L'enfer... / Hell...

Trip Start Nov 13, 2008
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Trip End Jul 26, 2009


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Saturday, January 17, 2009

L'enfer... Le cauchemar des Damnés de la Terre.
Hell... The nightmare of the Wretched of the Earth.

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En fin de compte j'ai été bien content de partir de Sucre. Il n'y avait rien de bien intéressant à faire, et puis après le manque de dodo et la pluie j'avais besoin d'un peu de ciel bleu. J'ai donc filé pour Potosí, site de l'ancienne plus grande mine d'argent au monde, exploitée depuis le temps des Espagnols, et plus haute ville au monde (4160m). À défaut de ciel j'aurai eu le plafond de galeries de mines, et à défaut de bleu le noir de la poussière et de la misère...

Mais avant tout ça c'était un peu plus joyeux! :) À la gare de bus de Sucre je suis tombé sur Susan et Mark, mes amis hollandais de la virée dans la jungle, qui partaient un peu après moi pour Potosí aussi! Je les ai donc retrouvés à Potosí, ils étaient dans l'auberge juste en face de la mienne, avec deux des trois françaises de la virée. Le monde est tout petit! :)

La veille de mon tour des mines, il y avait la projection d'un film dans mon auberge: The Devil's Miner (le mineur du diable), l'histoire d'un enfant travailant dans les mines de Potosí. C'est un très beau documentaire, et disons que quand le générique final a commencé à dérouler personne ne disait rien, mais on entendait plusieurs respirations lourdes de gens qui cherchent à calmer l'humidité dans leurs yeux... Je n'en dirai pas plus, débrouillez-vous pour le voir, il en vaut vraiment la peine, et préparez les mouchoirs.

Le lendemain de cette introduction musclée, je suis parti pour mon tour d'une des mines (il y en a plus de 300 dans le Cerro Rico). D'abord nous avons passé des vêtements plus adaptés, puis nous sommes allés dans le marché des mineurs, où j'ai rencontré à nouveau Susan et Mark! :) L'arrêt dans le marché est une tradition: nous ne payons pas l'entrée de la mine, mais comme certaines choses coûtent un peu cher (selon les standards boliviens, pas les nôtres), nous en achetons pour les mineurs. Après le film de la veille je suis parti avec plus d'argent que je pensais au départ, résutat j'ai fini avec 7 bâtons de dynamite dans mon sac, des mèches, du phosphate (pour des explosions plus puissantes), etc. :)

Et après ça, le trou. Une vieille mine toute sombre, seulement nos petites lumières frontales. De la boue au sol et de l'arsenic sur les murs. De la poussière. Sans ventilation, un air vicié. Avancer cassé en deux, ou en rampant. Des types qui travaillent au fond de cet enfer, et qui nous demandent en passant si on a quelque chose à boire. Une plongée dans un cauchemard, qui devient le nôtre pour deux heures. Les nerfs à vif en regardant les rares solives, cassées par l'affaissement progressif de la montagne. Et puis les explications du guide, ex-mineur (qui avait échappé de justesse à un éboulement la semaine précédente), et les conversations devant Tio avec des mineurs hébétés par la fatigue et les feuilles de coca...

Cette montagne est exploitée depuis le temps des espagnols, qui utilisaient des autochtones réduits en esclavage pour creuser dans des veines d'argent pur. Et puis les veines principales se sont épuisées, alors les gouvernements successifs on pris le relais avant qu'il n'y ait plus d'argent pur. Les opérations se sont arrêtées pour un temps, jusqu'à ce que la technologie moderne permette la séparation de l'argent, du cuivre et de l'étain qui forment les petites veines actuelles. Des coopératives de mineurs se sont alors formés pour tenter d'arracher une misère des entrailles de la montagne avec des outils archaïques, et c'est comme ça que les choses fonctionnent aujourd'hui.

Les conditions de travail sont terribles. Et en disant ça on n'a pas idée de ce que c'est réellement. Merde, on a fait des révolutions en Europe pour moins que ça! Une vie de misère et de famine, incroyablement dure, sans aucune sécurité. On estime que depuis l'ouverture des mines 8 millions de personnes y sont mortes, et ça continue aujourd'hui. Et pour quoi? Un salaire un peu supérieur au minimum mensuel Bolivien (B/. 300 par mois, ~ 40 $US), pas de qualification nécessaire, et une espérance de vie de 35 ans... Quand les accidents ne tuent pas, la silicosis, la maladie des mineurs leur ronge les poumons et ils meurent au bout de 10 ans de mine. Alors pour oublier, de l'alcool à 96° (sérieusement!), un poison qui assomme plus vite que n'importe quoi d'autre, et des feuilles de coca à longueur de journée pour calmer la faim et la peur...

Je ne réussis pas à transmettre par écrit les émotions terribles qui m'ont assailli durant cette demi-journée. La tristesse, la frustration, la rage, l'impuissance à changer les choses. Et surtout l'envie de lever le poing, de révolte, d'un monde meilleur pour ceux que nous avons oublié...

Debout, les damnés de la terre
Debout, les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère
C'est l'éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foules, esclaves, debout, debout
Le monde va changer de base
Nous ne sommes rien, soyons tout

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Finally I was quite happy to leave Sucre. There was nothing to do there, and after the lack of sleep and the rain I needed a bit of blue sky. So I went to Potosí, where is the former largest silver mine in the world, worked since the Spaniards, and highest city in the world (4160m). Instead of sky I got the ceiling of mining tunnels, and instead of blue the black of dust and misery...

But before that things were a bit happier. :) At the bus station in Sucre I had met Susan and Mark, my Dutch friends from the jungle tour, and they were also going to Potosí, a but later than me. So we met again in Sucre, they were staying in the hostel just in front of mine, where were also two of the three French girls from the same tour! The world is tiny... :)

The day before my tour of the mines, they showed a movie in my hostel, The Devil's Miner, the story of a kid working in the mines of Potosí. It's a beautiful documentary, but let's say that when the final credits started rolling on, no one was saying anything, and you could hear a few people heavily breathing to calm down the moisture in their eyes... I won't say more, try to see the film, it's well worth it, and get out the tissues.

The day after that tough introduction I went for my tour of one of the mines (there are more than 300 in the Cerro Rico). First we changed for some more adapted chothing, and then we went to the miner's market, where I met again Susan and Mark! :) Stopping at the market is a tradition: we don't pay the entrance to the mine, but as some thing cost a lot of money (for Bolivian standards, not ours), we buy them for miners. After the previous day's movie I left with quite more money than I had planned initially, and I ended up with 7 stick of dynamite in my backpack, wicks, phosphate (for stronger explosions), etc. :)

And after that, the hole. An old dark mine, only lit by our little frontal lamps. Mud on the floor an arsenic on the walls. Dust. Without ventilation, foul air. Going forward squatting, crouching or crawling. Guys working at the bottom of this hell, asking us when they pass by if we have anything to drink. A dive into a nightmare, that becomes ours for two hours. Being on the edge while watching the few balks, slowly giving way under the weight of the mountain caving in. And then the explainations of the guide, ex-miner (who had narrowly escaped a brutal cave-in a week before) and the conversations in front of Tio with miners dazed with fatigue and coca leaves...

This mountain's been worked in since the Spaniards, who used enslaved indigenous to dig into pure silver seams. Then the main seams were exhausted, and the successive governments took over until there was no pure silver left. Operations stopped for a while, until technology allowed separating the silver from the copper and tin that make up the small veins nowadays. Mining cooperatives were then set up to try to scrap a pittance from the bowels of the mountain, and tht's the way it works today.

Working conditions are terrible. An that doesn't even convey what it really is. Fuck, we've done revolutions in Europe for less than that! A life of misery and famine, incredibly hard, without any security. It's estimated that since the opening of the mines 8 millions of people have died there, and it's still going on today. And what for? Wage a bit above the Bolivian monthly minimum (B/. 300, ~ 40US$), no qualification required, and a life expectancy of 35 years... When accidents don't kill, silicosis does, the miner's disease that wears down the lungs and kills within 10 years of mine. To forget, 96° alcohol (no kidding!), a poison that knocks out faster than anything else, and coca leaves all day long to ease the hunger and the fear...

I can't realy transmit in writing the terrible emotions that I felt during this half-day. Sadness, frustration, rage, inability to change things. And above all the urge to raise the fist, to rebel, to help create a beter world for those that we have forgotten...

Arise, wretched of the earth
Arise, convicts of hunger
Reason thunders in its volcano
This is the eruption of the end
Of the past let us wipe the slate clean
Masses, slaves, arise, arise
The world is about to change its foundation
We are nothing, let us be all
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