Diving again

Trip Start Jun 16, 2011
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30
69
Trip End Nov 10, 2011


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Where I stayed
Phuy Quy 2

Flag of Vietnam  ,
Saturday, August 13, 2011

Me voici enfin en temps réel. Je suis dans ma chambre d'hôtel, à Nha Trang. Je ne suis plus dans ma suite (ouais j'ai pris une suite pour mon premier soir, non mais) mais dans une chambre très bien qui a quand même vue sur la mer, au 10eme étage et c'est beau. C'est super beau Nha Trang.

Retour rapide sur mon voyage. J'ai cru que ça ne finirait jamais... Ça a commencé le 8 au soir, avec un Brest - Paris. Le 9 après-midi, je décollais pour Saigon via... Doha mais aussi un stop commercial à Bangkok... L'enfer. Impossible de dormir (oui, moi, la narco des transports) et c'est donc épuisée et d'une humeur massacrante que je suis arrivée à Saigon en début d'après-midi. Là, un dilemme : aller à Con Dao ou à Nha Trang, sachant que Nha Trang était pour moi certain, car sur ma route vers le nord. Ce qui a penché pour Nha Trang, c'est d'abord la température prévue (il y fait une trentaine de degrés contre seulement 23 à Con Dao) et aussi le fait que je pouvais prendre un vol le jour même alors que je devais attendre le lendemain pour Con Dao. Et vraiment, vraiment, je me voyais pas aller à Saigon et revenir à l'aéroport le lendemain. Ce qui est fait n'étant plus à faire, je me suis illico réservé un vol qui partait à 20h et j'ai squatté à l'aéroport en sirotant du café et en fumant des cigarettes, à la Jarmusch.

Pour le coup, j'ai bien dormi dans l'avion, j'ai fait que ça d'ailleurs, morte de fatigue un 10 aout au soir avec un bon 28h sans sommeil dans les pattes. J'ai également bien écrasé l'oreiller dans le gigantesque plumard de ma suite... Jusqu'à midi le lendemain.

Après avoir changé d'hôtel, mes préoccupations ont été de... Prévoir la suite de mon voyage, trouver un club de plongée pour le lendemain (oui !), me faire masser et... L'idée débile du jour : me faire faire une manucure / pédicure. La manucure, la veille de plongée sous marine, c'est une riche idée, je confirme...

Après une super bonne Pho chez Pho 24 (une chaîne de fast food vietnamienne, sans doute en France dans pas longtemps ! Coooool !), je rentre me coucher... Après tout, demain je plonge et je suis pas du tout rassurée. Je pense à Ismail tout le temps, il occupe tout mon temps dans ma tête. Je pense à nos - trop courts - moments ensemble, je revois son regard, son sourire. Je repense à nos discussions politiques, à nos fou rires, à ses mots. Et je le vois couler. Dans le noir. Je chasse cette idée de ma tête environ 50 fois par jour.

De retour à l'hôtel, je me couche et tente de dormir. En vain. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit. Ismail est dans ma tête toute la nuit, je m'imagine en train de sauter du bateau le lendemain, équipée. Et je me vois couler aussi. J'arrive, épuisée, à dormir 1h quand le jour se lève et le réveil sonne. Crevée, j'hésite longuement à y aller. Je me trouve 10000 excuses. Je suis pas obligée d'y retourner si tôt. Je suis fatiguée. Je suis traumatisée, à quoi ça sert de forcer. Le Vietnam c'est pas génial pour la plongée, tu seras déçue. Et puis c'est qui ce mec ? OK il plonge depuis 20 ans mais bon, je le connais pas non plus. Etc... Et puis finalement je m'engueule, je me mets un coup de pied aux fesses et j'y vais.

Loc est vietnamien, trapu, baraqué, bourru. Mais il sait ce qui m'est arrivé et il sait ce que j'attends de lui. Il s'occupe de moi à bord, me montre de nouveau l'utilisation du matériel... Il sait bien que je n'ai aucunement besoin de ça, en temps normal, mais là, ça rassure. Comment ça marche les trucs. On s'équipe. Il saute du bateau, je le suis. Tout va bien. Ma stab est gonflée, je flotte en surface, pas de souci, tout va bien.

Il me fait signe qu'on va descendre. Je lui fais un OK. Je vide ma stab. Je descends. Et là... Horreur. Je vais mourir. Je vais me noyer. Au secours. Panique. Respiration d'une asthmatique en pleine crise, je me bouche le nez, je palme comme une débile, je remonte, je gonfle ma stab. Je peux pas. Je peux pas ! Je vais remonter sur le bateau.

Loc remonte à la surface, me regarde, voit mon angoisse, mes larmes, ma respiration effrénée. Il me fait signe que tout va bien. Il est calme, mais calme ! Il attend que je respire normalement de nouveau. Je me calme mais j'hésite. Nouvelle tentative ? Merde, je suis pas venue jusque là pour ça. Je décide d'essayer de nouveau. Même chose. L'horreur absolue. Je remonte en catastrophe et regonfle ma stab. Je pleure, j'enlève mon masque, je suis terrifiée.

Loc vient vers moi. Me prend par les épaules et me regarde droit dans les yeux. "Ça va aller, Nadege. Je suis là. Je ne bouge pas. Le bateau est là. Tu ne risques rien. Tout va bien se passer. C'est dans ta tête tout ça, tu as 46 plongées. Ce n'est vraiment pas un souci... Viens avec moi."

Il me laisse dégonfler ma stab une fois de plus. Je descends. J'ai peur comme jamais. Je me bouche le nez encore avec la main ! Le truc débile ! mais débile ! Mais j'arrive pas à lâcher mon nez... Je respire comme une folle. Loc me prend l'autre main. Et il se met à nager. Pas vers le fond. A l'horizontale, parallèle au niveau de la mer, à peut-être 2 mètres de la surface, pas plus. Et on nage. Toutes les dix secondes il me demande si ça va. Je lui fais signe que non, je suis morte de trouille. Il continue. Effectivement, je ne me débats pas pour remonter, j'affronte. Donc il ne remonte pas. Au bout d'environ 5 minutes, je repense à Darryl, un plongeur rencontré à Hurghada, formé par Ismail au Trimix. Il m'avait dit la veille : la mer te calmera si tu la laisses faire... Il ne pouvait avoir plus raison. A un moment donné, le sentiment de paix incroyable que la mer dégage et qui est notamment la PREMIERE raison de mon amour de la plongée, ce sentiment revient gentiment. Je me remets à regarder la mer non plus comme l'ennemie mangeuse d'hommes mais comme la berceuse, l'univers si calme et si tranquille que j'aime tant. Et là, la paix se fait en moi. Je regarde Loc, je lui souris et je lâche mon nez. Avec ma main libre, je lui fais un signe de OK. Il me sourit et lâche ma main. Et là on a commencé à descendre.

Une belle plongée à 20 mètres. Le site s'appelle "Madonna Rocks". Ironiquement, c'est plutôt dans le sens de la chanteuse Madonna car ce sont deux rochers en surface en forme des fameux seins pointus de Jean Paul Gaultier pour Madonna qui ont donné ce nom au site de plongée... Mais moi j'ai décidé que c'était "Madonna Rocks !" dans le sens, "La Madonne (religieuse), elle déchire sa race". Figurez vous que cette plongée vous emmène un peu en spéléologie sous marine... au milieu des cailloux et de ses couloirs. Moi la grande claustrophobe qui a peur de passer dans un canyon sous marin à ciel ouvert, moi je suis passée avec Loc dans des endroits où je passais à peine... Je pense vraiment qu'Ismail était avec moi sur cette plongée. Je ne sais pas comment j'aurais pu faire ça autrement.

Remontée sur le bateau, j'ai fondu en larmes. Les autres plongeurs ne comprenaient pas trop ce qui m'arrivait. Un jeune couple autrichien est venu me parler. Quand ils ont su l'histoire, ils n'en revenaient pas de mon "courage"... encore une fois ce qualificatif... Quand j'ai quitté mon Job, quand j'ai vendu mes affaires, quand j'ai quitté mon appart, quand je suis partie en voyage... C'est le qualificatif que l'on semble adorer me donner et... je ne comprends toujours pas pourquoi. Instinct, survie, évidence, injonction. Pas courage. Bref.

Loc vient me voir, vient debriefer, me complimenter sur ma technique de plongeuse - "you're very good under water" - et sur ma consommation d'air "ridicule" compte tenu des ratés du début... J'ai fini à 10 bars de moins que lui, autant dire rien. "i had a good teacher..."

1h plus tard, on plonge de nouveau, dans un joli jardin de corail. Pas l'ombre d'un problème, la paix instantanée. Merci Loc...

De retour sur le bateau et après le rituel habituel (café, clope, repas, soleil), je décide de prendre mon log book pour y rentrer les informations de mes plongées du jour. Et là.... Choc. Mon log book était terminé. Ma dernière plongée de ce log book était la 46eme, celle d'Hurghada, sur le bateau avec Ismail. Je n'en reviens pas. La page suivante était une page réservée pour les notes et... Sur cette page étaient les coordonnées d'Ismail, qu'il m'avaient données en 2008, lors de notre première rencontre, ainsi que ses recommandations en terme de matériel. Nom de Dieu de bordel de merde. Vous le savez, je ne crois pas au hasard. Et là j'ai pris une grosse grosse grosse claque. Mon log book était fini. Le chapitre était fermé. Il me fallait un nouveau log book... Un nouveau pan de Nadege la plongeuse. Sans Ismail dedans. En larmes. En sanglots. Mais avec un sourire aussi. Un sourire à ce je ne sais quoi qui s'efforce de m'envoyer des messages. Mais comment les interpréter ? Nouveau log book ou arrêter la plongée ? J'ose croire à la PREMIERE option car c'est seulement après avoir plongé de nouveau que je me suis rendue compte de tout ça... Et non à Hurghada après la 46eme où j'aurais pu faire ma fière et payer l'apéro pour fêter ça... Un truc de fou.

Avant de quitter Saigon, j'avais trouvé un club de plongée à Nha Trang, tenu par un français. Angel Dive s'appelle son club. J'avais trouvé le nom approprié et je lui ai écrit en lui racontant mon challenge. A mon retour de plongée, il m'avait répondu. Je suis donc passée le voir et ai réservé une journée de plongée avec eux pour le lendemain, c'est à dire aujourd'hui... J'ai passé deux plongées merveilleuses et... Le hasard n'existant décidément pas, Fred, le boss, m'a dit qu'il était désolé mais que la deuxième allait être de nouveau Madonna Rocks pour moi car il l'avait promise aux autres plongeurs... J'ai souri. What are the odds ? Me faire retourner sur la plongée terrifiante, juste pour me montrer que les choses ont changé. Retourner dans les boyaux de cailloux, juste pour me montrer que je peux le faire encore et encore. C'est merveilleux tout ça. Et cette plongée là était donc... ma cinquantième ! Alors oui, là, j'ai payé l'apéro.

Et je retourne plonger demain. Et toc. Le hasard qui n'existe pas est encore parmi nous. La première plongée s'appelle "Lighthouse" et c'est une plongée profonde (30-40m). La dernière lighthouse dont j'ai entendu parler, c'est celle de Daedalus, le site de plongée où Ismail est mort, site dont l'intérêt est un plateau à 40m, entouré de tombants qui descendent à 600m. On n'a pas les mêmes tombants au Vietnam et ici, 40m, c'est le fond. Mais quand même. Quand même.

Merci je ne sais qui. Mais je crois qu'on veille sur moi. Et j'aime à croire que c'est Ismail.

Nadege
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Comments

gil7429 on

Très émouvant ton texte. Bravo d'avoir vaincu ta panique, tes angoisses, tes émotions. Life must go on. Les épreuvent t'abattent ou te rendent plus forte ; merci de m'avoir indirecrement rassuré sur ton état. Bonne suite pour ton voyage. Bisous

LUDO on

je suis content que tu surpasses tes emotions et craintes.

tu ecris vraiment tres bien. et en plus, tu m as fait pleurer.

Gros bisous ptite soeur.
- enjoy pain while living, for death will not provide such pleasure.-

Grand Frere

Bergamotte on

Je suis heureuse de ton aventure et que la nouvelle page du nouveau chapitre du nouveau livre se soit deja ecrite. Bravo ma bichette!
PS: de quelle couleur etait le vernis? ;-)

nadegeb72
nadegeb72 on

Le vernis niqué sera bientôt en photo ! Merci pour vos commentaires. Chaud au cœur.

cotcot on

Je suis fière de toi, et bien sûr le hasard n'existe pas ....

As tu déjà entendu cette phrase :"elle agissait à contre coeur, mais de son plein gré" je trouve que ça résume pas mal tes décisions concernant tes plongées ...

cotcot on

... tu ne comprends pas pourquoi on te parle de courage ??? Tu sais que j'adore les dictionnaires et j'ai hérité de ma "douce mère" une merveille "dictionnaire des idées suggérées par les mots" et à "courage" on trouve :
bravoure, intrépidité,assurance, sang froid, aplomb, décision, fougue, audace, affronter, aller de l'avant, risquer, ne pas accepter les obstacles ....
Est ce que ça te convient mieux ???? Je trouve moi que ces adjectifs te vont bien !!!

supet-toutounet
supet-toutounet on

Vraiment tu écris super bien !!! Et même de mieux en mieux j'oserais dire.
S'il y en une qui ne crois pas au hasard c'est bien moi. Donc oui, un chapitre s'est tournée, oui tu es faite pour plonger encore, et oui Ismail est avec toi :)
Bises.
PS : désolée de mon retard dans la lecture mais pour une raison inconnue, je ne reçois plus les notifications quand tu mets a jour ton blog....arghhh... frustration...

Sly on

Waouh, je confirme... quel récit !!!!!

Suis en larmes ma chérie ! Je suis ravie de ces expériences et de ton bilan, suis fière de toi !

Et oui, on veille sur toi, n'en doute pas... Ismail aussi ;o)

Bisous mi amor

Mini me on

Ben moi je suis au Japon et jai vu pleins de poissons a laquarium d osaka.... cest mieux que rien et tu pourras venir avec moi plonger quand je m y mettrai !!!

nadegeb72
nadegeb72 on

Avec un peu de chance, Mini Me, et si mes rêves deviennent réalité, c'est même moi qui t'apprendrai...

supet-toutounet
supet-toutounet on

Ahaaa... maintenant je vois le plan... Super :) Et évidemment tu pratiquerais dans une ancienne carrière innondee du nord de la France...

nadegeb72
nadegeb72 on

:-))) quasiment ! Mais un tout petit petit peu plus au sud :-)

MINI ME on

Genial !!

TU me fais un prix ???? Pas cher ! pas Cher!

nadegeb72
nadegeb72 on

Hey, confonds pas instructeur avec patron de club mini me... Je pourrai pas te faire de prix mais... On va bien s'marrer ! :-)

mavonne on

plus qu émouvant !!!pas de mots !!!!!

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