Le jour le plus long

Trip Start Jul 10, 2011
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11
15
Trip End Jul 25, 2011


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Where I stayed
Hotel Amerika Inc.

Flag of Honduras  ,
Wednesday, July 20, 2011

Dîner au Parque Colonial, petit restaurant collé à la cathédrale, dans un bric-à-brac invraisemblable qui ne risque pas de soulager mon mal de crâne. En vrac : une reproduction du Baiser de l'Hôtel de ville, Star Trek, une affiche "Chicago", Boulevard of broken dreams avec James Dean, des verres bougeoirs avec des pieds de 30cm et de vieux vinyls - j'arrête là mais il y a encore beaucoup à décrire.

Je suis finalement arrivé à Comayagua après près de 13h de voyage, et j'ai bien cru ne jamais y arriver. Dès le premier bus, Esteli-Ocotal, j'ai compris que ça serait long. Chicken bus surpeuplé, je tiens un enfant, la jeune Sonia Belen, sur mes genoux, que j'échange avec le panier de provisions de ma voisine quand la mère, debout dans l'allée, souhaite qu'elle en hérite. Impossible de lui céder ma place, impossible de bouger tout court. A Ocotal, je rate la correspondance pour Las Manos d'une minute ou deux et attend une bonne demi-heure dans cette gare poussiéreuse. Deuxième bus people de la journée, je sympathise avec ma vieille voisine le temps de rejoindre la frontière.

La frontière est en vue, le no man's land n'est à cet endroit qu'un bout de route de quelques dizaines de mètres gardé par un homme en armes de chaque côté. J'arrive au guichet nicaraguayen, fait tamponner mon passeport et me faufile de l'autre côté. Il faut quelques minutes pour retrouver les formulaires d'entrée pour les étrangers, qui n'a pas servi depuis un Anglais passé la veille. Les fonctionnaires honduriens ne sont pas pressés, mais en contrepartie, le militaire n'est pas vraiment curieux : savoir que je suis Français et que je vais au Honduras (où voulait-il que j'aille ?) lui suffit apparemment. Je monte dans un nouveau bus et attend à nouveau 25 minutes qu'il prenne la route de El Paraiso : 12km à un train de tortue, un demi-heure pour les couvrir. 

A El Paraiso, je crois être sorti d'affaires quand j'attrape un minibus d'allure moderne, supposément direct pour Tegucigalpa (Tegus, disent les locaux) - "reporta si deja subir pasajeros en la carretera". En fait, il s'arrête continuellement. Les paysages montagneux sont splendides depuis le matin mais ça ne change rien : l'heure tourne.

Tegucigalpa enfin : un incroyable bordel. Ca ne m'étonne pas que l'archevêque soit papabile : le mec qui est archevêque d'un truc pareil peut bien faire n'importe quel job. Ca monte et ça descend dans tous les sens, des ruelles au pavé à peine joint, c'est un chaos absolu, ça fume de partout dans une chaleur moite qui s’accommode mal à la ville - bref, c'est l'enfer. Je saute du bus pour monter dans un premier taxi qui me dépose au bout d'un trajet interminable à un terminal qui ne dessert pas Comayagua. Cramponné à mon sac comme rarement, je ressors et me fais déposer un peu plus bas, sans plus de chance. Le troisième essai est presque le bon, si le bus n'étais pas en panne et que nous finissons par nous retrouver à bord d'une autre compagnie avec uen bonne heure de retard sur l'horaire prévu. Il est sans doute 16h passée, je suis parti à 5h du matin de l'hôtel. Si on ajoute à cela que le Honduras a décidé de refaire toute la Panaméricaine en même temps et que le trajet pour Comayagua s'éternise, j'en conclus que je suis passé tout près des fourches de l'enfer. 

L'America Inc. fait presque figure de havre de paix après cela. Le réceptionniste me facilite la tâche, je n'étais pas en train pour les négociations : "La chambre est à 450 Lempiras, je peux vous la faire à 380L et même à 300L, d'ailleurs. C'est d'accord ?". Oui, d'ailleurs il fait nuit dehors, je n'allai pas repartir... L'hôtel est vide comme la ville et l'ambiance un rien pesante. je marche d'un bon pas pour couvrir les 2 pâtés de maison qui me séparent de la plaza central et me réfugier auprès d'une bière Port Royal fraîche. Il n'empêche que le Honduras fait partie de ces pays qui préfèrent des matchs amicaux de la pré-saison de base-ball plutôt que la Copa America, ce qui me gâche un peu mon plaisir. Le base-ball est vraiment un des sports les plus cons que je connaisse.

Le Honduras respire l'Etat policier, avec des hommes armés partout et la police qui patrouille à tout bout de champ, un fusil à pompe à la main. Je me demande à quel point la peur engendre la peur, et l'envie d'ordre. Je préfère traiter cette question dans le lit parfaitement inconfortable et la moiteur de ma chambre d'hôtel. Ca ne valait pas plus de 300L.
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