Réalités en terre occupée

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Flag of Palestinian Territory  ,
Thursday, February 9, 2012

L'autre jour, Servane et moi avons enfin participé au célèbre tour de la non moins célèbre association Breaking the Silence, un regroupement d'anciens soldats israéliens qui ont décidé de "briser le silence" qui entoure ce qui se passe réellement en Cisjordanie, et qui déposent des témoignages à propos de ce qu'ils ont vu et dû faire pendant leur service militaire dans les territoires palestiniens occupés. Ils ne s'arrêtent pas là : ils proposent aussi différents tours dans les alentours de la ville d' Hébron, parsemés de colonies et de zones militaires. On imagine bien l'effet que ces installations ont sur les villages palestiniens de cette région.

8h30, Jérusalem. Nous montons in extremis dans le bus affrété pour le tour par l'association. Nous nous retrouvons en compagnie de beaucoup d'étrangers, mais aussi pas mal d'Israéliens qui s'intéressent au sujet. Notre guide est un énergique jeune homme qui se présente comme venant d'une famille juive conservatrice, et dont les conscience a été heurtée par son service militaire en Cisjordanie, il y a quatre ans de cela.
Ses explications sont claires et plus qu'intéressantes. "Nous venons de franchir la ligne verte, et l'on ne s'en aperçoit même pas", remarque-t-il alors que nous quittons Jérusalem. En effet, le checkpoint se trouve plus loin à l'intérieur des terres palestiniennes, preuve que le tracé du mur ne respecte absolument pas la frontière verte de 167.
 
Nous traversons des colonies proprettes, longeons des out-post (ou "colonies sauvages", reconnues illégales même par le gouvernement israélien), puis nous atteignons un checkpoint délimitant l'entrée dans une zone militaire totalement désertique, excepté l'out-post Migron constitué d'une unique maison construite par un Israélien ayant décidé de s'installer ici avec sa famille, et qui bénéficie de la protection militaire israélienne et de bus spécialement affrétés pour eux. Des soldats montent dans le bus, scrutent les visages des passagers et redescendent sans un mot, tandis que notre guide explique : "J'ai travaillé ici pendant un temps. Juste en dessous de la colline vivent des Palestiniens qui sont interdits de construire en dur, car leur village se trouve trop près de la zone militaire sécurisée. Un jour, j'ai décidé de descendre pour aller leur parler, et c'est ainsi que j'ai commencé à changer de point de vue. Nous irons les voir après."
Mon amie suisse qui a fait le même tour quelques semaines après nous m'a raconté que lorsque les soldats étaient montés dans le bus à ce même checkpoint, ils avaient choisi de vérifier les passeports de deux personnes seulement : un couple indien, à la peau définitivement trop mâte. Le bus entier a éclaté de rire et les Indiens ont plaisanté : "Pas de souci, on a l'habitude ici !"

Nous arrivons donc dans ce "village" nommé Susya, qui est en vérité un campement permanent d'une centaine d'habitants. On nous explique que l'armée israélienne a décidé il y a quelques années de raser le véritable village qui se dressait avant à cet endroit et d'en chasser les habitants, qui ont cependant demandé le droit de rester sur leurs terres. "Droit" accordé, à la condition qu'ils ne construisent rien en dur. On se croirait donc maintenant dans un village de la steppe russe. Les villageois ont tout de même construit un puits, plusieurs fois détruit par l'armée, et mis en place des panneaux solaires pour l'électricité, grâce à des donations internationales. Ils vivent grâce à quelques oliviers, un peu de bétails, et la vente d'objets fabriqués par les femmes du village. Les enfants doivent marcher 1km chaque matin pour aller à l'école. Le guide israélien et les hommes du village, qui parlent tous un hébreu parfait, ont l'air de bien se connaître et d'entretenir une relation d'amitié qui fait chaud au coeur.

Après un passage à l'unique boutique de souvenirs du village où nous achetons quelques objets, plus par solidarité que nécessité, nous prenons la route du retour, en direction de Jérusalem. Nous nous arrêtons une dernière fois près d'une vallée où l'on aperçoit une école palestinienne et une colonie israélienne. Notre guide nous explique : "Les enfants des villages palestiniens aux alentours sont obligés de passer devant cette colonie pour aller à l'école, et ils se faisaient harceler tous les jours par des colons hargneux. Malgré les demandes des familles palestiniennes, l'armée israélienne refusait d'intervenir. Des ONG internationales ont alors envoyé des volontaires étrangers pour protéger les enfants lors de leurs allers-retours à l'école, jusqu'au jour où un colon a frappé un volontaire avec une chaîne et lui a brisé tous les os. Depuis ce jour, l'armée accepte d'escorter les enfants jusqu'à l'école."

Voici le lien de l'association en question : http://www.breakingthesilence.org.il/ 
 
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