Nepal
Trip Start
Aug 25, 2006
1
8
Trip End
Dec 18, 2006
De retour en Suisse depuis déjà trois semaines, il me faut consigner ces souvenirs du Népal avant que tout ne se mélange dans mon esprit et prenne la couleur nostalgique du passé. Tout change si vite! Hier plongé dans la trépidante et colorée Asie; aujourd'hui de retour, avec cette pénible impression que tout ça n'était qu'un rêve passager, une trop courte parenthèse à courir les routes du monde. Je ne compte pourtant pas m'abandonner à la dépression du retour à la vie quotidienne et préfère me replonger dans ces 5000 kms par monts et par vaux, cette vie en plein air où l'esprit peut se concentrer sur l'essentiel, libéré qu'il est des milles distractions de la vie moderne.
Le Népal donc, je l'atteins avec un soulagement infini après les rudes dernières semaines passées au Tibet. C'est une plongée vertigineuse qui me mène en deux jours des 5000 m du dernier col himalayen au 500 m d'un fond de vallée népalais. Cette descente gigantesque est un retour à la vie, une marche accelérée à rebours des saisons puisque je passe de l'hiver rigoureux aux belles journées de début d'automne par la magie de la différence d'altitude. L'altimètre s'affole et je vois défiler devant moi les premiers arbustes rabougris, puis les forêts de conifères (on dirait presque le Valais) et enfin la forêt tropicale. Quel plaisir pour les yeux de revoir du vert après deux mois de désert ocre ou beige, de roc et de neige. Je me laisse glisser vers la frontière et le chaud et arrive enfin dans ce Népal tant attendu. Changement de monde à la frontière : je déboule dans cette civilisation du sous-continent indien bien différente de tout ce que j'ai vu auparavant. Il y a un énorme attroupement près des bureaux de la douane et je peux observer à loisir ces Népalais aux traits fins, à la peau brune. Très serviables, ils parlent un anglais impeccable, une surprise bienvenue après ces mois de baragouinage laborieux en chinois.
Je continue ma descente, soumis à une avalanche de sensations nouvelles. Pendant que le vélo avance de lui-même, je joue au petit jeu des comparaisons. Là où le Tibet était d'une beauté sauvage et inhumaine, le Népal est joli avec ses petites vallées aux torrents bondissants, ses rizières en terrasses et ses petites fermes qui parsèment les raides pentes. Le Népal se révèle l'endroit idéal pour me reposer, physiquement et mentalement. Je crie presque de joie en entrant dans la première ville tellement elle me paraît belle : rues étroites encombrées de marchandises, bâtiments à l'architecture coloniale qui se penchent les uns sur les autres pour ne pas s'écrouler, fourmillement humain. Finies les villes chinoises qui ressemblent à des camps militaires! Je me rends compte à ce moment à quel point j'avais besoin de changement et de repos. Cette vie omniprésente me régénère, tout comme l'oxygène surabondant qui me donne une énergie apparemment inépuisable. Je fais à nouveau du vélo avec plaisir, en compagnie de Jukka, un Finlandais qui fais le tour du monde en ... 5 ans! Les sujets de conversation de manquent pas : les épreuves du Tibet, les bons plats que l'on va savouver à Kathmandou, les projets de voyage...
Kathmandou donc, le paradis des hippies d'il y a 35 ans, se présente tout d'abord comme un enfer routier. Finie l'organisation chinoise, le Népal est l'un des pays les plus pauvres d'Asie et cela se voit. Sur les routes, cela se traduit par un trafic anarchique; la loi du plus fort règne; seul le piéton est encore plus méprisable que le cycliste; enfin personne ne semble avoir appris à conduire, les conducteurs ne maîtrisant que l'emploi du klaxon! Heureusement, nous sommes vites à l'abri dans les ruelles de la vieille ville et nous nous précipitons vers Thamel, le quartier touristique. Hôtels, restaurants, magasins de souvenirs, librairies et bien sûr quantité de vendeurs entreprenants à la litanie pénible (hello mister, haschisch? taxi? trekking? etc.). Thamel, c'est le ghetto touristique mondialisé où l'on trouve de tout, même un peu de Népal si l'on cherche bien. J'aurais peut être détesté cet endroit il y a quelques mois, mais après les privations du Tibet c'est presque le paradis. Je retrouve mes compères cyclistes Stéphane et Maurizio, eux aussi en phase de repos, et nous faisons la tournée des pizzerias, steakhouses, petits bars et librairies. C'est les vacances!
Kathmandou se situe dans les collines du pied de l'Himalaya, à plus de 1000 m d'altitude, avec un climat idéal : assez chaud et ensoleillé la journée, frais la nuit. Il y a beaucoup à visiter dans les environs, à commencer par les anciennes villes royales de Bakhtapur et Patan. Un dédale de petites rues mène aux places royales constelées de pagodes à plusieurs étages de premier ordre. Ce sont les Népalais qui amenèrent ce type de construction en Chine voilà bien des siècles. La brique ocre et le bois sculpté se marrient à merveille, ruelles après ruelles et arrières-cours après petites places.
Le Népal, c'est avant tout le pays de la diversité. Diversité géographique de l'Himalaya aux plaines du Gange, mais aussi diversité culturelle. Véritable mozaique éthnique, ce pays ne livre pas tout ses secrets au premier coup d'oeil. Pour résumer, on peut dire que la majorité des Népalais sont de culture indienne, suivant le système des castes et adeptes de l'hindouisme. Une forte minorité provenant des montagnes est par contre de culture tibétaine, pratiquant le bouddhisme. Ces deux grandes religions se mélangent dans un esprit de tolérance remarquable, les indous n'hésitant pas à se rendre dans des lieux sacrés bouddhistes et vice-versa. Je visite donc les principaux d'entre eux pour mieux m'imprégner de cette culture composite. Swayambhu, le temple bouddhiste qui domine l'étendue de Kathmandou; Bodnath, le stupa géant aux yeux omniscients qui structent le flot de réfugiés tibétains; Pashupatinath, le site de crémation des indous au bord d'une petite rivière.
Le ventre bien plein, je m'élance une dernière fois sur les routes de la campagne népalaise. Bien reposé, avec mon bagage allégé, j'ai l'impression de voler. Beaux paysages, si ce n'est l'intense déforestation qui défigure certains versants et ne laisse rien présager de bon pour l'avenir du Népal. Je m'arrête dans plusieurs petites villes, savourant les longues poses sur les terrasses et les discussions avec les bandes d'écoliers à l'anglais courant ou les voyageurs au long court, à vélo, à moto, 1 an, 2 ans, pourquoi se presser quand il y a tant à voir et que pour le prix d'un loyer suisse on vit comme des rois? Je fais un crochet par la plaine, l'Inde n'est plus qu'à quelques encamblures. Je me sens attiré comme un aimant vers le Sud : continuer le voyage, poursuivre le rêve, accumuler les kilomètres tant que l'envie y est... Mais non, il faut rentrer. J'avale un dernier col géant (50 kms de montée et 2300 m de dénivelé qui me prennent la journée) pour repasser dans la vallée de Kathmandou.
Du sommet du col, j'ai une vue incomparable sur les géants de la terre. Dhaulagiri, Annapurna, Manaslu, Shishapangma, Cho Oyu, Everest, Lhotse, Makalu, Kanchenjunga : superbe poésie pour l'amoureux des montagnes et consolation à la veille du retour. Certes je pars, mais c'est pour mieux revenir, ou du moins c'est la promesse silencieuse que je me fais en m'élançant dans la dernière descente.
Le Népal donc, je l'atteins avec un soulagement infini après les rudes dernières semaines passées au Tibet. C'est une plongée vertigineuse qui me mène en deux jours des 5000 m du dernier col himalayen au 500 m d'un fond de vallée népalais. Cette descente gigantesque est un retour à la vie, une marche accelérée à rebours des saisons puisque je passe de l'hiver rigoureux aux belles journées de début d'automne par la magie de la différence d'altitude. L'altimètre s'affole et je vois défiler devant moi les premiers arbustes rabougris, puis les forêts de conifères (on dirait presque le Valais) et enfin la forêt tropicale. Quel plaisir pour les yeux de revoir du vert après deux mois de désert ocre ou beige, de roc et de neige. Je me laisse glisser vers la frontière et le chaud et arrive enfin dans ce Népal tant attendu. Changement de monde à la frontière : je déboule dans cette civilisation du sous-continent indien bien différente de tout ce que j'ai vu auparavant. Il y a un énorme attroupement près des bureaux de la douane et je peux observer à loisir ces Népalais aux traits fins, à la peau brune. Très serviables, ils parlent un anglais impeccable, une surprise bienvenue après ces mois de baragouinage laborieux en chinois.
Je continue ma descente, soumis à une avalanche de sensations nouvelles. Pendant que le vélo avance de lui-même, je joue au petit jeu des comparaisons. Là où le Tibet était d'une beauté sauvage et inhumaine, le Népal est joli avec ses petites vallées aux torrents bondissants, ses rizières en terrasses et ses petites fermes qui parsèment les raides pentes. Le Népal se révèle l'endroit idéal pour me reposer, physiquement et mentalement. Je crie presque de joie en entrant dans la première ville tellement elle me paraît belle : rues étroites encombrées de marchandises, bâtiments à l'architecture coloniale qui se penchent les uns sur les autres pour ne pas s'écrouler, fourmillement humain. Finies les villes chinoises qui ressemblent à des camps militaires! Je me rends compte à ce moment à quel point j'avais besoin de changement et de repos. Cette vie omniprésente me régénère, tout comme l'oxygène surabondant qui me donne une énergie apparemment inépuisable. Je fais à nouveau du vélo avec plaisir, en compagnie de Jukka, un Finlandais qui fais le tour du monde en ... 5 ans! Les sujets de conversation de manquent pas : les épreuves du Tibet, les bons plats que l'on va savouver à Kathmandou, les projets de voyage...
Kathmandou donc, le paradis des hippies d'il y a 35 ans, se présente tout d'abord comme un enfer routier. Finie l'organisation chinoise, le Népal est l'un des pays les plus pauvres d'Asie et cela se voit. Sur les routes, cela se traduit par un trafic anarchique; la loi du plus fort règne; seul le piéton est encore plus méprisable que le cycliste; enfin personne ne semble avoir appris à conduire, les conducteurs ne maîtrisant que l'emploi du klaxon! Heureusement, nous sommes vites à l'abri dans les ruelles de la vieille ville et nous nous précipitons vers Thamel, le quartier touristique. Hôtels, restaurants, magasins de souvenirs, librairies et bien sûr quantité de vendeurs entreprenants à la litanie pénible (hello mister, haschisch? taxi? trekking? etc.). Thamel, c'est le ghetto touristique mondialisé où l'on trouve de tout, même un peu de Népal si l'on cherche bien. J'aurais peut être détesté cet endroit il y a quelques mois, mais après les privations du Tibet c'est presque le paradis. Je retrouve mes compères cyclistes Stéphane et Maurizio, eux aussi en phase de repos, et nous faisons la tournée des pizzerias, steakhouses, petits bars et librairies. C'est les vacances!
Kathmandou se situe dans les collines du pied de l'Himalaya, à plus de 1000 m d'altitude, avec un climat idéal : assez chaud et ensoleillé la journée, frais la nuit. Il y a beaucoup à visiter dans les environs, à commencer par les anciennes villes royales de Bakhtapur et Patan. Un dédale de petites rues mène aux places royales constelées de pagodes à plusieurs étages de premier ordre. Ce sont les Népalais qui amenèrent ce type de construction en Chine voilà bien des siècles. La brique ocre et le bois sculpté se marrient à merveille, ruelles après ruelles et arrières-cours après petites places.
Le Népal, c'est avant tout le pays de la diversité. Diversité géographique de l'Himalaya aux plaines du Gange, mais aussi diversité culturelle. Véritable mozaique éthnique, ce pays ne livre pas tout ses secrets au premier coup d'oeil. Pour résumer, on peut dire que la majorité des Népalais sont de culture indienne, suivant le système des castes et adeptes de l'hindouisme. Une forte minorité provenant des montagnes est par contre de culture tibétaine, pratiquant le bouddhisme. Ces deux grandes religions se mélangent dans un esprit de tolérance remarquable, les indous n'hésitant pas à se rendre dans des lieux sacrés bouddhistes et vice-versa. Je visite donc les principaux d'entre eux pour mieux m'imprégner de cette culture composite. Swayambhu, le temple bouddhiste qui domine l'étendue de Kathmandou; Bodnath, le stupa géant aux yeux omniscients qui structent le flot de réfugiés tibétains; Pashupatinath, le site de crémation des indous au bord d'une petite rivière.
Le ventre bien plein, je m'élance une dernière fois sur les routes de la campagne népalaise. Bien reposé, avec mon bagage allégé, j'ai l'impression de voler. Beaux paysages, si ce n'est l'intense déforestation qui défigure certains versants et ne laisse rien présager de bon pour l'avenir du Népal. Je m'arrête dans plusieurs petites villes, savourant les longues poses sur les terrasses et les discussions avec les bandes d'écoliers à l'anglais courant ou les voyageurs au long court, à vélo, à moto, 1 an, 2 ans, pourquoi se presser quand il y a tant à voir et que pour le prix d'un loyer suisse on vit comme des rois? Je fais un crochet par la plaine, l'Inde n'est plus qu'à quelques encamblures. Je me sens attiré comme un aimant vers le Sud : continuer le voyage, poursuivre le rêve, accumuler les kilomètres tant que l'envie y est... Mais non, il faut rentrer. J'avale un dernier col géant (50 kms de montée et 2300 m de dénivelé qui me prennent la journée) pour repasser dans la vallée de Kathmandou.
Du sommet du col, j'ai une vue incomparable sur les géants de la terre. Dhaulagiri, Annapurna, Manaslu, Shishapangma, Cho Oyu, Everest, Lhotse, Makalu, Kanchenjunga : superbe poésie pour l'amoureux des montagnes et consolation à la veille du retour. Certes je pars, mais c'est pour mieux revenir, ou du moins c'est la promesse silencieuse que je me fais en m'élançant dans la dernière descente.


