Bouddhisme et monts Oural

Trip Start Mar 12, 2010
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Trip End Sep 22, 2010


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Flag of Russia  , Privolzhsky,
Friday, May 28, 2010

Tatarstan, petrole et rubans

A nouveau un gros millier de kilometres a avaler jusqu'a la frontiere geographique de l'Europe, la longue chaine de l'Oural, timide barriere au milieu de ce qui constitue l'essentiel de la Russie occcidentale, les plaines. Nous retrouvons le Tatarstan, l'est de la republique cette fois. Les premiers plis de l'Oural sont sublimes en cette fin de journee, de petites collines forestieres, la route qui sillonne dans les vallons. Notre dernier chauffeur, jeune inge dans le batiment, nous invite pour la nuit dans son appart de fonction a Bugulma, petite ville dans laquelle il semble s'ennuyer a mourir. Nous retrouvons les mosquees, ecoutons la priere du soir, nous promenons un peu autour du cimetiere musulman.

La republique est riche. Ca et la dans un coin de champ, quelques derricks extraient le petrole. Les villes construisent beaucoup, dans des styles audacieux a defaut d'etre beaux, et les travailleurs affluent des regions voisines. A contrepied, nous visitons Elabuga, petite bourgade millenaire sur les berges de la Kama. Des lyceens en costume viennent y feter leur fin d'annee, la derniere avant l'universite.

Loose en Oudmourtie


Notre passage en Oudmourtie sera tres furtif, le temps de faire connaissance avec notre couchsurfer Albert qui conduit une voiture sortie de l'hyperespace, apprendre que la capitale Izhevsk regorge d'usines d'armements, dont la celebre Kalachnikov, et n'a longtemps figure sur aucune carte (ce qui explique peut-etre qu'aucun de ses habitants n'est fichu de nous indiquer une direction meme avec un plan sous le nez), et traverser de magnifiques petits villages touts fleuris dans des paysages bucloiques qui rappellent nos alpages, en plat. Nous nous adonnons a notre nouveau sport favori: deconcentrer nos chauffeurs avec nos histoires afin qu'ils se prennent des prunes pour exces de vitesse.

Le peuple oudmourte, lui aussi finno-ougrien, nous aurait sans doute promis d'interessantes decouvertes, mais voila, nous avons peu de temps. Comme par vengeance, on se retrouve bloques toute une apres-midi au bord d'une route de campagne sans traffic, avant de se faire transporter par deux enormes baraques sur pattes entassees dans leur boite de conserve roulante. "_ Et vous venez d'ou? _ D'OUDMOURTIE." Au moins, c'est dit.

Une journee chez les "buddiyskis" de l'Oural

La pluie nous force a prendre le bus jusqu'a Perm, grosse ville un peu tristoune dans laquelle Mark et Vika, qui ont deja parcouru les 3/4 de leur region en VTT, nous refilent un plan aussi mysterieux qu'attirant. Le coin est perdu a 250 km de la ville, ce qui nous vaut encore une longue journee pluvieuse de stop avec ses peripeties habituelles: l'accident de la route avec le mort qu'il nous faut parait-il absolument regarder, l'ivrogne qui nous extirpe de notre spot ideal pour nous poser quelques km plus loin dans un endroit impossible, les affres de la concurrence au bord d'une route deserte. Il faut imaginer sur l'espace de 30m une mamie en fichu qui secoue le bras comme si elle battait un tapis, un jeune patibulaire qui tend nonchalamment le poignet, et les deux barbus rejouis le pouce a l'air... et qui c'est qui decroche le premier 4x4 luxueux de la semaine: c'est nous!

Les journees se font longues, on en profite pour marcher quelques kilometres en soiree avant de se refugier sous la tente alors que la pluie redouble. Au moins, les moustiques ont disparu. Malgre nos espoirs, le ciel ne s'est pas eclairci au petit matin. Nous tentons l'ascension d'un promontoire rocheux apres avoir vaillament combattu un chien errant par la seule force de la pensee, profitons du brouillard pour quelques photos angoissantes a defaut de panorama somptueux, et mettons la journee a profit pour avaler les 20km de piste a travers la foret jusqu'au prochain village. Les maisons se rapprochent plus de nos chalets, au pied des collines, au bord d'un etang. La gerante du magasin nous indique le chemin jusqu'au monastere. Celui-ci s'enfonce dans la foret et entreprend de disparaitre au fur et a mesure que la montee s'amorce. Nous atteignons bientot des eboulis de grosses rochers, et decidons de jouer les chamois tout droit et d'aviser une fois au sommet. La pluie en a profite pour se refaire une sante, nos boussoles redoublent de creativite pour nous indiquer un nouveau nord apres chaque rocher, quelques sentiers farceurs zigzaguent entre les rochers pour redisparaitre aussitot, et toujours pas le moindre bouddhiste en vue. Il ne nous reste plus qu'a passer la nuit ici en attendant que la meteo s'ameliore.

Double surprise matinale: un coin de ciel bleu, et la tente qui a gele pendant la nuit. Nos fringues sont trempees de la veille et c'est un pur plaisir de reperdre quelques phalanges lors du degivrage de la toile. Le soleil nous permet de nous reorienter, et nous voyons bientot poindre une mysterieuse architecture en contrebas: un stupa! La, au beau milieu des rochers, un lama s'est vu confier une ambitieuse mission par son maitre bouriate, eriger son propre monastere. La ville la plus proche est a deux heures de marche, tous les materiaux de constructions et l'incroyable bric a brac qui parseme ce qui est toujours un chantier ont ete amenes a dos d'homme. Le stupa vient d'etre termine, un grand batiment abrite la dizaine de moines qui vivent ici a plein temps, une cabane secondaire heberge les invites l'ete, et un petit banya offre la  possibilite de se laver. Un petit lac sous un rocher comme reserve d'eau potable, et la foret une centaine de metres en contrebas pour le bois: un endroit de reve.

Un jeune couple en train de preparer l'eau chaude pour la lessive dans un gigantesque samovar nous invite a entrer. Dans la petite piece qui sert de cuisine et de bibliotheque, deux bouilloires de the vert et noir sont en permanence sur le feu. Une dizaine de mugs depareilles attendent sagement sur une table basse. Il fait agreablement chaud, on s'installe sur le sol et faisons connaissance avec les habitants des lieux. Ils ont entre 18 et 40 ans, semblent pour la plupart en couple, et comme seuls quelques uns ont le poil court, il nous est difficile de realiser que nous sommes en compagnie de moines en formation. Le maitre des lieux s'est absente a la ville, nous ne le rencontrerons pas. C'est un grand costaud retraite de l'armee et tout sourire qui nous propose: "Ce soir on chauffe le banya, vous n'allez quand meme pas repartir tout de suite. Restez au moins jusqu'a demain." Regard en coin avec Tib, on ne se fait pas prier avant d'accepter.

Comme tout le monde est affaire aux taches de la vie quotidiennes, nous proposons nos bras et nous retrouvons affectes au transport de bois. On nous prete des bottes de caoutchouc trop grandes, une hotte genre pere noel, et nous voila a jouer les chevres avec notre chargement sur le dos, a multiplier les allers retours sur un sentier genre Golgotha. Nos billots sont debites en fine buchettes, nous remplissons encore un enorme baril d'eau dans la salle du banya, et le voila msi a chauffer pour la soiree. Lesya, en train de nettoyer une peau de chevre au couteau, nous raconte avec humour le choc d'une citadine arrivee ici en plein hiver: pas de douche, pas de chocolat, pas de films le soir... "Quand je suis revenue en ville pour la premiere fois, je me suis fait une orgie de nourriture a m'en rendre malade, puis finalement.. ca me manque moins" Maintenant c'est la ville qui la choque: le bruit, le regard des gens, les odeurs de parfum..

On tente de saisir quelques notions de leur philosophie. Leur bouddhisme est oriente sur la relation a l'autre, en plus du travail sur soi. La vie en communaute, le fait de devoir mettre a plat les conflits au lieu de les eviter joue un role important. Le monastere se veut ouvert sur l'exterieur et tente de saisir les avantages d'une notoriete grandissante: toucher les gens qui recherchent une telle experience. Il souffre malheureusement egalement de la curiosite malsaine de certaines personnes de passage, peu interesses par un echange quelconque.

Pendant que les filles profitent de leur tour de banya, un moine aux yeux de chat nous invite a une session muscu et aikido, en tatanes sur gravier: conditions extremes. Nous entrons enfin dans la petite piece pour notre premier sauna a la russe. La chaleur est moins elevee, mais on verse de l'eau plus souvent. Des branches de sapin trempent dans une bassine d'eau. On les secoue sur les pierres brulantes pour aromatiser l'air, et on commence a se frapper les bras puis le haut du corps. Notre militaire nous fait coucher a plat ventre se la joue rythmeur de galeres romaines en nous frappant des pieds jusqu'aux epaules. Un peu lessives apres trois passages successifs, nous profitons du coucher de soleil sur les forets qui s'etendent a perte de vue. Pur bonheur.

Le moine se leve tot, 5h30 dit le planning, mais peut etre parce que c'est dimanche, nous gagnons une heure de rab. Bientot, tout le petit groupe se retrouve dans la salle de l'autel pour la "pratique". Salut trois fois de suite en joignant les mains au dessus de la tete, au front, au menton puis a la poitrine, l'un a pres l'autre, nous nous installons en silence sur de petits coussins disposes tout autour de la piece. Un quart d'heure de meditation qui se termine au son de la clochette. On avait bien tente de nous expliquer le contenu de la seance, mais a une telle vitesse qu'a part quelques gestes, tout releve de la surprise la plus totale. C'est comme ca que l'on peut se retrouver completement perdu lorsque tout le monde se met a deambuler en cercle les yeux mi-clos, deposant avec precaution un pied apres l'autre. Sur quoi poser son attention? Une deuxieme seance de meditation vient tout remettre en ordre. Note pour plus tard, bosser grave son lotus pour eviter de gaspiller son temps spirituel a parlementer avec ses articulations...

Vient le moment de prendre conge apres un dernier petit dej bien costaud. Le benedicite local explose largement en longueur celui du plus puritain des evangelistes. Avant de commencer a manger, chacun depose quelques cuillerees dans une assiette qui fait le tour de la table a des fins qui nous restent encore mysterieuses (Bouddha? Le chien?). Nourris pour trois jours, nous voila deja en train de devaler une derniere fois la pente du Golgotha. Notre costaud militaire nous salue depuis le monastere, tout en haut. On se retourne pour lui repondre, une fois, deux fois, il n'a toutjours pas bouge. Va pour une troisieme fois, quand Tib oublie que regarder ou l'on met les pieds dans un sentier escarpe peut s'averer prudent, et manque de justesse de nous offrir un merveilleux spectacle.


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Comments

JP on

Bah alors les jeunes, vous êtes perdus? Un peu trop de vodka dans la toundra?

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