Deux jours pas simples mais globalement biens !

Trip Start Jun 16, 2011
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Trip End Nov 10, 2011


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Where I stayed
White Sands Resort

Flag of Vietnam  , Binh Thuan,
Thursday, July 28, 2011

Je viens de passer deux jours à Saigon, dont le bilan global est plutôt positif malgré deux passages difficiles. Là, je suis dans le car qui m'emmène à Mui Ne Beach, à côté de Phan Thiet, où je vais passer (au moins) les deux prochaines nuits histoire de me remettre en mode calme. J'écoute Scott Matthews, l'album "Passing Stranger" que je vous recommande chaudement. Album parfait pour ce trip de nuit (20h - 1h) où la television vietnamienne qui passe est aussi bruyante que les touristes du car. Et encore une fois, je remercie mon casque Bose, ce partenaire indéfectible de tous mes voyages...

Un peu plus sur Saigon, et comprendre pourquoi j'ai besoin de calme... D'abord il faut que vous vous rendiez compte d'une chose, si vous n'avez pas voyagé dans ces pays là, c'est que les grandes villes sont épuisantes. Vraiment. Paris à côté, c'est une maison de retraite. Tout y est extrêmement bruyant, à commencer par le trafic. Il faut savoir que ces gens n'ont aucune règle de conduite mis à part que le plus gros gagne toujours. Le piéton est tout en bas de la chaîne alimentaire... Comme ils ne respectent aucune autre règle à part celle-ci (y compris le fait de rouler du bon côté de la route), c'est l'anarchie la plus totale et, en tant que piéton, c'est crevant, en tant que transporté par une moto taxi, c'est très stressant. Même le taxi est un peu stressant aussi car on a l'impression qu'il va s'emplâtrer un certain nombre de motards ou piétons ou cyclistes avant de te déposer... Vraiment pas de tout repos et surtout, cela ne discontinue pas, de 6h du matin jusqu'à 1h du matin... Alors oui, c'est vibrant, oui, c'est excitant mais ça m'a épuisée... J'ai trouvé Phnom Penh limite village vacances à côté, c'est dire...

Pour continuer sur le même thème, c'est dingue d'apprendre, en discutant avec des vietnamiens, qu'il y a 20 ans en arrière, une famille qui possédait une bicyclette chinoise faisait l'envie du quartier... Les changements survenus dans ce pays en 30 ans sont absolument hallucinants. Et si on y rajoute toutes les guerres qui ont duré en gros de 1945 à 1975 (sans compter l'invasion du Cambodge par le Vietnam pour mettre fin au régime des Khmers Rouges), franchement, c'est un truc incroyable l'histoire de ce pays. Tapez Vietnam dans Wikipédia... L'article anglais est mieux fait que le français, pour info. Rien que pour ça, on peut trouver toutes les excuses du monde aux vietnamiens pour être un peuple assez dur... Et encore, je les trouve plutôt joyeux eux aussi. Pas autant que les cambodgiens mais bon... Je suis vraiment scotchée.

J'en viens donc au premier moment très difficile pour moi, c'est la visite du musée des vestiges de la guerre du Vietnam (comprendre la guerre contre les USA). Je suis sortie de ce musée la gorge serrée, le coeur meurtri, et je me suis posée sur un banc. Là, impossible de retenir mes larmes. J'ai pleuré pendant un bon quart d'heure, toute seule. Les étrangers me regardaient bizarrement et... les vietnamiens me regardaient avec un espèce de demi-sourire attendri et gêné... J'en suis à me dire que les Khmers Rouges étaient des enfants de choeur à côté de ce que les américains ont fit subir aux vietnamiens. Vraiment. La composante la plus affreuse dans la période Khmer Rouge est de voir que c'est un peuple qui s'est entretué. C'est aussi en partie vrai pour les vietnamiens avec la scission nord/sud. Mais franchement, franchement, j'en ai vu des films sur la guerre du Vietnam. Je les trouve édulcorés par rapport à ce que j'ai pu voir dans ce musée. J'étais bouleversée.

Que d'inventivité de la part des américains (des hommes !) pour faire souffrir son prochain. Une ribambelle de mines anti-personnel différentes, histoire d'avoir un panel intéressant pour comparer, je suppose. Des armes de toutes sortes, des techniques de torture variées, de l'extermination pure et dure. Jeter des gens vivants des hélicoptères, massacrer des villages entiers, torturer à la pelle, bruler au napalm, verser des millions de litres de dioxine (le fameux agent Orange) qui encore aujourd'hui créent des enfants difformes, viables ou non, planter des centaines de milliers de mines qui tuent ou handicapent à vie encore beaucoup de gens aujourd'hui aussi.

Que penser, comment juger du travail des photoreporters qui, encapsulés déjà, à l'époque, avec l'armée américaine, faisaient la même chose que ce journaliste qui a photographié cet enfant africain mourant de faim avec les vautours qui guettent autour... Il ne s'en est jamais remis ce journaliste... Il s'est suicidé si ma mémoire est exacte. Se faire lui-même comparer à un vautour qui guette sa proie, c'est-à-dire la photo qui fera sa gloire, en capturant l'effroyable. De très nombreuses photos sont exposées dans ce musée, avec des témoignages accablés de journalistes qui ont arrêté des GI juste avant qu'ils exécutent une famille ou un homme ou qu'ils brulent un village afin qu'ils puissent photographier le big bang à l'envers, l'instant avant la fin ... Puis tourner les talons et surtout, surtout, ne pas se retourner quand ils entendent les coups de feu... Témoigner tout en laissant faire. Ne pas laisser faire mais se mettre en danger et ne plus pouvoir témoigner. Être un vautour. Malgré soi ?

Et que penser de ce peuple aujourd'hui ? Que pensent-ils de nous ? Des américains ? Je suis sortie du musée en me disant que si j'étais vietnamienne de 40 ans aujourd'hui, je détesterais les américains de toutes mes forces. Puis j'ai pensé à mon grand-père. Celui là même qui m'assenait un alors choquant (pour moi) "tout ça c'est du passé" lorsque j'évoquais les "sales boches", encore assez gamine. Du passé ? Comment peut-il être passé à autre chose ? Lui qui a connu la faim gamin à cause de 14-18, lui qui avait la vingtaine au moment de la seconde guerre mondiale, ainsi qu'une jeune femme et deux jeunes garçons. Comment pouvait-il pardonner les souffrances, les peurs, les privations, les humiliations ? Oublier. Se souvenir. Oublier ? Se souvenir ? Devoir de mémoire. Droit à l'oubli. Israël. Holocauste. Palestine. Injustice. Les mots clefs s'entrechoquent dans mon cerveau. Je suis larguée. Je ne sais plus rien. Je suis un vermisseau. Passer à autre chose. Tout en n'oubliant pas. Je ne sais plus. Avancer ? Quoiqu'il arrive ? Plus jamais ça ? A tout prix ? Israël... Palestine. Pffff. Chiale, ma fille, chiale. Que dire ? Quoi juger ? Circonstances atténuantes ? Lassitude énorme. Larmes. Encore.

Bref, vous voyez le genre. Je pense que j'ai également été submergée par toutes ces émotions parce que... j'étais seule ! Et je ne pouvais donc pas décharger cette émotion au fur et à mesure en la partageant avec une personne qui m'accompagnerait. Tant mieux. Il est vraiment bien que je sois seule. Cela me renvoie à certains tréfonds de mon âme et de mon coeur, cela me met face à mes contradictions, mes intolérances, mon intransigeance, la caricature de moi même que je peux parfois être. L'introspection fait son boulot, en douceur. Ou pas. Mais j'aime chaque instant. Même ceux qui font mal. Je n'ai jamais eu très peur de souffrir car je sais que qui souffre beaucoup est aussi capable de très grandes joies. J'ai peut être tort mais je recherche ces sensations fortes. Buddha, qui - il me semble - prône le détachement de ces émotions là... Je comprendrai peut être davantage au cours du voyage l'intérêt de ceci. Mais moi, pour le moment, je veux ressentir profondément les émotions. C'est ce qui me rend vivante, je crois.

J'ai davantage de mal avec la souffrance physique. Et c'est le deuxième passage difficile... Ceux qui me connaissent savent pourquoi. Mais j'ai en gros passé presque 24h à souffrir affreusement. Soit pliée en deux de douleur, à pleurer, misérable, dans ma chambre d'hôtel, sans pouvoir dormir, suant à grande eau dans une chambre sans A/C, rageant de frustration, soit crevée et agonisante de douleur, devant pourtant me lever, me doucher, faire mon sac, aller à la poste (les employées sont même venues me voir pour me demander si je voulais une ambulance tellement elles avaient pitié de moi, recroquevillée, en larmes, en attendant mon tour)... La douleur a fini par passer vers 14h30 ce jour...

Heureusement ! Parce qu'à 15h j'entamais une après-midi fabuleuse ! 3h de cours particuliers de cuisine vietnamienne ! J'ai moi-même choisi les recettes. Et je vais tout déchirer... A mon grand bonheur, je sais maintenant faire la salade de papaye (ouais je sais c'est thaïlandais !!) et merci à Nath L. pour m'avoir fait découvrir ce plat un jour à Genève ! Une merveille ! Au grand bonheur de papa, je sais maintenant faire les "cha gio" (prononcer "tchia yo") et ils étaient délicieux ! Au grand bonheur de maman, je vais enfin pouvoir répondre à une de ses questions existentielles : comment rouler ces maudits nems ?! Et au grand bonheur de beaucoup de personnes, je sais maintenant faire... la Pho au poulet !! Un régal d'après-midi, à apprendre plein de trucs, à rigoler, entourée par de vrais pros... Attendez les photos ! La grande classe je vous dis !

Autre que ces événements, du shopping en pagaille et un envoi de colis à ... Papa ! (merci papa d'être pompier volontaire !). Des théières, du thé, des decos murales, quelques petits sacs et une vieille affiche de propagande ! Bon, presque 8 Kg quand même... Et les mecs à la poste sont des pros de l'emballage. Aux petits oignons... Ravie.

Voilà. Je suis donc dans le bus. Finalement, quitte à me la jouer touriste de base, qui fait l'itinéraire de base, et ben tant pis, c'est moins prise de tête... J'ai pris open ticket de Saigon à Hué et je peux m'arrêter dans toutes les villes entre les deux, le temps que je veux, du moment que je reparte de la même ville... Donc en gros Mui Ne, Dalat... Et le reste je vous dirai après :-p

Saigon me laissera le souvenir d'une ville serpent, qui est en train de muer. Les grues, les gratte ciel, les vieux immeubles, les Klaxons, les voitures, les deux roues, le commerce le commerce le commerce ! Vibrante et touchante Saigon. A un de ces jours insha'Allah.

Nadege
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Comments

gil7429 on

Merci de m'avoir donné un n° de tél grace auquel j'ai pu te parler avant de lire l'entry 21. J'ai eu mal avec toi, à ta douleur physique mais surtout à la lecture de tes réactions, témoignage de ta sensibilité exacerbée ... mais comme je te l'ai dit c'est aussi pour cela que je t'aime. Essaie de ne pas soufrir pour les autres, penses à toi, continues à te construire une vision plus élargie du monde, c'est le but principal de ton voyage, non ?

LUDO on

wow..too much on this one.....

nadegeb72
nadegeb72 on

What do you mean bro ?

supet-toutounet
supet-toutounet on

Oulallalalala....moi qui avait pris l'option déconne sur ton blog, tu me laisses bien embarrassée :)
Au final, je suis d'accord avec ton papa : essaye de ne pas trop souffrir pour les autres. Et vraiment je ne dis pas çà en donneuse de leçons genre "j'ai mieux compris la vie que toi". Au contraire, j'ai été dans tes chaussures bien des fois... Et quand je suis partie de Colombie, je me suis faite la promesse de ne plus jamais vivre dans un pays pauvre : les premiers a payer ce sont toujours les mêmes, les plus faibles : les enfants, les femmes, les vieux, les pauvres, les indiens, les noirs, les métis, sans parler des animaux... C'est tout simplement insupportable...
Conclusion : vive le shopping a Saigon et les écouteurs Bose :}

nadegeb72
nadegeb72 on

Vaste sujet... Je suis d'accord avec vous sans l'être. 

D'abord je ne suis pas d'accord parce que je pense que c'est important de ne pas se voiler la face et de voir les choses pour ce qu'elles sont... Cela permet, je pense, de se donner une ligne de conduite dans la vie. En tout cas pour moi. Cela permet aussi de relativiser beaucoup de "problèmes" que nous avons, avions, pourrions avoir (putain, fais chier, y'a pas de jus de pamplemousse, hahaha !). Je me souviens de cette nana, la débile du département TV de l'EBU, qui m'exposait son drame du moment à mon retour de Palestine : "j'en peux plus... JE N'EN PEUX PLUS ! Ça fait au moins 20 magasins de chaussures que je fais, impossible de trouver des bouts carrés ! Pfffff ! Je vais péter un câble !"... Et moi de lui rétorquer qu'effectivement elle avait de vrais problèmes dans la vie et que je lui souhaitais que sa vie continue d'être aussi "insupportable". 

Là où vous avez raison, c'est que ce genre de constat crée invariablement un sentiment de culpabilité qui n'a pas lieu d'être et aussi un sentiment d'impuissance qui me met dans des états de tristesse absolument indicibles... Qui n'ont pas non plus lieu d'être... Mais je ne crois pas que ces états persistent. Ils s'intègrent dans mon tout et des synthèses en ressortent. Mes réactions sont vives sur le moment mais elles se calment rapidement. En revanche, des résolutions sont prises : je n'achète pas aux enfants car, comme me le disait un type assez agressif à Phnom Penh, plus on achètera aux enfants dans la rue, plus il y aura d'enfants dans la rue. De même que les combats d'enfants en Thaïlande n'existent que parce qu'un public existe... De même que le trafic de drogue existe parce qu'une clientèle existe... De même que les fabricants d'armes prospèrent car les clients sont au rendez-vous !

Tout ceci pour dire que j'ai des passages à vide dans ma vie (groooooosse déprime) mais que globalement je bénéficie d'une aptitude au bonheur plutôt largement supérieure à la moyenne... Je ressemble en cela à ma mère spirituelle, ma cot cot, qui, comme disait sa mère, a un "grelot dans le ventre". Les petits bonheurs nous ravissent et un rien nous émerveille. Nous avons que le bonheur n'est pas un état mais une succession de Polaroïds qui, merci mémoire d'éléphant, sont accessibles à n'importe quel moment et ramènent le sourire dans les moments gris. Nous savons que ces états sont fragiles et c'est aussi pour cela que nous en voulons beaucoup à ceux qui gâchent cela avec des broutilles, des détails, qui pourraient être si simplement balayés du revers de la main s'ils regardaient l'image dans son ensemble. C'est pour ça que les gens qui se plaignent tout le temps nous sont insupportables. C'est pour ça que ça nous met dans des états d'agacement profond. Parce que nous n'arrivons pas encore (et sans doute) jamais à comprendre que ces gens là qui exposent leur mécontentement en permanence n'y accordent pas plus d'importance que nous mais c'est juste "histoire de le dire"... Cot cot et moi, dans ces cas là rétorquons : alors pourquoi le dire si ça n'a aucune importance ? Parce qu'en le disant, cela touche les gens autour et vient pourrir le Polaroïd...

Bref. Vaste sujet. Je l'ai à peine effleuré mais je pense que vous voyez le dossier :-)

LUDO on

au fait pour ce qui est des photographes de guerre et d atrocites...voici ma position :

sans eux on n aurait pas le choc des photos. alors que ceux qui les traitent de vautour fassent qq chose au lieu de rester planter devant leur ordi, leur tele car ils savent maintenant que ca existe alors qu ils aillent EUX au darfour et autres...faire quelque chose d autre que des photos.

nadegeb72
nadegeb72 on

Je sues bien d'accord avec toi frangin... Je pense juste à ces journalistes qui témoignent par leurs photos mais qui restent incapables de changer l'horreur qui se déroule sous leurs yeux. Cela doit être absolument terrible pour eux. Surtout si en plus ils se font traiter de vautours... comme s'ils ne culpabilisaient pas assez comme ça. Enfin je pense. Cela me rappelle ma parabole préférée : le colibri.

Un jour un immense feu de forêt se déclenche et tous les animaux se mettent à prendre la fuite. Ils courent tous éperdument, essayant d'échapper aux flammes. Un renard est egalement en train de fuir quand il voit un colibri qui s'évertue à aller à la rivière, prendre un tout petit peu d'eau dans son tout petit bec de colibri et aller le verser au dessus du feu et il n'a de cesse que de faire des aller retour successifs. Le renard s'exclame : "mais tu es complètement stupide mon pauvre colibri ! Tu crois que tu vas réussir à éteindre le feu de cette manière ?". Le colibri lui répond : "je sais bien que non, mais je fais ma part".

C'est de loin ma parabole préférée. Il ne faut pas regarder l'immensité de la tache qui décourage. Juste se concentrer sur ce que l'on peut faire ici et maintenant. Avec un peu de chance, notre détermination et notre courage seront une inspiration pour les observateurs qui, à leur tour, se mettront à faire leur part. Mais il y aura toujours des renards pour nous dire qu'on est stupide. Peu importe, les chiens aboient et la caravane passe.

cotcot on

Ma toute belle, ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai pris connaissance de ton exposé "de philosophie cotcotienne" (??? ce mot, ô surprise ! est refusé par mon ordi !!!!) et je suis ravie, enchantée et surtout touchée de voir combien tu as assimilé ma manière de voir la vie ! merci ... et, sans une citation, ce ne serait pas du "Cotcot", voici donc :"un héros est celui qui fait ce qu'il peut" Romain Rolland (voir la rubrique "colibri")

nadegeb72
nadegeb72 on

Mais un immense "de rien" ma Cot Cot ! Heureusement que tu es là, que tu existes. Merci à toi de remplir si bien le rôle que tu t'es auto-assignée. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. Merveilleuse Cot Cot !

mini me on

Tu fais du placement de produit ou quoi ?

nadegeb72
nadegeb72 on

??? J'ai beau chercher, je trouve pas ! La référence à Scott Matthews ??

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