Ascension du Huayna Potosi

Trip Start Oct 08, 2010
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Trip End Jul 05, 2011


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Flag of Bolivia  , La Paz,
Tuesday, May 24, 2011

Le Huayna Potosi est une montagne proche de La Paz, culminant à 6088m de haut. Les 6000m les plus faciles du monde sont sans doute ceux du Sud Lipez, vers Uyuni : pas de neige, accès routier jusqu'à parfois plus de 5500m... Le Huayna Potosi est peut être le 6000m enneigé le plus simple du monde, dans le sens où il ne faut aucune technique spéciale, juste une bonne condition physique.

Comme je l'ai dit plus haut, traditionnellement, les agences proposent l'ascension en 3 jours (deux pour ceux qui savent utiliser piolet et crampons) :

1er jour : transport au camp de base (4700m) et ascension jusqu'au haut-refuge (5200m)

2e jour : pratique du piolet et des crampons sur un glacier

3e jour : réveil à 1h du mat, départ à 2h, ascension jusqu'à la cime, redescente dans la journée et retour à La Paz.

Shaul nous proposait de partir à 20h de La Paz, gravir les 500m de dénivelé entre le camp de base et le haut camp de 22h à minuit, se reposer 2h, et monter à la cime de nuit, pour redescendre dans la journée. Il nous avait dit que c'était très faisable. On aurait peut-être du réfléchir avant d'accepter.

Notre point fort : après le trek dans la cordillère Apolobamba, on était acclimatés.

Nos points faibles : ce même trek nous avait fatigués, et on n'avait pas bien récupéré. De plus, on n'avait jamais utilisé des crampons et des piolets.

A 20h, on s'est donc rendu chez Shaul. A noter qu'on a payé 530 Bs par personne là où toutes les autres agences que j'ai vues demandaient entre 750 et 1400 Bs (bon ça dure plus longtemps aussi). Toujours aussi sympa, Shaul nous a proposé de manger avant de partir. On a embarqué plein de barres de chocolat, et des sandwiches au thon.

Notre guide s'appelait Rogio, et devait avoir entre 40 et 50 ans. A 20h30, on est monté dans sa voiture, et il nous a conduit jusqu'au camp de base (campo bajo). J'étais assez anxieux. Je ne savais pas si je serais capable de monter jusqu'à la cime. D'un côté je me disais que j'étais déjà monté à 5950m au Licancabur, et facilement. En plus, je sais que dans l'effort physique, mon mental peut débloquer des réserves d'énergie si j'en ai besoin. D'un autre côté, je me sentais un peu stressé par la nouveauté (monter avec piolet et crampons), un peu comme avant le CAPES.

On est arrivé au « campo bajo » à 22h, 4700m d'altitude ; il faisait nuit noire. Je n'avais que mon petit sac de 20L, le gâteau d'anniversaire de Marion occupait la moitié de la place ! J'avais pourtant plein d'autres trucs à trimballer : crampons, paire de chaussure de marche sur glace, piolet, habits chauds etc.

On a commencé l'ascension à 22h05, avec nos lampes frontales sur la tête. Le chemin était plutôt pénible, on a donc joué à un jeu débile avec Marion : partant d'un mot (Bolivie dans notre cas), il fallait trouver uun mot chacun, ayant un lien avec le précédent. De « Bolivie », on est arrivé à « salar » en passant par une bonne centaine d'intermédiaires.

A 23h45, après 500m de dénivelé, on arrivait au refuge (campo alto). Altitude : 5200m. Il y avait une dizaine de personnes qui dormaient à l'intérieur, des clients d'autres agences et leurs guides, montés un ou deux jours plus tôt. La règle est d'avoir un guide pour deux personnes, jamais plus.

On a attendu un quart d'heure à l'extérieur pour ne pas les réveiller en rentrant. C'est là que minuit est passé, et que Marion a pris un an...

A 00h10 on en a eu marre d'attendre alors on est rentré silencieusement. Il nous fallait attendre 1h30 pour partir à l'ascension du sommet, c'était horrible parce qu'on avait envie de dormir, mais il fallait résister !

Vers 00h40, les dormeurs du refuge se sont réveillés pour prendre leur petit-déj. Je me sentais encore stressé, surtout quand je voyais ces randonneurs qui venaient de bien dormir et qui étaient arrivés là deux jours plus tôt ! Déjà que je stressais pour moi, je me demandais si Marion allait tenir le coup... Même en admettant qu'elle ne soit pas malade, ce qui était rare ces derniers temps, cette montagne était un sacré challenge. Et le problème de cette ascension, c'est que si un des deux abandonne, tout le groupe doit redecendre, le guide ne laisse pas ses clients éparpillés...

On a commencé à se préparer vers 1h : mettre les grosses chaussures de plastique, les multiples couches de vêtements (j'avais un pantalon de trek, un pantalon de polaire, un t-shirt, un pull en micropolaire, une salopette waterproof sur le tout, ma veste waterproof doublée micropolaire, une cagoule, un bonnet, des gant en laine, des sur-gants waterproof...

Vers 1h50, on est sorti du refuge. Le glacier attaquait immédiatement. On a mis nos crampons, nos casques, nos frontales, on s'est encordé, et on est parti. Nous étions une des dernières cordées à partir. On voyait les lumières des frontales de 4 ou 5 autres cordées, plus en hauteur.

Il nous fallait donc passer de 5200m à 6088. Je prévoyais de monter les 500 ou 600 premiers mètres sans problème, et de finir avec le mental. J'avais tort.

L'utilisation du matériel était hyper simple et ne nécessitait vraiment pas un jour d'apprivoisement. Marcher avec des crampons est on ne peut plus naturel (c'est super cool d'ailleurs !), et on ne se servait du piolet que comme bâton de marche (la pente était assez douce). Il fallait juste faire gaffe à ne pas s'emmêler dans la corde, et à ne pas y marcher dessus avec les crampons (ça l'abîme vite !).

Au bout de 40 minutes de marche, on a demandé à Rogio à quelle altitude on était. 5300m. Je n'arrivais pas à y croire : seulement 100m gravis en 40 minutes ! Il nous avait annoncé 5h de montée, pour 900m de dénivelé, donc si on fait le calcul ça se tient, mais c'est laborieux...

Dès 5500m d'altitude, j'ai commencé à me sentir faiblichon. On n'allait pas si vite que ça pourtant. Peu après, j'ai compris l'origine de cette faiblesse : j'ai commencé à ressentir des fortes douleurs de ventre. J'ai craché les feuilles de coca que je mastiquais jusque là, leur goût m'écoeurait. Vers 4h du mat, j'ai été obligé de demander un arrêt toilette, étant à ce moment sûr d'être victime d'une sale diarrhée. Enfin « arrêt toilette » est une expression formelle pour décrire la scène. Je vous laisse imaginer un mec portant deux pantalons, une salopette et un baudrier, et surtout, encordé à deux autres, aller chier dans la neige en pleine nuit avec son casque et sa frontale.

J'avais l'impression que toute mon énergie s'était envolée. J'alternais nausées et mal de ventre. Et il restait 500m de dénivelé !

Marion, elle, tenait le coup. Je continuais à grimper, pas après pas, utilisant déjà mon mental à fond alors qu'on était si loin du sommet ! Je ne voulais pas abandonner, Marion avait l'air bien partie pour atteindre le sommet. Si j'avais été seul avec le guide, je ne suis pas sûr que j'aurais continué. Et puis je trimballais un gâteau d'anniversaire dans mon sac, l'idée d'allumer ses bougies au sommet me motivait à continuer !

Que dire de plus sur cette montée ? C'était long... J'osais rarement demander l'atitude au guide. A chaque fois que je le faisais, ça me foutait un coup au moral, on allait super lentement. J'ai du retourner deux fois aux toilettes. J'avais moins mal au ventre sur le moment, mais je me retrouvais sans énergie. A 5700m je n'en pouvais vraiment plus, j'étais presque sûr de ne pas pouvoir atteindre la cime. Marion m'a donné des médicaments (elle se baladait avec un attirail digne d'une pharmacie) et des encouragements, il fallait bien ça pour trouver la force de repartir pour 400m de dénivelé !

De la lumière commençait à apparaître à l'Est. C'était peut être 5h30 du mat, je ne sais plus.

J'ai trouvé une technique me permettant d'avancer plus facilement : respirer comme un boeuf. 1 respiration par seconde, super profonde. J'avais des passages où je pouvais marcher 5 minutes avec pas mal d'énergie. Quand ces moments s'achevaient, je criais « pausa ! » en m'effondrant sur mon piolet. Vers 5800, avec ma nouvelle technique de respiration, ça allait mieux. C'est vers 5850m que Marion s'est froissé un aducteur. La côte était très raide, c'était douloureux, elle avançait lentement. Le soleil s'est levé à 6h45, sur une mer de nuage magnifique. enfin une récompense à cette douloureuse ascension nocturne ! On aurait dû être au sommet pour voir ce lever de soleil, on était en retard.

Tous deux mal en point, on a continue l'ascension. Arrivés à 6000m, on a croisé les autres cordées qui redescendaient. Il était environ 7h30. On était dans un état d'épuisement total. Je ne savais pas si j'avais faim ou pas, soif ou pas. De toute façon, l'eau avait gelée dans ma bouteille, ce qui réglait une des deux questions. Il nous restait quelques dizaines de mètres de dénivelé, pour atteindre le sommet, il fallait marcher sur une corniche dangereuse. Le guide n'était pas très chaud pour nous y amener, vu mon état (« te veo muy enfermo, no sé si es una buena idea » qu'il m'a dit) et le soleil qui commençait à rendre instable la neige de la corniche. Mais bon, on était pas arrivé jusque là pour renoncer !! On a marché le long de cette corniche, effectivement impressionnante : 40 cm de large, et un trou de plusieurs centaines de mètres de chaque côté. Mêmes les 10 derniers pas étaient difficiles, on se demande si on va réussir à les faire ! On s'est enfin affalés sur la pointe du Huayna Potosi, trop fatigués pour sourire. Il nous a fallu un petit moment pour extérioriser notre joie ! J'ai enfin pu sortir le gâteau, et laisser Marion souffler ses 2,3 bougies (enfin, avec le vent et le froid, je n'ai réussi à en allumer qu'une seule).

On est resté 20 minutes au sommet, le temps de manger le gâteau et de contempler le paysage époustouflant. On ne voyait que les cimes des plus hautes montagnes dépasser de lamer de nuages.

A 8h05, on a redescendu la corniche. La descente jusqu'au refuge a duré 2h et m'a épuisé. Il fallait bien planter les crampons à chaque pas, et pour cela, il fallait énormément faire fonctionner les quadriceps, ce qui fatiguait tout mon corps.

Vers la fin, je mourrais de chaud avec toutes mes épaisseurs. Je me suis écroulé dans la neige 50m avant le refuge, pour me refroidir, et parce que j'étais incapable d'avancer plus. Je pense que je n'ai jamais été aussi épuisé de ma vie. On venait de faire une véritable nuit blanche, mais au lieu de boire des bières et faire la fête comme dans la plupart des nuits blanches, on venait de monter sur un pic de 6088m. On avait marché de 22h à 10h, avec juste une pause de 2h. Malade, en plus.

A 10h15, j'ai réussi à regagner le refuge. Marion allait bien elle, elle avait fait exprès de réduire son rythme pendant toute la descente, pour m'attendre. Dire que 12h plus tôt, je m'étais donné plus de chances qu'elle d'arriver au sommet !

Au refuge, j'ai mangé un morceau. J'étais trop fatigué pour parler aux gens, Marion discutait avec des Français.

Vers 11h, on a attaquait la descente sur le refugio bajo. C'était une descente pleine de rochers. D'habitude j'adore ça, mais là je descendais maladroiement, je n'étais pas agile pour un sou. Marion avait mal au genou. On mourrait de soif et on n'avait plus d'eau.

Vers midi, on est enfin arrivé en bas. J'ai acheté une bouteille de soda, mais je n'ai pas eu la force d'ouvrir le bouchon. Marion non plus. Je l'ai passée à un jeune de 25 ans à l'air sportif, qui venait de grimper le HP. Echec. Je l'ai rendu à la vendeuse de 60 ans en lui disant que je n'arrivais pas à l'ouvrir. D'un tour de poignet, elle a fait sauter le bouchon. J'étais sidéré...

Une voiture commandé par Rogio nous attendait. A propos de Rogio, il restait sur place pour grimper le HP le soir-même, une nouvelle fois. A 45 ou 50 ans. Comment il fait ????? La voiture a mis 1h30 pour nous ramener à La Paz.
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Comments

Cécile de St Ju on

C'est pas bien, de ne pas écouter son guide...

Cécile de Ouaga on

Wahou Florent, tu l'as fait. C'est super ! Comme quoi avec un peu de volonté on peut gravir des sommets. Mais c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire... Félicitations, vous pouvez être fiers de vous et vu les belles images ça vaut le coup d'en "avoir chier" un peu.
En route vers d'autres cimes.
Bisous

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