Maroc 2005
Trip Start
Mar 07, 2005
1
Trip End
Mar 27, 2005
Bienvenu au Maroc. C'est ce que j'entendrai le plus souvent lors de mon séjour de vingt jours en 2005. Pas de chance pour moi, les marocains disent qu'il faut passer au moins quarante jours au Maroc pour vraiment les comprendre. Malgré tout, j'ai vraiment embrassé le rythme et les couleurs de ce pays merveilleux et mystérieux. J'y ai rencontré des gens calmes et réfléchis et beaucoup de vendeurs de tapis.
Avant tout
Mon histoire commence à Séville, la ville des amoureux. En partant de l'Écosse, je ne me suis pas rendu en Espagne avec l'idée de traverser vers le Maroc. C'est bêtement en regardant une carte de l'Europe que l'évidence m'est apparue. Il fallait que je mette les pieds en Afrique pour la première fois de ma vie. N'ayant pas trouvé de compagnon de voyage, j'ai pris le train en direction de Tarifa, d'où on prend le traversier vers Tanger, au Maroc. À la sortie d'un transfère de train, il n'y a que moi et une fille qui trimballe également un sac à dos de voyage. Après avoir échangé quelques mots en anglais cassé, nous nous apercevons que nous sommes tous les deux québécois! Annie s'en allait rejoindre Zoe, une Canadienne de la Colombie-Britanique, qui était déjà à Cadiz, pour se rendre ensuite à Tarifa, puis au Maroc. C'était une situation idéale puisque les filles venaient de trouver un gars pour les accompagner et moi des compagnes de voyage. En route vers Tarifa, nous tombons sur deux amies (Joanna, une Grecque, et Claire, une Francaise) qui s'en allaient aussi au Maroc, et qui se sont collés à nous pour les mêmes raisons qu'Annie et Zoe s'étaient collées à moi. De seul, quelques heures plus tôt, je traverse le détroit de Gibraltar en compagnie de quatre filles. Eh oui, ce n'est pas une légende, je me suis souvent fait offrir des chameaux en échange.
Une ville portuaire demeure une ville portuaire
J'ai appris quelques jeux de mots concernant certaines villes de la bouche des Marocains. On dit, en autres: Marrakesh, Arnakesh; Essaouira et-ca-ira; et, Tanger, Danger. C'est avec une certaine crainte injustifiée que nous sommes débarqués à Tanger. Afin de ne pas nous jeter dans la jungle des chauffeurs de taxi et des représentants d'hôtels, nous nous sommes assis tranquillement autour d'une table sur une terrasse. Ce sera la dégustation en règle du premier des dizaines de thés que nous boirons. Le goût m'a explosé dans la bouche avec la talle de menthe fraîche directement plongée dans le verre et la quantité industrielle de sucre ajouté. La décision a finalement été de prendre l'approche 'nous avons déjà un hôtel et nous allons diner à proximité avant de nous y rendre'. Cette approche élimine presque toute sollicitation. Quelques minutes plus tard, nous avons négocié avec un restaurateur, pour environ quatre euros, pour un repas de tajine ou de couscous. À la vitesse où il nous a dit: ''bienvenus chez moi'', nous comprenons qu'un plat de tajine ne vaut pas du tout quatre euros.
Nous n'avons fait que passer à Tanger après avoir lu, et constaté, qu'il n'y avait pas grand-chose à y faire, et qu'on repassera pour l'aspect bucolique. Une ville portuaire demeure une ville portuaire. En sortant du restaurant, nous sommes allés directement au terminal d'autobus et nous avons fait la route jusqu'à Fes, la capitale culturelle du Maroc.
Saveurs et couleurs
Je ne connaissais presque rien du Maroc, mis à part le désert, Marrakesh et Casablanca. Fes est une ville parfaite pour s'initier aux charmes du pays, principalement avec sa médina et son authenticité du passé. Nous avons opté pour une grande chambre située à proximité de la médina, colorée, tapissée de tapis et recouverte de coussins multicolores. Presque chaque ville a une médina, soit le plus vieux des quartiers où se pratique l'artisanat et le marchandage. On vous dira qu'il est périlleux, et même dangereux, de se promener dans une médina sans guide touristique, ce qui est évidemment faux. Mais puisqu'ils sont très convaincants, nous avons embauché un vrai faux guide accrédité par le gouvernement, et ce, pour deux jours.
Je dois avouer que nous avons profité des connaissances de notre guide. Même si le danger est complètement inexistant, il est vrai qu'on peut facilement se perdre à travers ce labyrinthe de ruelles. D'ailleurs, lorsque nous avons visité par nous même lors de la troisième journée, nous sommes ressortis de la médina complètement à l'opposé de notre hôtel, et avons suivi la muraille de l'extérieur, en ne faisant semblant de rien. Dans la médina de Fes, il y a des secteurs bien précis comme celui des chaudrons ou celui des sucreries. Bien entendu, notre guide avait planifié des visites chez des vendeurs 'officiels' de tout ce qui se produit au Maroc. Nous l'avions prévenu que nous n'étions pas acheteurs, mais c'est comme ça qu'on fait de bonnes affaires. Encore une fois, je dois avouer que le premier vendeur de tapis nous a donné tout un spectacle. Lui et ses deux employés, surement ses fils, ont déroulé des dizaines et des dizaines de tapis devant nous. Les filles ne cessaient de répéter qu'elles n'achèteraient rien et le vendeur répétait sans cesse : c'est pour le plaisir des yeux. Une phrase que nous entendrons d'ailleurs mille fois par jour. Dans la fabrique 'officielle' de tapis, les jeunes femmes tissaient à un rythme effarant. Je me souviens qu'elles étaient payées au pouce carré tissé et que le salaire était ridicule. J'ai été impressioné par les magasins et les fabriques de cuirs, du tannage à la teinture, installés sur plusieurs toits contigus. Les marchés d'épices, et leurs barils débordant de toutes les couleurs, amène une saveur somptueuse au décor. Même si toutes les médinas se ressemblent un peu, il fait bon y perdre son temps et jaser avec les marchands qui n'ont rien d'autre à faire. Il ne faut surtout pas montrer un faux intérêt pour la marchandise parce que vous risquez d'éveiller une colère insoupçonnée. Zoe en a fait l'expérience après avoir voulu savoir le prix d'un bracelet, accepter le prix, pour ensuite décliner son intérêt. Au Maroc, ce n'est pas une question de prix, parce que le vendeur va toujours trouver un terrain d'entente si vous êtes réellement intéressé. L'excuse que c'est trop cher n'est pas valide, ni celle que vous n'avez pas assez d'argent. La seule réponse acceptée est: 'je ne suis pas intéressé'. J'ai aussi appris, à mes dépens, qu'il ne faut pas sortir l'excuse que vous êtes pressé, parce qu'on vous répondra aussitôt: les gens pressés sont déjà morts. Et finalement, ignorer signifie que vous n'avez pas entendu le marchand vous répéter dix fois de suite: m'sieur, m'sieur ou m'dame, m'dame. Il n'y a pas de fuite possible, il faut tout le temps dire: 'je ne suis pas intéressé'.
Le tatouage au henné est un autre des charmes du Maroc. Habituellement réservé pour les femmes qui vont se marier, il fait le bonheur des touristes. Mes quatre compagnes avaient le désir d'ornementer leurs mains de cet art magnifique. Lors de leur visite dans un hammam, elles ont fait la rencontre de Zakia, une Marocaine ayant étudié quelques années aux États-Unis et qui était récemment retournée au Maroc. Elle leur avait conseillé une spécialiste du tatouage au henné, au lieu des vendeuses qu'on retrouve un peu partout dans la rue. Nous nous sommes donc rendus à la demeure d'une famille marocaine typique avec un père autoritaire, une mère douce, deux petites filles adorables et un ado bien calme. La mère a travaillé durant plus de trois heures pour réussir à couvrir les huit mains. Avec le henné restant, elle m'a offert gratuitement un tatouage qui couvrait la paume de ma main droite. La technique consiste à brûler le henné sur la peau en le séchant au séchoir à cheveux, à environ 2 cm, à chaud et durant environ 15 minutes! C'était effectivement bien brûlé et le tatouage est resté apparent durant trois semaines. Ils nous ont tellement trouvés sympathiques qu'ils nous ont invités à partager un couscous dans leur chez-soi pour le lendemain soir. La mère et les filles ont passé toute la journée à faire les courses et à cuisiner l'immense assiette de couscous pour 12 personnes. Ils nous ont aussi offert un poulet pour l'occasion, ce qui est considéré comme un honneur. Je n'ai jamais été capable de faire les petites boules de couscous. L'idée est de mouler le couscous dans le creux de sa main en le faisant rouler, et d'engloutir la boule compactée d'un seul coup. Je suis beaucoup plus habile avec des baguettes.
Parlant de gastronomie, nous avions l'habitude de prendre un dernier repas en fin de soirée, dans la rue, aux portes de la médina. Avec les dizaines de jeunes hommes qui traînaient autour, nous dégustions une fabuleuse soupe harira, servie par un marocain tout petit et d'un charisme fou. Son air sérieux, son habit traditionnel et sa barbichette taillée au couteau resteront gravés dans ma mémoire. Il en coutait 25 cents pour un bol et on ajoutait 10 cents pour un immense pain. Avec les quatre filles, nous ne passions pas inaperçus, d'autant plus que les femmes sont habituellement invisibles après le coucher du soleil.
Un rêve sableux
Nous avons pris l'autobus de nuit en direction de Merzouga, aux portes du désert. Nous avions réservé des chambres à l'Auberge Atlas des Sables chez Ali El Cojo, qu'on pourrait traduire par Ali le Boiteux. En effet, Ali est appelé El Cojo puisqu'il lui manque une jambe. Il était vraiment super sympathique Ali El Cojo et il nous a bien traités durant nos trois jours dans le désert. C'est un endroit magique qui frappe l'imaginaire et qu'il faut mettre sur sa liste des endroits à voir avant de mourir.
Peu après notre arrivée, quatre jeunes Américains se sont pointés le nez à l'hôtel et ont abordé les filles sans perdre une minute. Ils donnaient des cours d'anglais à Rabat, depuis quelques mois, et n'avaient pas pensé qu'ils verraient autant peu de filles en choisissant le Maroc comme terre d'aventure. Les filles les ont bien trouvés rigolos, mais leur manque de subtilité ne les a pas aidés à poursuivre leur quête.
Un peu plus par chance que par connaissance, nous avions payé pour un seul dromadaire pour la grande randonnée. Ça donne un peu mal au coeur de faire de la route sur un dromadaire qui se dandine un peu comme des vêtements dans une machine à laver frontale. Bob Marley le dromadaire a donc beaucoup plus servi de porte-bagages que de porte-nous-mêmes. Nos amis américains, eux, ont payé pour quatre bêtes et sont arrivés au campement bien avant nous. Étonnamment, il était assez facile de marcher dans le désert puisque le sable est bien compacté. J'adorais surtout monter les dunes qu'il faut gravir en se tenant sur les arêtes.
Le campement était situé au pied de la plus haute dune du coin. Puisque nous sommes arrivés par le haut de la dune, nous avons sauté et déboulé la pente de sable mou. C'était tellement amusant que j'ai remonté la dune au complet pour le refaire. Il y avait même des skieurs de dunes qui s'en donnaient à coeur joie. De façon un peu plus zen, nous avons admiré le coucher du soleil en silence du haut de la dune. Ce fut un moment fort et nous nous sommes tous sentis très privilégiés. En fait, la plénitude du moment s'est un peu estompée lorsque des enfants sont apparus de nulle part pour nous vendre des dromadaires en papier. Peu importe, le moment était magique.
Nous avons dormi dans des tentes berbères et sous des couvertures en poil de dromadaire. Le plus cocasse est sans doute l'aire des petits besoins personnels, qui était en fait un endroit à demi caché par des petites buttes de sable. Pour bien illustré, c'était la reproduction exacte d'une litière à chat, mais de dimension humaine. Et tout comme minou, on prenait bien soin d'enterrer nos crottes en grattant du sable par dessus avec nos souliers. C'était à mourrir de rire de voir les centaines de petits monticules de sable parsemés ici et là. Tant qu'à être dans le sujet, les Marocains trouvaient particulièrement amusant de ramasser les crottes de dromadaires séchés et de nous dire, à répétition, que c'était du hachis marocain.
Le lendemain matin, nous avons demandé à notre guide How-Are-You (ça le faisait bien rire de se faire appeler comme ça) s'il était possible de passer une deuxième nuit dans le désert. À notre grand étonnement, il nous a dit qu'il demanderait à Ali. Nous étions un peu surpris puisque nous étions à 4 heures de marche de l'hôtel. C'est alors que How-Are-You a monté la grande dune et a sorti un cellulaire de sa djellaba pour appeler Ali. Je dois avouer que malgré que ça faisait plein de sens, la vue du cellulaire est venue un peu briser la magie du désert. Après avoir confirmé le tout, nous sommes partis faire une randonnée en direction d'une oasis. Disons que nous nous attendions à plus que les deux palmiers et les quelques touffes d'herbes perdus au milieu de nulle part. Je ne sais pas pourquoi j'avais l'idée ridicule d'y trouver de l'eau.
Tout comme la savane africaine ou le sommet des montagnes, le paysage du désert est unique et étonnant. C'est peut-être qu'il ne s'y passe rien en particulier qui le rend si mystérieux. À ne pas manquer.
Peur 1
De Merzouga, nous nous sommes rendus à Tinghir par taxi. Avec quatre passagers et beaucoup de bagages, le chauffeur n'a eu d'autre choix que d'attacher mon sac à dos sur le toit. J'ai passé quelques heures à regarder le paysage arrière de la voiture. Comprenant que nous n'avions pas d'hôtel de réservé, le chauffeur s'est empressé de nous dire qu'il avait un cousin qui avait un beau petit endroit bien propre. Je n'ai pas encore mentionné qu'au Maroc, tout le monde a un cousin qui a un hôtel, ou qui vend des bijoux ou des tapis, où qui loue des voitures, etc. Évidemment, ils ont tous au moins un cousin à Montréal. L'hôtel était très confortable.
Nous avions décidé, pour notre morale, de nous séparer pour une journée. Je trouvais l'idée excellente puisque je ressentais le besoin de me retrouver seul. J'avais cependant oublié qu'il est impossible d'être seul plus de cinq minutes au Maroc. Il y a toujours quelqu'un pour te parler en commençant par: 'bonjour mon ami, bienvenu au Maroc! Tu viens d'où? Ah oui? J'ai justement un cousin qui habite là-bas...'. Et c'est finalement ce qui est arrivé, avant même que j'aie eu le temps de m'assoir sur une terrasse. Mon livre attendra encore une fois. Cette fois-ci, les deux hommes, qui étaient assis là à se parler tranquillement, disaient s'occuper du stationnement adjacent à la terrasse. Les affaires devaient réellement être au ralenti puisqu'un des deux me proposa une visite guidée personnalisée de Tinghir. Et pourquoi pas? Nous sommes donc partis en visite guidée et nous sommes passés, par le plus grand des hasards, devant l'appartement de sa famille. Me sentant tout de même assez en sécurité, je suis passé au salon pour prendre le thé (encore). Mon nouvel ami et moi avons discuté de mille et un sujets quand son cousin est soudainement apparu, toujours par hasard. L'histoire familiale aboutira au fait qu'il y avait une petite fabrique de tapis située dans la pièce d'à côté. Ils n'auront eu aucun argent de moi, mais j'ai passé un moment fort agréable. Aussi naïf que je puisse être, je me suis encore retrouvé chez un vendeur de tapis une heure plus tard.
Tinghir marquera aussi notre escapade aux Gorges du Dades, situé à environ 20 km de la ville. Avec une forme resplendissante, j'avais décidé de faire la route en vélo plutôt qu'en autobus. Comme les filles se levaient particulièrement tard, je suis parti tôt le matin et je suis tout de même arrivé deux heures avant elles. Le paysage était majestueux. Assis tranquillement sur une terrasse, je m'amusais à regarder les autobus arrêter, les touristes prendre des photos, et repartir aussi rapidement. Lorsque les filles sont finalement arrivées, nous sommes partis en randonnée à travers les montagnes. J'ai pris soin de laisser mon vélo au restaurant, ce qui m'amènera finalement quelques ennuis. Une suite d'événements entremêlés mena à une situation assez problématique. En fond de toile, disons que la relation entre certaines des filles et moi-même était à son plus bas, en raison de rythme de voyage et de conflit de personnalités. Sachant qu'après la randonnée d'environ deux heures, il me resterait 20 km de vélo, j'essayais de faire accélérer le pas de tortue auquel nous allions. Quelques frustrations plus tard, je me tenais seul au devant et j'ai soudainement eu un besoin urgent de trouver des toilettes. J'ai donc presque couru jusqu'au village pour me soulager. Entre temps, les filles avaient eu le temps d'atteindre le village. Puisqu'il n'y avait pas de trace de moi-même, elles ont décidé de prendre un taxi pour retourner à Tinghir. Le hic était qu'Annie avait oublié que mon vélo allait être transféré chez un membre de la famille du restaurateur, à proximité de la fin du trajet, et que le numéro de téléphone était dans ses poches. Je me retrouve donc à environ 1 km du restaurant en sachant très bien que mon vélo se trouve à proximité de moi. Je marche donc la distance pour m'apercevoir que le restaurant est fermé. Après avoir sondé quelques commerçants autour, j'obtiens finalement un nom d'auberge, mon seul espoir. J'ai remarché le kilomètre et mon vélo était bel et bien dans la cour de cette auberge. Ma grande joie s'est estompée rapidement lorsque la nuit est tombée en plein milieu des 20 km à parcourir, et ce, sur une route de montagne, hasardeuse et nullement éclairée. Sur mon vélo de montagne, les trois quarts d'heure restants m'ont paru une éternité. Les automobiles passaient à toute allure et je me sentais seul au monde. Arrivé à l'hôtel, les filles m'attendaient, impatientes et inquiètes, et étaient convaincues qu'elles avaient été responsables d'un accident ou même pire. Ça fait des choses à raconter.
Marrakech, Arnakesh
Pour me remettre de mes émotions, quoi de mieux que de visiter la ville la plus flamboyante du Maroc, l'étourdissante Marrakech. En arrivant sur place, on constate rapidement que Marrakech est à quelques années lumières de Fes. Il y a tout d'un coup plein de petites camisoles qui se promènent partout. L'influence de l'occident se fait vraiment sentir dans le secteur touristique. Nous avons trouvé un hôtel à proximité de la grande place Jemaa el Fna. Le propriétaire nous a offert le toit au complet où il y avait une immense tente avec matelas et coussins. Puisque Joana et Claire en étaient rendues à quitter l'hôtel vers les deux heures de l'après-midi, je passais le plus clair de mon temps seul ou avec Annie. Nous avons beaucoup flâner à travers les souks de la médina qui regorgeaient de couleurs et de saveurs. Marrakech n'est pas la place pour acheter des souvenirs puisque les prix sont beaucoup plus élevés qu'ailleurs, et que certains marchands ne négocient même pas.
À la grande place, on peut observer les charmeurs de serpents tout droit sortis de notre imaginaire. J'ai tenté de prendre des photos de loin et rien n'y fait, il y a toujours quelqu'un qui vient te demander de l'argent contre la photo que tu viens de prendre. Demander de l'argent pour une photo est un sport national au Maroc. Lors de notre randonnée à Tinghir, une vieille femme est sortie de nulle part, avec la main tendue, parce que Joana avait pris une photo de sa maison. Autrement, il règne un air de carnaval perpétuel à la grande place et tout un chacun rivalise d'imagination pour soutirer quelques dirhams. Il y a bien entendu les pickpockets qui font des affaires d'or à travers les foules immobiles qui regardent les spectacles. Un peu moins plaisant, les filles se sont plaintes d'attouchements répétés, à un point tel qu'elles ont décidé de retourner à l'hôtel. Dans mon cas, je me faisais offrir de la drogue toutes les dix minutes. L'approche était toujours la même: 'bonjour mon ami, bienvenu au Maroc. Tu viens d'où? Ah oui? j'ai un cousin là-bas - pause - tu fumes un peu mon ami?' Le temps du souper venu, tout ça s'anime avec la centaine de comptoirs qui grillent les viandes et les poissons, et qui crachent une fumée qui tapisse la grande place d'un épais nuage. C'était super sympathique de fraterniser avec les autres touristes autour d'un bon repas.
Peur 2
En partant de Marrakech, nous avons mis le cap vers l'ouest, vers la ville la plus détendue du Maroc, Essaouira. Cette ville de pêcheurs est située sur le bord de la mer et s'est imprégnée de l'influence hippie. Dans les années 70, Jimmie Hendrix, Cat Stevens et leurs amis venaient régulièrement y passer du temps. Quand nous avons visité Essaouira, il y avait plein de jeunes surfeurs avec des dreads. Ces jeunes pratiquaient le sport de courrir après les groupes de filles, et les invitaient à des fins de soirée sur le bord de la plage, guitare et feu de bois inclus.
Essaouira marquera officiellement la séparation de parcours entre les filles et moi. D'un tout nouveau souffle, je me trouve une petite chambre tout à moi et retrouve la totale liberté du voyageur solitaire. Nous partagerons quand même un repas deux jours plus tard et nous nous entrecroiserons quelques fois. En fait, Essaouira est une très petite ville et les gens vous reconnaissent après seulement une journée à flâner aux alentours. Ainsi, je croise quelques fois mon partenaire de sièges d'autobus, un marocain d'Ouarzazate, prétendument travailleur dans l'industrie du cinéma. Lors de ma première soirée en solitaire, je suis allé faire un tour en bord de mer et je suis tombé sur lui et un de ses amis, résident de la ville. Ils partageaient une bouteille d'alcool et m'ont invité à boire un petit coup. Une fois la bouteille vidée, mes deux nouveaux copains m'invitent à prendre le taxi pour aller chercher une autre bouteille dans un commerce illégal. Évidemment, personne ne boit d'alcool au Maroc et c'est pourquoi tout le monde s'en procure illégalement. Nous nous rendons dans une ruelle perdue où on peut apercevoir quelques personnes entrant et sortant d'un petit magasin assez bien dissimulé. Quelle n'est pas ma surprise de voir une si grande variété d'alcool disponible. Étant bon prince, j'achète une bouteille pour les trois et nous reprenons le taxi en direction de la plage. Une heure et une bouteille plus tard, mes deux nouveaux amis me demandent si j'aimerais aller dans un bar clandestin pour terminer la soirée. Bien entendu! Une fois assis, nous nous empressons de commander une bonne bière blonde. Avec mon air de touriste plein de passionnantes histoires à raconter, je suis invité à passer à la table d'à côté pour faire un brin de jasette. C'est ici que je perds un peu la notion du temps et des événements. Je me rappelle très bien du moment où les esprits ont commencé à s'échauffer autour de moi. Je n'avais aucune espèce d'idée que moi et mes compagnons étaient directement liés à ce haussement soudain de ton. Puisqu'un de mes ex-amis avait déjà déserté la place, mon autre ex-ami m'explique que 'nous' avons payé la tournée à tout le monde autour de la table et qu'il n'a pas une cenne sur lui. Avant même qu'il termine son explication, je suis levé de table par deux grands serveurs et je suis amené dans une salle adjacente. Le patron arrive, en colère, et m'ordonne de payer pour les bouteilles de vin consommé. Par chance, j'avais les quelque 40 dollars sur moi, et je me suis empressé de régler la note. Voyant que j'étais un peu sous le choc, il m'a invité à m'assoir tranquillement et m'a même amené un reste de bouteille pour décompresser! Il m'a dit de prendre mon temps et que tout était correct. Je ne sais pas comment j'ai fait pour retourner à l'hôtel, mais j'étais bel et bien dans mon lit le lendemain matin.
Ce ne fut pas long avant de mettre la main sur mes deux zigotos de la veille et d'exprimer mon mécontentement. L'ami de mon partenaire d'autobus se foutait éperdument de mon cas. Quant à l'autre, il me promettait de me rembourser l'argent. Il était un peu dans le pétrin puisqu'il m'avait donné, la veille dans le bar, sa carte d'identité officielle en gage de remboursement. Le lendemain matin, le pas gentil m'a un peu menacé en me demandant de redonner la fameuse carte à son copain. J'ai finalement abdiqué, probablement par compassion. N'étant pas vraiment plus rassuré, je leur ai mentionné que je partais le lendemain et j'ai finalement pris l'autobus le soir même, à minuit, vers Casablanca.
Une ville à oublier
Je suis arrivé beaucoup trop de bonne heure à Casablanca. J'ai marché jusqu'à l'auberge de jeunesse et je me suis assis sur un banc de parc pour attendre l'ouverture. Un sans-abri a commencé à me jaser (on ne peut jamais être seul au Maroc) et il m'a dit que je n'avais pas à attendre les heures d'ouverture. J'avais juste à sonner et on allait me répondre. Encore une fois un peu naïf, je sonne vers les 6h du matin et je me fais répondre avec une brique et un fanal. Si j'avais pris la peine de sortir mon Let's Go, j'aurais lu les mots suivants: the owner is a very unpleasant men. Et les mots étaient plutôt doux. Il finit par me laisser entrer et me dit d'attendre tranquille jusqu'à 8h et après il s'occupera de moi. C'est alors que je rencontre Jenni, une très grande Allemande, en visite avec une amie, dont je ne me souviens plus du nom. J'ai aussi rencontré Mark, un américain qui voyageait six mois par année et qui a pratiquement fait le tour du monde. J'ai passé les quelques jours suivants en leur compagnie.
Donc, je m'enregistre officiellement dans un dortoir et le propriétaire m'informe que je ne peux pas rester dans l'auberge entre 10h et midi parce que c'est fermé pour le ménage. Je lui explique que je n'ai pas dormi de la nuit et que j'aimerais dormir pour le restant de l'avant-midi. En maugréant, il a fini par accepter en m'ordonnant de ne pas me promener dans l'auberge entre 10h et midi. L'horloge biologique n'aidant pas, je me réveille finalement vers 11h et je décide de sortir de l'auberge. Je n'avais pas compris que je devais rester dans mon lit jusqu'à midi et surtout ne pas mettre le pied sur le plancher. Je me fais engueuler comme du poisson pourri par mon nouvel ami le propriétaire. J'essaierai alors d'éviter de le croiser jusqu'à mon départ le lendemain.
Casablanca est une ville particulièrement laide. J'ai eu beau marcher beaucoup, je n'ai pratiquement vu que du béton et de la pauvreté. Cependant, la grande mosquée Hassan II, située sur le bord de l'eau, est très impressionnante. Comble de malheur, je me suis présenté un vendredi et c'était fermé. Le soir venu, Mark nous a conseillé d'oublier Casablanca et d'aller faire un tour à Rabat, la capitale du Maroc. Ce fut une très bonne idée puisque Rabat est une ville agréable et dynamique.
Vers la sortie
Ayant senti que j'avais fait le tour, j'ai décidé de me joindre aux deux Allemandes qui reprenaient la route vers Tanger pour traverser en Espagne. Nous avons vraiment passé du bon temps ensemble et Jenni m'a invité à faire un détour à Berlin, où elle partageait un appartement en plein centre de la ville. Ce que je ferai finalement après mon séjour aux Pays-Bas. En arrivant à Tanger, nous avons fait la ligne pour passer les douanes. Nous ne comprenions pas pourquoi nous avancions à un rythme d'un pas à la minute sans même apercevoir le poste de douanes. L'explication était plutôt simple: une ligne d'environ cinquante personnes de large, d'environ 50 mètres de long et deux douaniers au bout qui tamponnaient tranquillement les passeports. Sous les yeux de tous qui criaient comme des fous, d'autres douaniers acceptaient les pots de vin en échange d'un passage immédiat de tous les membres d'une même famille. Le passage aux douanes aura finalement pris 4 heures. Après la traversée, nous avons croisé une dizaine de réfugiés, menottes aux pieds et aux mains, escortés vers le Maroc. J'étais bien content de finalement mettre les pieds en Espagne. Olé.
Avant tout
Mon histoire commence à Séville, la ville des amoureux. En partant de l'Écosse, je ne me suis pas rendu en Espagne avec l'idée de traverser vers le Maroc. C'est bêtement en regardant une carte de l'Europe que l'évidence m'est apparue. Il fallait que je mette les pieds en Afrique pour la première fois de ma vie. N'ayant pas trouvé de compagnon de voyage, j'ai pris le train en direction de Tarifa, d'où on prend le traversier vers Tanger, au Maroc. À la sortie d'un transfère de train, il n'y a que moi et une fille qui trimballe également un sac à dos de voyage. Après avoir échangé quelques mots en anglais cassé, nous nous apercevons que nous sommes tous les deux québécois! Annie s'en allait rejoindre Zoe, une Canadienne de la Colombie-Britanique, qui était déjà à Cadiz, pour se rendre ensuite à Tarifa, puis au Maroc. C'était une situation idéale puisque les filles venaient de trouver un gars pour les accompagner et moi des compagnes de voyage. En route vers Tarifa, nous tombons sur deux amies (Joanna, une Grecque, et Claire, une Francaise) qui s'en allaient aussi au Maroc, et qui se sont collés à nous pour les mêmes raisons qu'Annie et Zoe s'étaient collées à moi. De seul, quelques heures plus tôt, je traverse le détroit de Gibraltar en compagnie de quatre filles. Eh oui, ce n'est pas une légende, je me suis souvent fait offrir des chameaux en échange.
Une ville portuaire demeure une ville portuaire
J'ai appris quelques jeux de mots concernant certaines villes de la bouche des Marocains. On dit, en autres: Marrakesh, Arnakesh; Essaouira et-ca-ira; et, Tanger, Danger. C'est avec une certaine crainte injustifiée que nous sommes débarqués à Tanger. Afin de ne pas nous jeter dans la jungle des chauffeurs de taxi et des représentants d'hôtels, nous nous sommes assis tranquillement autour d'une table sur une terrasse. Ce sera la dégustation en règle du premier des dizaines de thés que nous boirons. Le goût m'a explosé dans la bouche avec la talle de menthe fraîche directement plongée dans le verre et la quantité industrielle de sucre ajouté. La décision a finalement été de prendre l'approche 'nous avons déjà un hôtel et nous allons diner à proximité avant de nous y rendre'. Cette approche élimine presque toute sollicitation. Quelques minutes plus tard, nous avons négocié avec un restaurateur, pour environ quatre euros, pour un repas de tajine ou de couscous. À la vitesse où il nous a dit: ''bienvenus chez moi'', nous comprenons qu'un plat de tajine ne vaut pas du tout quatre euros.
Nous n'avons fait que passer à Tanger après avoir lu, et constaté, qu'il n'y avait pas grand-chose à y faire, et qu'on repassera pour l'aspect bucolique. Une ville portuaire demeure une ville portuaire. En sortant du restaurant, nous sommes allés directement au terminal d'autobus et nous avons fait la route jusqu'à Fes, la capitale culturelle du Maroc.
Saveurs et couleurs
Je ne connaissais presque rien du Maroc, mis à part le désert, Marrakesh et Casablanca. Fes est une ville parfaite pour s'initier aux charmes du pays, principalement avec sa médina et son authenticité du passé. Nous avons opté pour une grande chambre située à proximité de la médina, colorée, tapissée de tapis et recouverte de coussins multicolores. Presque chaque ville a une médina, soit le plus vieux des quartiers où se pratique l'artisanat et le marchandage. On vous dira qu'il est périlleux, et même dangereux, de se promener dans une médina sans guide touristique, ce qui est évidemment faux. Mais puisqu'ils sont très convaincants, nous avons embauché un vrai faux guide accrédité par le gouvernement, et ce, pour deux jours.
Je dois avouer que nous avons profité des connaissances de notre guide. Même si le danger est complètement inexistant, il est vrai qu'on peut facilement se perdre à travers ce labyrinthe de ruelles. D'ailleurs, lorsque nous avons visité par nous même lors de la troisième journée, nous sommes ressortis de la médina complètement à l'opposé de notre hôtel, et avons suivi la muraille de l'extérieur, en ne faisant semblant de rien. Dans la médina de Fes, il y a des secteurs bien précis comme celui des chaudrons ou celui des sucreries. Bien entendu, notre guide avait planifié des visites chez des vendeurs 'officiels' de tout ce qui se produit au Maroc. Nous l'avions prévenu que nous n'étions pas acheteurs, mais c'est comme ça qu'on fait de bonnes affaires. Encore une fois, je dois avouer que le premier vendeur de tapis nous a donné tout un spectacle. Lui et ses deux employés, surement ses fils, ont déroulé des dizaines et des dizaines de tapis devant nous. Les filles ne cessaient de répéter qu'elles n'achèteraient rien et le vendeur répétait sans cesse : c'est pour le plaisir des yeux. Une phrase que nous entendrons d'ailleurs mille fois par jour. Dans la fabrique 'officielle' de tapis, les jeunes femmes tissaient à un rythme effarant. Je me souviens qu'elles étaient payées au pouce carré tissé et que le salaire était ridicule. J'ai été impressioné par les magasins et les fabriques de cuirs, du tannage à la teinture, installés sur plusieurs toits contigus. Les marchés d'épices, et leurs barils débordant de toutes les couleurs, amène une saveur somptueuse au décor. Même si toutes les médinas se ressemblent un peu, il fait bon y perdre son temps et jaser avec les marchands qui n'ont rien d'autre à faire. Il ne faut surtout pas montrer un faux intérêt pour la marchandise parce que vous risquez d'éveiller une colère insoupçonnée. Zoe en a fait l'expérience après avoir voulu savoir le prix d'un bracelet, accepter le prix, pour ensuite décliner son intérêt. Au Maroc, ce n'est pas une question de prix, parce que le vendeur va toujours trouver un terrain d'entente si vous êtes réellement intéressé. L'excuse que c'est trop cher n'est pas valide, ni celle que vous n'avez pas assez d'argent. La seule réponse acceptée est: 'je ne suis pas intéressé'. J'ai aussi appris, à mes dépens, qu'il ne faut pas sortir l'excuse que vous êtes pressé, parce qu'on vous répondra aussitôt: les gens pressés sont déjà morts. Et finalement, ignorer signifie que vous n'avez pas entendu le marchand vous répéter dix fois de suite: m'sieur, m'sieur ou m'dame, m'dame. Il n'y a pas de fuite possible, il faut tout le temps dire: 'je ne suis pas intéressé'.
Le tatouage au henné est un autre des charmes du Maroc. Habituellement réservé pour les femmes qui vont se marier, il fait le bonheur des touristes. Mes quatre compagnes avaient le désir d'ornementer leurs mains de cet art magnifique. Lors de leur visite dans un hammam, elles ont fait la rencontre de Zakia, une Marocaine ayant étudié quelques années aux États-Unis et qui était récemment retournée au Maroc. Elle leur avait conseillé une spécialiste du tatouage au henné, au lieu des vendeuses qu'on retrouve un peu partout dans la rue. Nous nous sommes donc rendus à la demeure d'une famille marocaine typique avec un père autoritaire, une mère douce, deux petites filles adorables et un ado bien calme. La mère a travaillé durant plus de trois heures pour réussir à couvrir les huit mains. Avec le henné restant, elle m'a offert gratuitement un tatouage qui couvrait la paume de ma main droite. La technique consiste à brûler le henné sur la peau en le séchant au séchoir à cheveux, à environ 2 cm, à chaud et durant environ 15 minutes! C'était effectivement bien brûlé et le tatouage est resté apparent durant trois semaines. Ils nous ont tellement trouvés sympathiques qu'ils nous ont invités à partager un couscous dans leur chez-soi pour le lendemain soir. La mère et les filles ont passé toute la journée à faire les courses et à cuisiner l'immense assiette de couscous pour 12 personnes. Ils nous ont aussi offert un poulet pour l'occasion, ce qui est considéré comme un honneur. Je n'ai jamais été capable de faire les petites boules de couscous. L'idée est de mouler le couscous dans le creux de sa main en le faisant rouler, et d'engloutir la boule compactée d'un seul coup. Je suis beaucoup plus habile avec des baguettes.
Parlant de gastronomie, nous avions l'habitude de prendre un dernier repas en fin de soirée, dans la rue, aux portes de la médina. Avec les dizaines de jeunes hommes qui traînaient autour, nous dégustions une fabuleuse soupe harira, servie par un marocain tout petit et d'un charisme fou. Son air sérieux, son habit traditionnel et sa barbichette taillée au couteau resteront gravés dans ma mémoire. Il en coutait 25 cents pour un bol et on ajoutait 10 cents pour un immense pain. Avec les quatre filles, nous ne passions pas inaperçus, d'autant plus que les femmes sont habituellement invisibles après le coucher du soleil.
Un rêve sableux
Nous avons pris l'autobus de nuit en direction de Merzouga, aux portes du désert. Nous avions réservé des chambres à l'Auberge Atlas des Sables chez Ali El Cojo, qu'on pourrait traduire par Ali le Boiteux. En effet, Ali est appelé El Cojo puisqu'il lui manque une jambe. Il était vraiment super sympathique Ali El Cojo et il nous a bien traités durant nos trois jours dans le désert. C'est un endroit magique qui frappe l'imaginaire et qu'il faut mettre sur sa liste des endroits à voir avant de mourir.
Peu après notre arrivée, quatre jeunes Américains se sont pointés le nez à l'hôtel et ont abordé les filles sans perdre une minute. Ils donnaient des cours d'anglais à Rabat, depuis quelques mois, et n'avaient pas pensé qu'ils verraient autant peu de filles en choisissant le Maroc comme terre d'aventure. Les filles les ont bien trouvés rigolos, mais leur manque de subtilité ne les a pas aidés à poursuivre leur quête.
Un peu plus par chance que par connaissance, nous avions payé pour un seul dromadaire pour la grande randonnée. Ça donne un peu mal au coeur de faire de la route sur un dromadaire qui se dandine un peu comme des vêtements dans une machine à laver frontale. Bob Marley le dromadaire a donc beaucoup plus servi de porte-bagages que de porte-nous-mêmes. Nos amis américains, eux, ont payé pour quatre bêtes et sont arrivés au campement bien avant nous. Étonnamment, il était assez facile de marcher dans le désert puisque le sable est bien compacté. J'adorais surtout monter les dunes qu'il faut gravir en se tenant sur les arêtes.
Le campement était situé au pied de la plus haute dune du coin. Puisque nous sommes arrivés par le haut de la dune, nous avons sauté et déboulé la pente de sable mou. C'était tellement amusant que j'ai remonté la dune au complet pour le refaire. Il y avait même des skieurs de dunes qui s'en donnaient à coeur joie. De façon un peu plus zen, nous avons admiré le coucher du soleil en silence du haut de la dune. Ce fut un moment fort et nous nous sommes tous sentis très privilégiés. En fait, la plénitude du moment s'est un peu estompée lorsque des enfants sont apparus de nulle part pour nous vendre des dromadaires en papier. Peu importe, le moment était magique.
Nous avons dormi dans des tentes berbères et sous des couvertures en poil de dromadaire. Le plus cocasse est sans doute l'aire des petits besoins personnels, qui était en fait un endroit à demi caché par des petites buttes de sable. Pour bien illustré, c'était la reproduction exacte d'une litière à chat, mais de dimension humaine. Et tout comme minou, on prenait bien soin d'enterrer nos crottes en grattant du sable par dessus avec nos souliers. C'était à mourrir de rire de voir les centaines de petits monticules de sable parsemés ici et là. Tant qu'à être dans le sujet, les Marocains trouvaient particulièrement amusant de ramasser les crottes de dromadaires séchés et de nous dire, à répétition, que c'était du hachis marocain.
Le lendemain matin, nous avons demandé à notre guide How-Are-You (ça le faisait bien rire de se faire appeler comme ça) s'il était possible de passer une deuxième nuit dans le désert. À notre grand étonnement, il nous a dit qu'il demanderait à Ali. Nous étions un peu surpris puisque nous étions à 4 heures de marche de l'hôtel. C'est alors que How-Are-You a monté la grande dune et a sorti un cellulaire de sa djellaba pour appeler Ali. Je dois avouer que malgré que ça faisait plein de sens, la vue du cellulaire est venue un peu briser la magie du désert. Après avoir confirmé le tout, nous sommes partis faire une randonnée en direction d'une oasis. Disons que nous nous attendions à plus que les deux palmiers et les quelques touffes d'herbes perdus au milieu de nulle part. Je ne sais pas pourquoi j'avais l'idée ridicule d'y trouver de l'eau.
Tout comme la savane africaine ou le sommet des montagnes, le paysage du désert est unique et étonnant. C'est peut-être qu'il ne s'y passe rien en particulier qui le rend si mystérieux. À ne pas manquer.
Peur 1
De Merzouga, nous nous sommes rendus à Tinghir par taxi. Avec quatre passagers et beaucoup de bagages, le chauffeur n'a eu d'autre choix que d'attacher mon sac à dos sur le toit. J'ai passé quelques heures à regarder le paysage arrière de la voiture. Comprenant que nous n'avions pas d'hôtel de réservé, le chauffeur s'est empressé de nous dire qu'il avait un cousin qui avait un beau petit endroit bien propre. Je n'ai pas encore mentionné qu'au Maroc, tout le monde a un cousin qui a un hôtel, ou qui vend des bijoux ou des tapis, où qui loue des voitures, etc. Évidemment, ils ont tous au moins un cousin à Montréal. L'hôtel était très confortable.
Nous avions décidé, pour notre morale, de nous séparer pour une journée. Je trouvais l'idée excellente puisque je ressentais le besoin de me retrouver seul. J'avais cependant oublié qu'il est impossible d'être seul plus de cinq minutes au Maroc. Il y a toujours quelqu'un pour te parler en commençant par: 'bonjour mon ami, bienvenu au Maroc! Tu viens d'où? Ah oui? J'ai justement un cousin qui habite là-bas...'. Et c'est finalement ce qui est arrivé, avant même que j'aie eu le temps de m'assoir sur une terrasse. Mon livre attendra encore une fois. Cette fois-ci, les deux hommes, qui étaient assis là à se parler tranquillement, disaient s'occuper du stationnement adjacent à la terrasse. Les affaires devaient réellement être au ralenti puisqu'un des deux me proposa une visite guidée personnalisée de Tinghir. Et pourquoi pas? Nous sommes donc partis en visite guidée et nous sommes passés, par le plus grand des hasards, devant l'appartement de sa famille. Me sentant tout de même assez en sécurité, je suis passé au salon pour prendre le thé (encore). Mon nouvel ami et moi avons discuté de mille et un sujets quand son cousin est soudainement apparu, toujours par hasard. L'histoire familiale aboutira au fait qu'il y avait une petite fabrique de tapis située dans la pièce d'à côté. Ils n'auront eu aucun argent de moi, mais j'ai passé un moment fort agréable. Aussi naïf que je puisse être, je me suis encore retrouvé chez un vendeur de tapis une heure plus tard.
Tinghir marquera aussi notre escapade aux Gorges du Dades, situé à environ 20 km de la ville. Avec une forme resplendissante, j'avais décidé de faire la route en vélo plutôt qu'en autobus. Comme les filles se levaient particulièrement tard, je suis parti tôt le matin et je suis tout de même arrivé deux heures avant elles. Le paysage était majestueux. Assis tranquillement sur une terrasse, je m'amusais à regarder les autobus arrêter, les touristes prendre des photos, et repartir aussi rapidement. Lorsque les filles sont finalement arrivées, nous sommes partis en randonnée à travers les montagnes. J'ai pris soin de laisser mon vélo au restaurant, ce qui m'amènera finalement quelques ennuis. Une suite d'événements entremêlés mena à une situation assez problématique. En fond de toile, disons que la relation entre certaines des filles et moi-même était à son plus bas, en raison de rythme de voyage et de conflit de personnalités. Sachant qu'après la randonnée d'environ deux heures, il me resterait 20 km de vélo, j'essayais de faire accélérer le pas de tortue auquel nous allions. Quelques frustrations plus tard, je me tenais seul au devant et j'ai soudainement eu un besoin urgent de trouver des toilettes. J'ai donc presque couru jusqu'au village pour me soulager. Entre temps, les filles avaient eu le temps d'atteindre le village. Puisqu'il n'y avait pas de trace de moi-même, elles ont décidé de prendre un taxi pour retourner à Tinghir. Le hic était qu'Annie avait oublié que mon vélo allait être transféré chez un membre de la famille du restaurateur, à proximité de la fin du trajet, et que le numéro de téléphone était dans ses poches. Je me retrouve donc à environ 1 km du restaurant en sachant très bien que mon vélo se trouve à proximité de moi. Je marche donc la distance pour m'apercevoir que le restaurant est fermé. Après avoir sondé quelques commerçants autour, j'obtiens finalement un nom d'auberge, mon seul espoir. J'ai remarché le kilomètre et mon vélo était bel et bien dans la cour de cette auberge. Ma grande joie s'est estompée rapidement lorsque la nuit est tombée en plein milieu des 20 km à parcourir, et ce, sur une route de montagne, hasardeuse et nullement éclairée. Sur mon vélo de montagne, les trois quarts d'heure restants m'ont paru une éternité. Les automobiles passaient à toute allure et je me sentais seul au monde. Arrivé à l'hôtel, les filles m'attendaient, impatientes et inquiètes, et étaient convaincues qu'elles avaient été responsables d'un accident ou même pire. Ça fait des choses à raconter.
Marrakech, Arnakesh
Pour me remettre de mes émotions, quoi de mieux que de visiter la ville la plus flamboyante du Maroc, l'étourdissante Marrakech. En arrivant sur place, on constate rapidement que Marrakech est à quelques années lumières de Fes. Il y a tout d'un coup plein de petites camisoles qui se promènent partout. L'influence de l'occident se fait vraiment sentir dans le secteur touristique. Nous avons trouvé un hôtel à proximité de la grande place Jemaa el Fna. Le propriétaire nous a offert le toit au complet où il y avait une immense tente avec matelas et coussins. Puisque Joana et Claire en étaient rendues à quitter l'hôtel vers les deux heures de l'après-midi, je passais le plus clair de mon temps seul ou avec Annie. Nous avons beaucoup flâner à travers les souks de la médina qui regorgeaient de couleurs et de saveurs. Marrakech n'est pas la place pour acheter des souvenirs puisque les prix sont beaucoup plus élevés qu'ailleurs, et que certains marchands ne négocient même pas.
À la grande place, on peut observer les charmeurs de serpents tout droit sortis de notre imaginaire. J'ai tenté de prendre des photos de loin et rien n'y fait, il y a toujours quelqu'un qui vient te demander de l'argent contre la photo que tu viens de prendre. Demander de l'argent pour une photo est un sport national au Maroc. Lors de notre randonnée à Tinghir, une vieille femme est sortie de nulle part, avec la main tendue, parce que Joana avait pris une photo de sa maison. Autrement, il règne un air de carnaval perpétuel à la grande place et tout un chacun rivalise d'imagination pour soutirer quelques dirhams. Il y a bien entendu les pickpockets qui font des affaires d'or à travers les foules immobiles qui regardent les spectacles. Un peu moins plaisant, les filles se sont plaintes d'attouchements répétés, à un point tel qu'elles ont décidé de retourner à l'hôtel. Dans mon cas, je me faisais offrir de la drogue toutes les dix minutes. L'approche était toujours la même: 'bonjour mon ami, bienvenu au Maroc. Tu viens d'où? Ah oui? j'ai un cousin là-bas - pause - tu fumes un peu mon ami?' Le temps du souper venu, tout ça s'anime avec la centaine de comptoirs qui grillent les viandes et les poissons, et qui crachent une fumée qui tapisse la grande place d'un épais nuage. C'était super sympathique de fraterniser avec les autres touristes autour d'un bon repas.
Peur 2
En partant de Marrakech, nous avons mis le cap vers l'ouest, vers la ville la plus détendue du Maroc, Essaouira. Cette ville de pêcheurs est située sur le bord de la mer et s'est imprégnée de l'influence hippie. Dans les années 70, Jimmie Hendrix, Cat Stevens et leurs amis venaient régulièrement y passer du temps. Quand nous avons visité Essaouira, il y avait plein de jeunes surfeurs avec des dreads. Ces jeunes pratiquaient le sport de courrir après les groupes de filles, et les invitaient à des fins de soirée sur le bord de la plage, guitare et feu de bois inclus.
Essaouira marquera officiellement la séparation de parcours entre les filles et moi. D'un tout nouveau souffle, je me trouve une petite chambre tout à moi et retrouve la totale liberté du voyageur solitaire. Nous partagerons quand même un repas deux jours plus tard et nous nous entrecroiserons quelques fois. En fait, Essaouira est une très petite ville et les gens vous reconnaissent après seulement une journée à flâner aux alentours. Ainsi, je croise quelques fois mon partenaire de sièges d'autobus, un marocain d'Ouarzazate, prétendument travailleur dans l'industrie du cinéma. Lors de ma première soirée en solitaire, je suis allé faire un tour en bord de mer et je suis tombé sur lui et un de ses amis, résident de la ville. Ils partageaient une bouteille d'alcool et m'ont invité à boire un petit coup. Une fois la bouteille vidée, mes deux nouveaux copains m'invitent à prendre le taxi pour aller chercher une autre bouteille dans un commerce illégal. Évidemment, personne ne boit d'alcool au Maroc et c'est pourquoi tout le monde s'en procure illégalement. Nous nous rendons dans une ruelle perdue où on peut apercevoir quelques personnes entrant et sortant d'un petit magasin assez bien dissimulé. Quelle n'est pas ma surprise de voir une si grande variété d'alcool disponible. Étant bon prince, j'achète une bouteille pour les trois et nous reprenons le taxi en direction de la plage. Une heure et une bouteille plus tard, mes deux nouveaux amis me demandent si j'aimerais aller dans un bar clandestin pour terminer la soirée. Bien entendu! Une fois assis, nous nous empressons de commander une bonne bière blonde. Avec mon air de touriste plein de passionnantes histoires à raconter, je suis invité à passer à la table d'à côté pour faire un brin de jasette. C'est ici que je perds un peu la notion du temps et des événements. Je me rappelle très bien du moment où les esprits ont commencé à s'échauffer autour de moi. Je n'avais aucune espèce d'idée que moi et mes compagnons étaient directement liés à ce haussement soudain de ton. Puisqu'un de mes ex-amis avait déjà déserté la place, mon autre ex-ami m'explique que 'nous' avons payé la tournée à tout le monde autour de la table et qu'il n'a pas une cenne sur lui. Avant même qu'il termine son explication, je suis levé de table par deux grands serveurs et je suis amené dans une salle adjacente. Le patron arrive, en colère, et m'ordonne de payer pour les bouteilles de vin consommé. Par chance, j'avais les quelque 40 dollars sur moi, et je me suis empressé de régler la note. Voyant que j'étais un peu sous le choc, il m'a invité à m'assoir tranquillement et m'a même amené un reste de bouteille pour décompresser! Il m'a dit de prendre mon temps et que tout était correct. Je ne sais pas comment j'ai fait pour retourner à l'hôtel, mais j'étais bel et bien dans mon lit le lendemain matin.
Ce ne fut pas long avant de mettre la main sur mes deux zigotos de la veille et d'exprimer mon mécontentement. L'ami de mon partenaire d'autobus se foutait éperdument de mon cas. Quant à l'autre, il me promettait de me rembourser l'argent. Il était un peu dans le pétrin puisqu'il m'avait donné, la veille dans le bar, sa carte d'identité officielle en gage de remboursement. Le lendemain matin, le pas gentil m'a un peu menacé en me demandant de redonner la fameuse carte à son copain. J'ai finalement abdiqué, probablement par compassion. N'étant pas vraiment plus rassuré, je leur ai mentionné que je partais le lendemain et j'ai finalement pris l'autobus le soir même, à minuit, vers Casablanca.
Une ville à oublier
Je suis arrivé beaucoup trop de bonne heure à Casablanca. J'ai marché jusqu'à l'auberge de jeunesse et je me suis assis sur un banc de parc pour attendre l'ouverture. Un sans-abri a commencé à me jaser (on ne peut jamais être seul au Maroc) et il m'a dit que je n'avais pas à attendre les heures d'ouverture. J'avais juste à sonner et on allait me répondre. Encore une fois un peu naïf, je sonne vers les 6h du matin et je me fais répondre avec une brique et un fanal. Si j'avais pris la peine de sortir mon Let's Go, j'aurais lu les mots suivants: the owner is a very unpleasant men. Et les mots étaient plutôt doux. Il finit par me laisser entrer et me dit d'attendre tranquille jusqu'à 8h et après il s'occupera de moi. C'est alors que je rencontre Jenni, une très grande Allemande, en visite avec une amie, dont je ne me souviens plus du nom. J'ai aussi rencontré Mark, un américain qui voyageait six mois par année et qui a pratiquement fait le tour du monde. J'ai passé les quelques jours suivants en leur compagnie.
Donc, je m'enregistre officiellement dans un dortoir et le propriétaire m'informe que je ne peux pas rester dans l'auberge entre 10h et midi parce que c'est fermé pour le ménage. Je lui explique que je n'ai pas dormi de la nuit et que j'aimerais dormir pour le restant de l'avant-midi. En maugréant, il a fini par accepter en m'ordonnant de ne pas me promener dans l'auberge entre 10h et midi. L'horloge biologique n'aidant pas, je me réveille finalement vers 11h et je décide de sortir de l'auberge. Je n'avais pas compris que je devais rester dans mon lit jusqu'à midi et surtout ne pas mettre le pied sur le plancher. Je me fais engueuler comme du poisson pourri par mon nouvel ami le propriétaire. J'essaierai alors d'éviter de le croiser jusqu'à mon départ le lendemain.
Casablanca est une ville particulièrement laide. J'ai eu beau marcher beaucoup, je n'ai pratiquement vu que du béton et de la pauvreté. Cependant, la grande mosquée Hassan II, située sur le bord de l'eau, est très impressionnante. Comble de malheur, je me suis présenté un vendredi et c'était fermé. Le soir venu, Mark nous a conseillé d'oublier Casablanca et d'aller faire un tour à Rabat, la capitale du Maroc. Ce fut une très bonne idée puisque Rabat est une ville agréable et dynamique.
Vers la sortie
Ayant senti que j'avais fait le tour, j'ai décidé de me joindre aux deux Allemandes qui reprenaient la route vers Tanger pour traverser en Espagne. Nous avons vraiment passé du bon temps ensemble et Jenni m'a invité à faire un détour à Berlin, où elle partageait un appartement en plein centre de la ville. Ce que je ferai finalement après mon séjour aux Pays-Bas. En arrivant à Tanger, nous avons fait la ligne pour passer les douanes. Nous ne comprenions pas pourquoi nous avancions à un rythme d'un pas à la minute sans même apercevoir le poste de douanes. L'explication était plutôt simple: une ligne d'environ cinquante personnes de large, d'environ 50 mètres de long et deux douaniers au bout qui tamponnaient tranquillement les passeports. Sous les yeux de tous qui criaient comme des fous, d'autres douaniers acceptaient les pots de vin en échange d'un passage immédiat de tous les membres d'une même famille. Le passage aux douanes aura finalement pris 4 heures. Après la traversée, nous avons croisé une dizaine de réfugiés, menottes aux pieds et aux mains, escortés vers le Maroc. J'étais bien content de finalement mettre les pieds en Espagne. Olé.

