Nous les recevons la veille mais ... vivants! C'est la meilleure façon de conserver la viande, puisque les locaux n'ont pas de frigo. Il faut aussi du lait pour la sauce. Oops, c'était commandé, mais ils ont oublié ( il y a toujours au moins un truc qui coince dans ce "pays de l'à-peu-près"). Pour se faire pardonner, Magdalena se décide à ... aller traire une vache, pour nous donner du lait. Une heure plus tard, elle revient bredouille, il faudra finalement se débrouiller sans lait. Aussi, pour faire la sauce curry, il faut au moins une source de chaleur! Pas de problème, Anna va chercher du bois et on va relancer les braises qui ont servi à chauffer l'eau de la vaisselle. Mais bien sûr cela prend du temps, et à 6 heures il fait noir, nous terminerons la cuisson à la lampe frontale ( mais eux, comment ils font sans lampe ni électricité ???)

Cette dernière soirée fût des plus festives! Un peu comme le mariage, on danse, on chante, on se partage le gâteau, on offre des cadeaux et à la fin on mange. Mais quelle ambiance! Les tanzaniens savent s'amuser avec peu de choses.

Mais le tableau de la Tanzanie n'est pas toujours aussi joyeux. Les visages apathiques de M'Lafu, enfants perdus, sales et livrés à eux-mêmes, resteront dans nos mémoires. Nous n'oublierons pas non plus toutes les histoires tristes et les blessures que IOP essaie de guérir, et enfin la désinvolture et le manque de rigueur nous ont vraiment énervés plus d'une fois. Pour aider IOP, nous avons décidé d'utiliser une partie de notre "cagnotte bénévolat" (encore merci à tous nos généreux amis lors de la fête et de nos ventes de livres), combinée avec la déduction fiscale via IOP-Luxembourg, pour financer la classe de la section professionnelle couture qui est la grande priorité du moment au centre IOP. Les filles, très douées et motivées, travaillent pour l'instant un peu partout dans le centre, avec leur machine à coudre installée dans les couloirs, là où il y a de la place. Leur local, entre les classes de menuiserie et de cordonnerie, manquait d'argent pour être terminé: il reste le plafond, les finitions et les meubles à faire.

A l'heure de quitter Ilula, capitale tanzanienne de la tomate, impossible de citer tous les gens d’IOP que nous avons rencontrés. Nous n’avons d'ailleurs retenus que quelques prénoms : Hawa la femme de ménage, Yussuf, Ken et Silla les comptables, Wasiwasi et Atilio les managers, Hery le chauffeur, Marco le jardinier, Jacquelin et Tulla qui vont dans les familles d'acceuil, Tulia la coordinatrice des volontaires, Jeremiah le prof d'informatique et responsable de l'école secondaire, Albino et Cesco du stock, Emelita qui s'occupe des filles de l'orphelinat, Liston le responsable des chauffeurs et du magasin, Ester au magasin, l'apprenti menuisier, admirateur secret de Tibu, les apprentis cordonniers, Agnes au café, Alex et son épouse Maria la suissesse, Matron la responsable du bâtiment principal … et bien sur la formidable Berit.

Les filles: les petites Deborah, Rose la timide, Winifrida la benjamine, Veneranda; les moyennes, Belina la gagneuse, Rosy sa jumelle DJ, Silla ... ; et les grandes Magdalena la rigolote, Jane, Mwanaiba la comédienne, Vashti la prof, Anna ...

Et les autres volontaires: Megan et Margo les américaines, Jet et Liseth les hollandaises...

Voici le deuxieme album de Ilula.

A bientôt
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Comments

JY et Alice on

Jambo, jambo...very nice pictures and sobbering stories. Chicken curry is not really a typical belgian meal. But i guess fries may v been tricky

tibuandtintin
tibuandtintin on

Mais on a eu des frites, certains jours au centre IOP( enfin, un truc qui y ressemble). Mais je ne sais pas comment ils se sont debrouilles pour les faire. Parfois, il vaut mieux ne pas trop poser de questions, du moment que l'estomac tient le coup ...
Pour le curry, c'est la seule idee qu on avait avec les ingredients a notre disposition. Et encore, on a du ramer pour trouver ce curry a Iringa!

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