Chaco Loco

Trip Start May 18, 2010
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Trip End Aug 17, 2010


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Tuesday, August 3, 2010


Chaco Loco: perdu au fond du Chaco hostile
Chaco Loco: lost deep in the hostile Chaco

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Amies et amis, installez-vous confortablement près du feu, bien au chaud, je vais vous raconter une histoire: l'histoire du Chaco, pays étrange et oublié au fond de l'Amérique du Sud, où les criminels et rénégats vont se perdre, où la mémoire disparaît...

Ça avait pourtant bien commencé: j'allais enfin prendre le train! C'est une petite automotrice en fait, mais mieux que rien. Le voyage a été un cauchemar: la voie dans un état miteux rendait la cabine extraordinairement inconfortable et bruyante, des courants d'air froid nous gelaient aux os, et sans l'aimable Pablo, mon voisin d'infortune qui a partagé sa couverture, j'aurais attrappé la mort...

J'ai été tout content de descendre à Puerto Suarez, presque à la frontière avec le Brésil, pendant au moins 5 minutes. Les chauffeurs de taxi exigeant des prix aberrants et les kilomètres à pied sous le soleil qui s'en suivirent m'ont remis à ma place. Et tout a continué de cette manière: gens désagréables refusant de donner des informations, hôtels miteux, la douche suicide qui me balançait des coups de jus sur la tête, et impossible d'organiser une virée dans la jungle. Autour de la place principale, le seul coin bitumé de la ville, toute la soirée d'énormes 4x4 de luxe et des motos supersport tournent stupidement, sur plaques locales, plus faciles à obtenir sans question que les plaques nationales. Une grande partie de la population locale est colombienne, et les voitures de luxe tombent du ciel dans un pays où personne à part la police n'a d'emploi sérieux...

Je ne m'éternise pas et je pars le lendemain pour Aguas Calientes, juste avant Roboré, dont le nom au parfum de centre thermal me promet détente et relaxation. Le bus est en fait un minivan, c'est clair que nous sommes au bout du monde. Le chauffeur me fait confirmer que je veux y aller, je sais maintenant que c'est un très mauvais signe. Mais je persiste! Le village minuscule est plein d'ordures, des cochons se promènent sur la voie de chemin de fer, il faut marcher une demie-heure sous un soleil de plomb pour arriver à un lac boueux tiède, origine du nom du village... Je retourne sur mes pas, et dois attendre deux heures pour qu'un bus me conduise jusqu'à Roboré. Dans l'espèce de mini boutique+bar du coin, quatre jeunes Mennonites mettent pièce après pièce dans un juke-box vidéo, aux chansons mexicaines sur des images de rodéo. Une fois tout le monde parti, ils choisissent des chansons brésiliennes aux filles très dénudées agitant leurs atours plastifiés. Éducation sexuelle aux normes du Chaco...

Enfin le bus pour Roboré part, en retard, c'est une épave et c'est un miracle qu'il roule. Roboré est miteuse, je pensais y dormir pour aller le lendemain à une mission jésuite un peu en dehors de la route. Je change mes plans et vais directement jusqu'à San José de Chiquitos. J'y arrive de nuit, dans un nuage de poussière qui englobe la ville, et des légions de motos chinoises bourdonnant de tous les côtés. Je vais dans le premier hôtel qui se présente, prends une douche et m'effondre. Pendant la nuit c'est le déluge, et le lendemain la ville au complet est un tas de boue. Dans les rues, des poules, chiens, cochons, ânes, vaches et chevaux cherchent de la nourriture. Les égoûts à ciel ouvert, vagues tranchées sur le bord des rues, puent et débordent. Les motos projettent de la boue de tous les côtés. Je galère pour trouver un accès Internet, le dimanche tout est fermé! La gare est fermée aussi, impossible d'acheter un billet pour revenir à Santa Cruz. Il reste le bus, mais la route entre San José et Santa Cruz est connue pour être misérable. Tant pis, ce sera le bus...

Heureusement à San José se trouve une des missions jésuite de la Chiquitania: tout comme à la frontière entre l'Argentine et le Paraguay, ils ont construit ici des empires terrestres immenses avant d'en être chassés par le roi d'Espagne. La plupart dans ce coin du continent sont loin de tout et difficile d'accès, celle de San José est la plus facile. Mais toutes sont différentes, et toutes impressionnantes! Une fois encore, j'ai très sérieusement pensé à m'acheter une petite moto et à partir à l'aventure...

Après la petite parenthèse historique, j'attends à l'hôtel l'heure de prendre le bus. La patronne de l'hôtel vient discuter, accompagnée d'une brésilienne obèse, de deux gamines et d'un transsexuel mal rasé. Je me retrouve coincé, seul gringo dans le coin, sous un feu roulant de questions et de commentaires majoritairement sexuels, et accessoirement atrocement vulgaires... Je me réfugie dans ma chambre, la télé capte une seule chaîne qui passe "Le Dîner de Cons" doublé en espagnol. Finalement le souvenir du train glacial me fait partir pour le marché et m'acheter une couverture pour ne pas autant souffrir lors du retour.

À peine 5 minutes après être sorti de la ville dans le bus, je comprends pourquoi cette route fait tant peur: c'est une piste de terre instable, se transformant en coulée de boue 200 fois par an. La route principale est bloquée rapidement par des monticules de terre, tout le monde passe par un bas-côté. Un peu plus loin, un camion de bois s'embourbe, bloquant cette route. Nous faisons marche arrière pour tenter de reprendre la route principale, le chauffeur ne vas pas assez vite et le bus se coince sur les tas. Nous sommes dans le pétrin complet, les roues avant ne touchent pas. Une demie-heure d'efforts à la pelle et la pioche plus tard un camion arrive, a une élingue d'acier, et nous sort de là dans un grand bruit de tôle froissée. Et puis on réessaie, et cette fois-ci le bus saute l'obstruction! Et là commence une route incroyable, aux obstacles ahurissants, aux chauffeurs héroïques manoeuvrant leurs bus comme des Jeeps de poche, la nuit noire à peine tranchée par les phares à pleine puissance, les palmiers et autres arbes fantastiques surgissant soudainement du néant et caressant le bus de leurs branches. J'ai pris souvent le bus lors de mon grand voyage, trop souvent, mais je retournerais faire ce trajet-là n'importe quand!

Arrivé à Santa Cruz, à 4h du matin, je retourne à l'alojamiento étrange, puisque mes affaires y sont. La chambre sent la merde de chat. Je passe la journée à laver mon linge, décaler mon billet d'avion pour le lendemain, réserver l'auberge à La Paz (c'est la saison haute!). Pour une fois tout fonctionne, et le lendemain j'ai le privilège de manger le pire Subway de ma vie à l'aéroport de Santa Cruz, avant un vol finalement tranquille pour La Paz.

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Friends, sit down comfortably by the fireplace, warm and cosy, I'm going to tell you a story: the story of the Chaco, strange forgotten country in the heart of South America, where criminals and renegades get lost, where memory disappears...

It had started well though: I was finally going on a train ride! It's a small railcar actually, but it's better than nothing. The trip ended up being a nightmare: the track in a pitiful condition was making the cabin incredibly uncomfortable and noisy, cold air streams were freezing us to the bones, and without Pablo, friendly neighbour in misery who shared his blanket, I would have caught my death...

I was quite happy to get off in Puerto Suarez, almost at the border with Brazil, for at least 5 minutes. The taxi drivers demanding absurd fares and the ensuing kilometres on foot under the sun got me back to my normal sarcastic self. And everything else went the same way: unfriendly people refusing to give any information, seedy hotels, the suicide shower throwing an electric shock after the other on my head, and impossible to organize any trip to the jungle. Around the main square, the only sealed roads in the village, for the whole evening luxury SUVs and hypersport motorbike go around and around stupidly, on local plates, easier to obtain without any question than national ones. A large part of the local population is from Colombia, and luxury cars fall out of the sky in a place where no-one apart from the police has any serious job...

I don't linger on and leave the next day for Aguas Calientes, just before Roboré, a name sounding of thermal baths that promises joy and relaxation. The bus ends up being a minivan, it's clear that we're at the end of the world. The driver wants me to confirm that I actually want to stop there, I now know that it's a very bad omen. But I persist! The tiny village is full of garbage, pigs dig around between the train tracks, I have to walk half an hour under a scorching sun to reach a muddy lukewarm lake, from which the village got its name... I walk back, and have to wait for two hours until a bus can get me to Roboré. In the kind of tiny shop+bar next to the square, four young Mennonites put coin after coin in a video jukebox playing Mexican songs with rodeo clips. Once everybody else gone, they chose Brazilian songs with barely clothed ladies shaking their plastified equipment. Sexual education in the Chaco...

Eventually the bus to Roboré leaves, late, it's a wreck and it's a miracle that it's running. Roboré is seedy, I was thinking of sleeping there to go to a Jesuit mission a bit out of the way the next day. I change my plans and go straight to San José de Chiquitos. I get there by night, in a cloud of dust covering the whole city, and legions of Chinese motorbikes buzzing on all sides. I go to the first hotel I can find, take a shower and crash in bed. During the night it's a downpour, and the next day the whole town is a mud pile. In the streets, hens, dogs, pigs, donkeys, cows and horses are looking for food. The open sewers, rough trenches on the side of the streets, overflow and stink. The motorbikes spread mud everywhere. I struggle to find an Internet access, on Sunday everything is closed! The railway station's closed too, impossible to buy a ticket back to Santa Cruz. There's still the bus, but the road between San José and Santa Cruz is known to be a misery. Well, it will have to be the bus...

Thankfully in San Jose lies one of the Jesuit missions of the Chiquitania: just like at the border between Argentina and Paraguay, they built here huge land empires before being kicked out by the king of Spain. Most of the ones around here are difficult to get to, San José is the easiest one. But all are different, and all are impressive! Once more I seriously thought of buying a small motorcycle and go for a new adventure...

After the short historical parenthesis, I wait in the hotel until time to go to the bus. The hotel's owner shows up to chat, with an obese Brazilian lady, a couple of young girls and a badly shaven transsexual. I find myself cornered, only gringo around here, under a rolling barrage of questions and comments mostly sex-oriented, and incidentally atrociously vulgar... I take refuge in my room, the TV only pick up a single channel that's showing "The Dinner Game" dubbed in Spanish. Eventually the memory of the train trip forces me out and to the market, where I buy a blanket to be a bit warmer on the way back.

Out of the town for barely 5 minutes in the bus and I understand why this road has such a bad reputation: it's an unstable dirt road, turning itself into a mudslide 200 times a year. The main road is quickly blocked by dirt mounds, everyone drives on the shoulder. A little bit further, a wood truck gets bogged down, that's the end of this way. We go back to try to take the main road, the driver doesn't go fast enough and the bus gets stuck on the mounds. We're in deep cack, the front wheels don't touch. Half an hours of work with shovel and pickaxe later and a truck shows up, he's got an iron sling and gets up out of there in a great noise of crumpled sheet metal. And then we try again, this time the bus jumps over the obstruction! There starts an incredible ride, with staggering obstacles, heroic drivers manhandling their buses like lightweight Jeeps, the black night barely scratched by the full-power headlights, palm-trees and other fantastic vegetation jumping out of the void and caressing the bus with their branches. I often took the bus during my long trip, too often, but I'd go back to do that trip anytime!

Once back in Santa Cruz, at 4:00 AM, I head back to the strange alojamiento, as my stuff is there. The room smells of cat poo. I spend my day washing my clothes, moving my plane ticket ahead to the next day, booking my hostel in La Paz (it's high season!). For once everything works fine, and the next day I have the privilege of eating the worst Subway in my life in the Santa Cruz airport, before a finally peaceful flight to La Paz.
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