Decouverte du Cambodge rural
Trip Start
Jun 19, 2004
1
12
24
Trip End
Dec 22, 2004
Bonjour tout le monde,
Malgre le nom du message, je vais commencer par notre retour a Phnom Penh, et les 3 derniers jours que nous y avons passe. Je dois dire que j'ai vraiment beaucoup apprecie la capitale cambodgienne. Les gens y sont super gentils, pas trop aggressants, la ville n'est ni trop grande ni trop petite, et surtout, la vie n'est pas trop pressee. Les Cambodgiens, meme les gens importants, prennent le temps de vivre comme il se doit. Apres 8 jours passes en ville, on avait presque l'impression, a quelques gros details linguistiques pres, d'y avoir un quotidien, une sensation qui fait du bien apres presque 2 mois de voyage...
En arrivant en ville, nous avons ete invites par Vannak, l'ami de Catherine, dans un restaurant Khmer typique, c'est a dire une place de grillades ou on nous a servi des brochettes de viande et des cailles sur BBQ. Fameux. Seul detail bizarre, c'est que dans les brochettes, au lieu de separer les morceaux de viande par des legumes ou par rien, ils les separent par des morceaux de gras de viande trempes dans la sauce... Heureusement que les chiens etaient la pour nous en debarrasser, c'est assez mauvais, des bouchees de gras... ;-)
Detail de vie cambodgienne: Vannak a une auto dont le volant est a droite. A Phnom Penh, comme ailleurs au Cambodge, les autos avec volant a droite et a gauche se succedent, et on se demandait pourquoi. Eh bien c'est simple: celles avec le volant a droite sont importees illegalement de Thailande, tandis que les autres sont achetees au Cambodge (ou encore importees illegalement d'ailleurs, mais au moins c'est plus subtil...). Comme tout s'achete ici, les autos volees se vendent a moitie prix, et il est possible d'acheter des plaques d'immatriculation d'armee, question de ne pas se faire embeter.
Durant le souper, on a appris que depuis quelques mois, il existait a Phnom Penh un 1er centre d'achats dit a l'occidentale. Curieux, on a determine qu'il fallait bien aller faire un tour... Ledit centre d'achats est situe sur le meme bloc que le marche central de la ville, marche le plus actif. Ca fait bizarre de voir, se croisant, des Cambodgiens des plus pauvres, venant directement de la campagne avec toutes leurs marchandises empilees sur un pick-up, croiser, sur un coin de rue, les enfants des expatries, des generaux, et de la haute societe Phnom Penhoise, habilles selon la derniere mode, qui s'engouffrent dans le centre d'achats. Dans le centre meme, d'autres surprises. En plus des necessaires magasins de musique et d'electronique, dont un Sony Store (Mike: cheaper than Olomouc...), il y avait un etage de magasins de recel. Des vetements Levi's et Diesel a des prix ridiculement bas, des cellulaires pirates, des CDs copies, des puces de PS2, le tout en vente tres libre, et tres controlee... Le dernier etage du centre, lui, est une terrasse exterieure, qui donne des vraiment belles vues de la ville, le Palais Royal et le fleuve dans toute leur splendeur d'un cote, un bidonville de l'autre. Ca resume assez bien le Cambodge.
On a aussi re-vu l'autre contact de Catherine, l'homme d'affaires, avant de partir. On a en fait passe une journee avec lui. D'abord, il nous a recu autour de sa piscine, avec un merveilleux spaghetti! :-) Quand on est arrives, il parlait au telephone avec le gouverneur de Phnom Penh, a qui il devait offrir un pot de vin d'un fusil a 800$ pour signer un contrat. Il s'est fait un plaisir de nous expliquer le tout dans les plus grands details, sous le regard tres desapprobateur de sa femme, une economiste francaise qui a travaille pour tout plein d'ONGs. Rien a voir avec le rythme de vie de son mari, je dois avouer que c'est pas le type de femme que je m'attendais a trouver a ses cotes. Le soir, il nous a invite a un party pour les 40 ans d'un de ses amis, dans une gigantesque villa en banlieue de la ville, avec bar ouvert, et bouffe indienne absolument exquise, ou on a pu voir beaucoup de gens trop influents pour leur propre bien discuter de tout et de rien. On n'etait vraiment pas a notre place, mais c'etait cool comme experience, surtout que des riches, ca sait feter! Dur a croire qu'on a vu ca dans le meme pays ou, 50 km plus loin, des gens, sans mourir de faim, vivent entre 4 morceaux de bois, sous un minable morceau de tole. Ces chers pays du tiers-monde...
Nous avons ensuite quitte Phnom Penh vers Kratie, une ville dans le nord-est du pays, sur les bords du Mekong, ou les gens vont pour deux raisons: un arret en route vers la frontiere laotienne, 300km au nord, ou pour voir les derniers specimens au monde de dauphins d'eau douce. Puisque je ne vais pas au Laos tout de suite, et que je voyage avec Catherine, je vous laisse deviner ce qui nous a amene dans cette ville absolument perdue! En partant de PP, on nous avait promis un minibus avec autant de sieges que de passagers. C'etait sans compter le fait que certains locaux avaient, avec eux, surement TOUS les produits de leur ferme, depuis la derniere recolte... Des sacs gigantesques de legumes et de riz, qui prenaient la moitie de la place. Donc, comme il se doit, quelques Cambodgiens ont pris place entre les rangees de sieges... Autre petit probleme, quoiqu'on etait inondes par une de ces merveilleuses pluies de mousson, la porte de l'autobus refusait de fermer... Resultat: un gars devait la tenir, pendant que la 1ere marche du bus se faisait inonder, quelques sacs aussi... Nos backpacks, eux, s'etaient trouves une place sur le toit dudit bus, gracieusete des sacs de carottes et cie. Malgre nos covers de pluie, chaque morceau de vetement possede s'est merite une douche. En arrivant a Kratie, les enfants jouaient dans le lac qu'etait devenue la rue du marche. Ca augurait pas si bien pour voir des dauphins. Le lendemain matin, a 7h pile, on s'est ramasses sur un bateau avec une dizaine touristes attrapes... Oui, on a vu quelques dauphins. A une vingtaine de metres du bateau, puisque ce sont des dauphins genes. Faut dire que j'ai dormi la moitie du temps, c'etait trop tot ;-) Mais en fait, cette ride de bateau sur le Mekong s'est averee assez impressionante. D'abord, on a vu des arbres immerges jusqu'aux feuilles, gracieusete de la pluie qui tombe depuis presque 6 semaines. Ensuite, on a pu voir le courant feroce du fleuve: a l'aller, avec le moteur a pleine vapeur, on n'avancait presque pas. Au retour, avec le moteur eteint, on aurait difficilement pu aller plus vite... Moi, ca m'a impressionne nettement plus que les dauphins ;-)
L'apres-midi, avec rien a faire a Kratie, on s'est diriges dans le seul cafe de la place tenu par un Americain de Chicago, l'homme le plus effemine, et le plus anti-Francais que la terre ait porte. On a quand meme bien ri avec lui, il etait soul comme une botte (comme chaque jour de sa vie, selon ses aveux), le cher homme a fait le tour du monde, il n'y a pas grand place ou il n'est pas alle... A la fin du repas, une Francaise a eu l'audace de se plaindre que ca avait pris 45 minutes avoir son repas, et qu'elle ne voulait pas payer. Elle en a eu pour son argent en postillons de la part du gars, qui a conclu qu'elle pouvait bien se plaindre, puisqu'elle etait Francaise... Et le tout, devant elle. Une belle scene!
Le lendemain, depart vers le Mondulkiri, province reculee de l'est du pays, ou on ne se rend qu'en pick-up ou en 4x4. C'est bien ce qu'on a fait. Apres s'etre fait deposer a Snuol, village rural ou le marche et le depotoir public ne sont qu'une seule et meme place (on l'a bien explore, on a eu 3 heures d' "escale"...) on a embarque dans la cabine du 4x4 sense nous faire parcourir le chemin restant en 4 heures. Seul probleme: dans ladite cabine, on etait 9 dans ladite cabine. 2 personnes a l'avant, en plus du chauffeur, et a l'arriere, 4 adultes et 2 enfants, dont un ecrase sous le poids d'une des personnes a l'avant. La mere semblait peu s'en soucier... On a appris, ce jour-la, que quand, au Cambodge, on dit que c'est 4 personnes par siege, et bien les enfants ne comptent pas. On les rentre ou on peut. Rajoutez a ca quelques personnes dans la boite du vehicule, et l'image est assez impressionante, surtout qu'on avait aussi de quoi approvisionner les auberges et le marche du village ou nous allions; ils n'ont rien la-bas... La route, pas pavee, n'est pas tres comfortable, surtout aussi tasses. On aurait jure que le chauffeur, qui ne nous aimait pas beaucoup pour cause de douleur a ses oreilles, gracieusete de Catherine (elle avait raison, cette fois...) faisait expres de prendre CHAQUE nid-de-poule... Au bout de 3h, nous avons enfin atteint notre destination.
Le Mondulkiri, et sa capitale, Sen Monorom, ou nous restions, est la province la moins peuplee du Cambodge, avec 2 habitants par kilometre carre. Et ca parait. Le village compte peut-etre 2000 personnes, mais des qu'on sort de ses limites, il y a quelques maisons eparpillees, sans plus. La region se decrit comme une serie sans fin de collines tres vertes, parfois touffues, parfois pas, gracieusete, de nouveau, de l'agent orange des Americains. Pendant 3 jours, nous avons marche dans ces collines, pour aller voir des chutes d'eau (chutes, on s'entend, parfois pas plus que la hauteur d'une douche...), se promener dans les villages des minorites ethniques qui peuplent la region, explorer les temples et les ruelles du village, construit sur quelques collines et autour de 2 lacs. Notre auberge n'avait pas d'eau chaude (personne n'en a dans la province, on fait bouillir de l'eau et on se lave avec) ni d'electricite, a part entre 18h et 3h du matin. Cependant, la dame qui tenait l'auberge, se prenant pour la mere de chacun de ses locataires, nous traitait aux petits oignons. Bouffe incroyable, eau chaude a volonte, livree a la porte de notre bungalow, et autres accompagnements necessaires a de longues soirees, recolte a meme la region. Au moins, on a rencontre des gens super interessants, et on n'avait pas mal rien d'autre a faire que de jaser et boire avec eux pendant de longues heures, pour notre plus grand bonheur. Notre rencontre la plus enrichissante en termes de comprehension de ce pays a ete le principal conseiller financier du Premier Ministre... et du chef de l'opposition. Il nous a explique, de nouveau, a quel point le gouvernement etait infiniment corrompu a chaque niveau de la hierarchie, et nous a aussi dit qu'il en avait assez de se doucher a l'eau froide, donc qu'il se faisait construire un hotel avec eau chaude a 100m d'ou nous etions. D'ou vient l'argent? Les Cambodgiens ne posent pas ce genre de questions.
Malgre la mousson, et l'absence complete de routes pavees, nous avons aussi essaye, ecoutant mon orgueil, de louer une moto pour explorer la region. Quelle mauvaise idee. Incontrolable, la moto, dans les pistes de boue mouillee... Le seul fait de tourner le volant nous envoyait a la derive, Catherine par terre, moi essayant tant bien que mal de ne pas laisser la moto me tomber dessus. Apparemment, ca demande de l'experience, conduire dans ces conditions... Moto 1, Philippe 0...
Le mari de la proprietaire de l'auberge venant d'une des minorites de la region, il peut nous arranger plusieurs activites qui leur sont propre. N'en ayant pas eu assez de l'experience vietnamienne, nous avons decide de prendre un tour d'elephant. Mais cette fois, pas un petit tour d'une heure, a plat, autour d'un village. Nous avons passe 6 heures sur le dos de la bete, a grimper et descendre des collines, dans la jungle et dans la boue, la ou il n'y avait pas de sentier. C'est vraiment impressionant de voir cette gigantesque bete se deplacer sur un terrain ou nous ne marcherions pas, car c'est trop glissant... Il tate le terrain de ses pattes avant de marcher, se laisse glisser sur ses pattes arrieres quand c'est trop a pic. Seul probleme, ces betes sont des plus gourmandes. Chaque bambou, chaque palmier lui sert de repas, meme s'il lui faut 5 minutes d'efforts pour le deraciner! Malgre tout ca, ce n'est pas plus comfortable d'etre sur un elephant, surtout que la pluie ne nous a pas manquee, et que je n'avais, comme un imbecile, plus d'impermeable... :-| Apres 6 heures, on avait de la difficulte a marcher, tellement nos jambes etaient engourdies... Pendant le tour au complet, il n'y avait pas un etranger a l'horizon, khmer ou occidental, seulement des arbres et entre eux, les quelques maisons eparpillees de la minorite locale. Au milieu de collines isolees, on croisait parfois des femmes et des enfants, panier sur le dos, qui allaient cueillir, ou encore allaient ou revenaient du marche le plus proche. En gros, on a pu voir la vie de ces minorites, le niveau incroyable de pauvrete dans lequel ils vivent, au milieu de leurs animaux, dans des huttes en bambou et en paille. Plusieurs des villages ne sont meme pas accessibles par quelque route que ce soit. Ca se fait a pied, ou en elephant...
Enfin, quittant Sen Monorom a destination de Kompong Cham, 3e ville du Cambodge, nous avons decide de vivre dangereusement, et de faire la ruote de 4h a l'exterieur du pick-up. Cette idee a dure exactement 15 minutes, suite a quoi nous avons realise que la boite du camion etait pleine de gens (10 Cambodgiens) et de beaucoup trop de sacs, etc. Nous avons donc decide de rentrer dans la cabine, ou nous avons de nouveau passe 4 heures entasses comme des sardines, quoique seulement a 7, cette fois (pas d'enfants).
Quelle experience merveilleuse!
Malgre le nom du message, je vais commencer par notre retour a Phnom Penh, et les 3 derniers jours que nous y avons passe. Je dois dire que j'ai vraiment beaucoup apprecie la capitale cambodgienne. Les gens y sont super gentils, pas trop aggressants, la ville n'est ni trop grande ni trop petite, et surtout, la vie n'est pas trop pressee. Les Cambodgiens, meme les gens importants, prennent le temps de vivre comme il se doit. Apres 8 jours passes en ville, on avait presque l'impression, a quelques gros details linguistiques pres, d'y avoir un quotidien, une sensation qui fait du bien apres presque 2 mois de voyage...
En arrivant en ville, nous avons ete invites par Vannak, l'ami de Catherine, dans un restaurant Khmer typique, c'est a dire une place de grillades ou on nous a servi des brochettes de viande et des cailles sur BBQ. Fameux. Seul detail bizarre, c'est que dans les brochettes, au lieu de separer les morceaux de viande par des legumes ou par rien, ils les separent par des morceaux de gras de viande trempes dans la sauce... Heureusement que les chiens etaient la pour nous en debarrasser, c'est assez mauvais, des bouchees de gras... ;-)
Detail de vie cambodgienne: Vannak a une auto dont le volant est a droite. A Phnom Penh, comme ailleurs au Cambodge, les autos avec volant a droite et a gauche se succedent, et on se demandait pourquoi. Eh bien c'est simple: celles avec le volant a droite sont importees illegalement de Thailande, tandis que les autres sont achetees au Cambodge (ou encore importees illegalement d'ailleurs, mais au moins c'est plus subtil...). Comme tout s'achete ici, les autos volees se vendent a moitie prix, et il est possible d'acheter des plaques d'immatriculation d'armee, question de ne pas se faire embeter.
Durant le souper, on a appris que depuis quelques mois, il existait a Phnom Penh un 1er centre d'achats dit a l'occidentale. Curieux, on a determine qu'il fallait bien aller faire un tour... Ledit centre d'achats est situe sur le meme bloc que le marche central de la ville, marche le plus actif. Ca fait bizarre de voir, se croisant, des Cambodgiens des plus pauvres, venant directement de la campagne avec toutes leurs marchandises empilees sur un pick-up, croiser, sur un coin de rue, les enfants des expatries, des generaux, et de la haute societe Phnom Penhoise, habilles selon la derniere mode, qui s'engouffrent dans le centre d'achats. Dans le centre meme, d'autres surprises. En plus des necessaires magasins de musique et d'electronique, dont un Sony Store (Mike: cheaper than Olomouc...), il y avait un etage de magasins de recel. Des vetements Levi's et Diesel a des prix ridiculement bas, des cellulaires pirates, des CDs copies, des puces de PS2, le tout en vente tres libre, et tres controlee... Le dernier etage du centre, lui, est une terrasse exterieure, qui donne des vraiment belles vues de la ville, le Palais Royal et le fleuve dans toute leur splendeur d'un cote, un bidonville de l'autre. Ca resume assez bien le Cambodge.
On a aussi re-vu l'autre contact de Catherine, l'homme d'affaires, avant de partir. On a en fait passe une journee avec lui. D'abord, il nous a recu autour de sa piscine, avec un merveilleux spaghetti! :-) Quand on est arrives, il parlait au telephone avec le gouverneur de Phnom Penh, a qui il devait offrir un pot de vin d'un fusil a 800$ pour signer un contrat. Il s'est fait un plaisir de nous expliquer le tout dans les plus grands details, sous le regard tres desapprobateur de sa femme, une economiste francaise qui a travaille pour tout plein d'ONGs. Rien a voir avec le rythme de vie de son mari, je dois avouer que c'est pas le type de femme que je m'attendais a trouver a ses cotes. Le soir, il nous a invite a un party pour les 40 ans d'un de ses amis, dans une gigantesque villa en banlieue de la ville, avec bar ouvert, et bouffe indienne absolument exquise, ou on a pu voir beaucoup de gens trop influents pour leur propre bien discuter de tout et de rien. On n'etait vraiment pas a notre place, mais c'etait cool comme experience, surtout que des riches, ca sait feter! Dur a croire qu'on a vu ca dans le meme pays ou, 50 km plus loin, des gens, sans mourir de faim, vivent entre 4 morceaux de bois, sous un minable morceau de tole. Ces chers pays du tiers-monde...
Nous avons ensuite quitte Phnom Penh vers Kratie, une ville dans le nord-est du pays, sur les bords du Mekong, ou les gens vont pour deux raisons: un arret en route vers la frontiere laotienne, 300km au nord, ou pour voir les derniers specimens au monde de dauphins d'eau douce. Puisque je ne vais pas au Laos tout de suite, et que je voyage avec Catherine, je vous laisse deviner ce qui nous a amene dans cette ville absolument perdue! En partant de PP, on nous avait promis un minibus avec autant de sieges que de passagers. C'etait sans compter le fait que certains locaux avaient, avec eux, surement TOUS les produits de leur ferme, depuis la derniere recolte... Des sacs gigantesques de legumes et de riz, qui prenaient la moitie de la place. Donc, comme il se doit, quelques Cambodgiens ont pris place entre les rangees de sieges... Autre petit probleme, quoiqu'on etait inondes par une de ces merveilleuses pluies de mousson, la porte de l'autobus refusait de fermer... Resultat: un gars devait la tenir, pendant que la 1ere marche du bus se faisait inonder, quelques sacs aussi... Nos backpacks, eux, s'etaient trouves une place sur le toit dudit bus, gracieusete des sacs de carottes et cie. Malgre nos covers de pluie, chaque morceau de vetement possede s'est merite une douche. En arrivant a Kratie, les enfants jouaient dans le lac qu'etait devenue la rue du marche. Ca augurait pas si bien pour voir des dauphins. Le lendemain matin, a 7h pile, on s'est ramasses sur un bateau avec une dizaine touristes attrapes... Oui, on a vu quelques dauphins. A une vingtaine de metres du bateau, puisque ce sont des dauphins genes. Faut dire que j'ai dormi la moitie du temps, c'etait trop tot ;-) Mais en fait, cette ride de bateau sur le Mekong s'est averee assez impressionante. D'abord, on a vu des arbres immerges jusqu'aux feuilles, gracieusete de la pluie qui tombe depuis presque 6 semaines. Ensuite, on a pu voir le courant feroce du fleuve: a l'aller, avec le moteur a pleine vapeur, on n'avancait presque pas. Au retour, avec le moteur eteint, on aurait difficilement pu aller plus vite... Moi, ca m'a impressionne nettement plus que les dauphins ;-)
L'apres-midi, avec rien a faire a Kratie, on s'est diriges dans le seul cafe de la place tenu par un Americain de Chicago, l'homme le plus effemine, et le plus anti-Francais que la terre ait porte. On a quand meme bien ri avec lui, il etait soul comme une botte (comme chaque jour de sa vie, selon ses aveux), le cher homme a fait le tour du monde, il n'y a pas grand place ou il n'est pas alle... A la fin du repas, une Francaise a eu l'audace de se plaindre que ca avait pris 45 minutes avoir son repas, et qu'elle ne voulait pas payer. Elle en a eu pour son argent en postillons de la part du gars, qui a conclu qu'elle pouvait bien se plaindre, puisqu'elle etait Francaise... Et le tout, devant elle. Une belle scene!
Le lendemain, depart vers le Mondulkiri, province reculee de l'est du pays, ou on ne se rend qu'en pick-up ou en 4x4. C'est bien ce qu'on a fait. Apres s'etre fait deposer a Snuol, village rural ou le marche et le depotoir public ne sont qu'une seule et meme place (on l'a bien explore, on a eu 3 heures d' "escale"...) on a embarque dans la cabine du 4x4 sense nous faire parcourir le chemin restant en 4 heures. Seul probleme: dans ladite cabine, on etait 9 dans ladite cabine. 2 personnes a l'avant, en plus du chauffeur, et a l'arriere, 4 adultes et 2 enfants, dont un ecrase sous le poids d'une des personnes a l'avant. La mere semblait peu s'en soucier... On a appris, ce jour-la, que quand, au Cambodge, on dit que c'est 4 personnes par siege, et bien les enfants ne comptent pas. On les rentre ou on peut. Rajoutez a ca quelques personnes dans la boite du vehicule, et l'image est assez impressionante, surtout qu'on avait aussi de quoi approvisionner les auberges et le marche du village ou nous allions; ils n'ont rien la-bas... La route, pas pavee, n'est pas tres comfortable, surtout aussi tasses. On aurait jure que le chauffeur, qui ne nous aimait pas beaucoup pour cause de douleur a ses oreilles, gracieusete de Catherine (elle avait raison, cette fois...) faisait expres de prendre CHAQUE nid-de-poule... Au bout de 3h, nous avons enfin atteint notre destination.
Le Mondulkiri, et sa capitale, Sen Monorom, ou nous restions, est la province la moins peuplee du Cambodge, avec 2 habitants par kilometre carre. Et ca parait. Le village compte peut-etre 2000 personnes, mais des qu'on sort de ses limites, il y a quelques maisons eparpillees, sans plus. La region se decrit comme une serie sans fin de collines tres vertes, parfois touffues, parfois pas, gracieusete, de nouveau, de l'agent orange des Americains. Pendant 3 jours, nous avons marche dans ces collines, pour aller voir des chutes d'eau (chutes, on s'entend, parfois pas plus que la hauteur d'une douche...), se promener dans les villages des minorites ethniques qui peuplent la region, explorer les temples et les ruelles du village, construit sur quelques collines et autour de 2 lacs. Notre auberge n'avait pas d'eau chaude (personne n'en a dans la province, on fait bouillir de l'eau et on se lave avec) ni d'electricite, a part entre 18h et 3h du matin. Cependant, la dame qui tenait l'auberge, se prenant pour la mere de chacun de ses locataires, nous traitait aux petits oignons. Bouffe incroyable, eau chaude a volonte, livree a la porte de notre bungalow, et autres accompagnements necessaires a de longues soirees, recolte a meme la region. Au moins, on a rencontre des gens super interessants, et on n'avait pas mal rien d'autre a faire que de jaser et boire avec eux pendant de longues heures, pour notre plus grand bonheur. Notre rencontre la plus enrichissante en termes de comprehension de ce pays a ete le principal conseiller financier du Premier Ministre... et du chef de l'opposition. Il nous a explique, de nouveau, a quel point le gouvernement etait infiniment corrompu a chaque niveau de la hierarchie, et nous a aussi dit qu'il en avait assez de se doucher a l'eau froide, donc qu'il se faisait construire un hotel avec eau chaude a 100m d'ou nous etions. D'ou vient l'argent? Les Cambodgiens ne posent pas ce genre de questions.
Malgre la mousson, et l'absence complete de routes pavees, nous avons aussi essaye, ecoutant mon orgueil, de louer une moto pour explorer la region. Quelle mauvaise idee. Incontrolable, la moto, dans les pistes de boue mouillee... Le seul fait de tourner le volant nous envoyait a la derive, Catherine par terre, moi essayant tant bien que mal de ne pas laisser la moto me tomber dessus. Apparemment, ca demande de l'experience, conduire dans ces conditions... Moto 1, Philippe 0...
Le mari de la proprietaire de l'auberge venant d'une des minorites de la region, il peut nous arranger plusieurs activites qui leur sont propre. N'en ayant pas eu assez de l'experience vietnamienne, nous avons decide de prendre un tour d'elephant. Mais cette fois, pas un petit tour d'une heure, a plat, autour d'un village. Nous avons passe 6 heures sur le dos de la bete, a grimper et descendre des collines, dans la jungle et dans la boue, la ou il n'y avait pas de sentier. C'est vraiment impressionant de voir cette gigantesque bete se deplacer sur un terrain ou nous ne marcherions pas, car c'est trop glissant... Il tate le terrain de ses pattes avant de marcher, se laisse glisser sur ses pattes arrieres quand c'est trop a pic. Seul probleme, ces betes sont des plus gourmandes. Chaque bambou, chaque palmier lui sert de repas, meme s'il lui faut 5 minutes d'efforts pour le deraciner! Malgre tout ca, ce n'est pas plus comfortable d'etre sur un elephant, surtout que la pluie ne nous a pas manquee, et que je n'avais, comme un imbecile, plus d'impermeable... :-| Apres 6 heures, on avait de la difficulte a marcher, tellement nos jambes etaient engourdies... Pendant le tour au complet, il n'y avait pas un etranger a l'horizon, khmer ou occidental, seulement des arbres et entre eux, les quelques maisons eparpillees de la minorite locale. Au milieu de collines isolees, on croisait parfois des femmes et des enfants, panier sur le dos, qui allaient cueillir, ou encore allaient ou revenaient du marche le plus proche. En gros, on a pu voir la vie de ces minorites, le niveau incroyable de pauvrete dans lequel ils vivent, au milieu de leurs animaux, dans des huttes en bambou et en paille. Plusieurs des villages ne sont meme pas accessibles par quelque route que ce soit. Ca se fait a pied, ou en elephant...
Enfin, quittant Sen Monorom a destination de Kompong Cham, 3e ville du Cambodge, nous avons decide de vivre dangereusement, et de faire la ruote de 4h a l'exterieur du pick-up. Cette idee a dure exactement 15 minutes, suite a quoi nous avons realise que la boite du camion etait pleine de gens (10 Cambodgiens) et de beaucoup trop de sacs, etc. Nous avons donc decide de rentrer dans la cabine, ou nous avons de nouveau passe 4 heures entasses comme des sardines, quoique seulement a 7, cette fois (pas d'enfants).
Quelle experience merveilleuse!

