Chasse, pêche et traditions
Trip Start
Dec 11, 2011
1
10
12
Trip End
Mar 21, 2012
A Samarinda, on se remet de nos 20 heures attroces de voiture. Dans cette grosse ville située juste au-dessous de l'équateur (franchit lors de cette fameuse nuit), on tente en vain de se prélacer dans les rues bruyantes. Un guide, Dennis, nous aborde et finit par nous convaincre d’une excursion de 3 jours chez les Dayaks, peuple autochtone de Bornéo, les premiers venus de tout l’archipel Indonésien, qui vivent dans l’une des dernières forêt équatoriale de la planète. Bien qu’on ne soit pas fan des guides, de part le manque de liberté et surtout pour le prix (3 millions de roupies pour 3 jours soit 260 euros, bien plus que notre budget habituel), on se dit cette fois-ci que c’est la bonne occasion de vivre quelquechose de particulier en dehors des sentiers touristiques classiques. Et en plus d’être sympa, Dennis parle très bien anglais, ainsi que la langue Dayak, indispensable pour communiquer avec eux.
Retour aux racines....
Départ en ce samedi 11 février avec 4 heures de bus en remontant la rivière Mahakam qui prend sa source au centre de Bornéo. On continue ensuite notre chemin en bateau, ou plutôt en grosse barque nommée « ces » (tchèss), propulsée par un moteur de tondeuse. 3h de traversée, d’abord sur la rivière puis sur une espèce d’immense lac envahie de grandes herbes. Nous traversons des villages entièrement construits sur pilotis, accessibles uniquement en bateau, n’ayant pas une seule parcèle de terre ferme. On s’enfonce ensuite dans un bras de la rivière au milieu de la forêt où à part un hammeau de 4-5 maisons on ne rencontre que des singes. On parvient enfin à la maison de la famille qui nous accueille pour 2 nuits.
On pensait arriver dans un village comme nous avait dit le guide mais c’est en fait une seule maison perdue entre la rivière et la forêt où vit cette famille d’une dizaine de personnes et autant de poules, avec des singes pour seuls voisins. Nous qui voulions du dépaysement, nous voilà servis !! Ces gens vivent complètement à l’écart du monde, n’ont même pas de carte d’identité, la plupart ne sont jamais allés plus loin que le village d’à côté, et pas un n’a déjà mis les pieds à Samarinda la grosse ville de la région. Ils ont tout de même une télé fonctionnant grâce au groupe électrogène le soir et les jeunes ont, comme tous les jeunes, un portable vissé dans la main. Dennis nous explique que la télé leur apporte certaines connaissances, à défaut d’aller à l’école (seuls les plus jeunes y sont allés brièvement), et puis c’est surtout grâce à la télé qu’ils maitrisent maintenant un peu l’indonésien.
La nature est leur espace de vie. Dès notre arrivée, Mr Toy, le chef de famille, monte à mains nues comme un singe, à 6 ou 7 mètres en haut d’un arbre pour couper avec sa machette quelques branches garnies de délicieux fruits qui ressemblent à des litchis, en plus goûtu. On en rempli un gros panier, et voilà le goûter du jour : fruits frais à volonté ! Ce premier apperçu nous dessine une partie de la vie des Dayaks, qui oscille entre tradition et modernité. Leur vie est très simple ; non pas dans le sens facile, mais dans le sens peu de choix à faire : il faut survivre. La nourriture vient de la forêt ou de la rivière, elle est abondante, gratuite et renouvelée. Leur seule source de revenu (mis à part les quelques touristes hébergés) est la vente de caoutchouc prélevé sur les arbres, vendu 1€ le kilo. La maison est constituée de 3 pièces : la cuisine et 2 pièces à vivre où tout le monde dort seulement séparé par une moustiquaire. La salle de bain est la rivière, tout simplement, et un micro cabanon flottant sur l’eau fait office de toilettes.On se dit qu’il ne doit pas être tous les jours facile de vivre dans un espace aussi réduit, entouré constamment des mêmes personnes.
Cette vie décalée a séduit Anthony, un touriste espagnol. Il est arrivé là depuis une semaine et ne compte pas repartir de sitôt. Cet énergumène est en voyage à travers l’Asie depuis déjà 2 ans et demi. Là où il est bien, il y reste. Malgré la barrière de la langue et l’absence totale de confort il partage complètement leur vie en suivant Mr Toy dans ses activités. A coté de lui on ferait presque touriste du club Med’ ! Car selon lui le seul inconvénient ici ce sont les nombreux moustiques...
Nous fêtons ce soir nos 2 mois de voyage et au programme c’est chasse nocturne ! Mais avant d’aller s’aventurer en plein forêt la nuit, il nous faut la protection de Mama...
...Mama est la grand-mère de la maison, dont la légende dit qu’elle a 99 ans... en effet son visage et son corps montrent qu’elle a beaucoup vécu...Mama est tellement courbée en deux que ses mains touchent le sol quand elle marche. Mais Mama est surtout dotée de pouvoir magiques qu’elle aurait reçu d’un cochon sauvage il y a une cinquantaine d’années. L’histoire est particulièrement fantastique : une nuit, alors qu’elle dormait, une voix divine lui signifie l’arrivée de quelqu’un d’important. Le matin même c’est un cochon qu’elle trouve derrière la maison et Mama interprète le rêve en la « personne » du cochon. Celui-ci est doté de pouvoirs magiques. Il est immédiatement adopté et a vécu là de nombreuses années comme un membre de la famille, jusqu’à sa mort, où il transmettra ses pouvoirs à Mama. Quand à nous, on n’a pas bien compris ce qu’elle était capable de faire, mais apparement beaucoup de personnes des environs viennent la voir pour « savoir »... car Mama, elle SAIT. Elle sait tout. Enfin bon, on reste septiques face à ces histoires. Et encore plus à ce moment de la soirée où elle nous fait une séance de spiritisme à base de cailloux et de pâte blanche pour nous protéger de la forêt. Il faut que l’on se badigeonne tour à tour les bras et le visage avec la pâte tout en caressant les pierres (magiques bien entendu). L’espagnol et notre guide adhèrent totalement mais cela devient ridicule lorsqu’ils commencent à extrapoler les compétences de Mama. De notre côté on se garde bien de faire part de nos réserves, pour ne pas vexer l’assistance, mais surtout par respect des croyances locales. A la fin ça devient vraiment loufoque quand Dennis nous raconte les pouvoirs illimités des Dayaks, comme leur capacité à faire voler des couteaux vers leurs ennemis, les musulmans en l’occurence (qui ont émmigrés en masse à Kalimantan suivant un programme gouvernemental idiot).
Nous voici en tout cas protégés de tout mauvais sort, fin prêt pour la chasse ! Nous partons seulement à 4, pour ne pas faire trop de bruit : Mr Toy, le plus grand des jeunes, et nous. Il est 21h, il fait nuit noire, et contrairement à ce qu’on pensait c’est en barque que nous partons. Mr Toy à l’arrière, dirigeant le bateau, nous au milieu, et le jeune à l’avant, debout, sa grosse lampe frontale et son fusil à plomb. A peine 200m parcourus, le bateau s’arrête, le fusil immédiatement chargé et PAN ! On entend quelque chose tombé de l’arbre, nous on a rien vu... C’est en fait un magnifique oiseau au long bec que le jeune a tué et récupère dans les roseaux. On repart, carrément subjugué par sa dextérité. 20 minutes plus tard on accoste après avoir navigué au milieu de hautes herbes. On débarque sur la terre ferme, Mr Toy nous indique de les suivre. C’est ainsi que nous marchâmes longuement, au travers des feuillages et autres denses végétations... soudain, Mr Toy nous fais signe de stopper et d’éteindre de nos lampes. Nous ne voyons plus rien d’autre que la lumière du jeune à travers les branchages, prêt à tirer, tout est silencieux... tout d’un coup PAN ! D’un bond, Mr Toy se précipite pour attraper la proie, le jeune part de l’autre côté. Nous restons coit, sans trop comprendre. La lumière du jeune s’éloigne et on se retrouve vite dans le noir complet... pas très rassurant... Après 1 ou 2 minutes, une 2ème détonation retentie, PAN ! Nos 2 acolytes se parlent et nous comprennons que la proie a finalement été attrapée. Alors qu’on se demandait s’ils n’allaient pas nous laisser là, ils reviennent vers nous tous sourires en bradissant le malheureux animal encore vivant. La bête en question est un « kancil », difficile à décrire. Une petite bête de la taille d’un lapin, mais qui ressemble plutôt à un mini faon. On se demande vraiment comment ils ont pu l’avoir avec leur seule lampe frontale. L’explication viendra au retour : dans la nuit la lumière de la lampe fait ressortir les yeux du kancil telles des billes brillantes. On repart et un peu plus loin, du premier coup cette fois-ci, un 2ème kancil est la cible des chasseurs. Nous marchutes encore longtemps, complètement désorientés. Toujours est-il que d’un coup nous nous retrouvames au bord de l’eau devant la barque. Malgré l’absence totale de chemin, les chasseurs parviennent à se repérer (avec les arbres ?).
Retour au bercail, tout le monde attend, ce soir la chasse a été bonne et c’est le sujet de conversation de tous. N’ayant aucun moyen de conservation, ils gardent normalement les animaux en vie jusqu’au jour du repas, pour que la viande soit la plus fraiche possible. Mais ce soir un des kancil n’a pas survécu à ses blessures, et c’est en direct que l’animal se fait dépioter. C’est assez glauque, d’autant plus que c’est une femelle qui portait un petit...
Après cette aventure, repos bien mérité, on s’endort sous notre moustiquaire dans la même pièce que tout le monde, pas d’intimité ici ! Le lendemain matin on navigue le long de la rivière qui traverse la jungle dense pour atteindre Mancong où l’on visite une longhouse : grande maison traditionnelle Dayak, inhabitée aujourd’hui, servant uniquement pour les grandes cérémonies. De grands totems en bois, placés devant la maison, protègent des mauvais esprits. On se balade dans le village, également entièrement construit sur pilotis, c’est rigolo. Retour de la visite, c’est l’heure du déjeuner, et au menu : kancil ! Nos kancil chassés la veille. Puis en demandant où est passé l’oiseau, Mr Toy nous désigne notre assiette... Du coup on n’a pas su quoi était quoi mais c’était délicieux ! Baignade et douche dans la rivière pour l’après-midi. Pour le 2ème soir tous les jeunes ainsi que Dennis et Anthony partent en moto à la ville la plus proche, à 2h à travers des chemins hasardeux. On reste en tête à tête avec les « vieux », Mama, Mr Toy et sa femme. Ainsi que notre chauffeur de « ces », qui est musulman et a peur de tout ce qui touche aux Dayaks. Il refuse par exemple de manger avec eux et de dormir chez eux, mais ce soir il daigne venir pour la veillée au coin de la bougie. C’était super sympa car on a bien obligé de se faire comprendre. Ils nous ont appris quelques mots de Dayaks car ils parlent mal l’indonésien. Passés la première journée de découverte mutuelle on se sent maintenant plus à l’aise et l’on comprend mieux l’espagnol qui reste pour vraiment apprendre à les connaitre.
Malheuseument le lendemain matin il est déjà temps de repartir, mais nous avons une invitation pour notre lune de miel... Une heure de ces et surtout 8h de bus pour revenir à Samarinda où nous dormons chez notre guide Dennis.
Il habite une maisonnette dans une banlieue tranquille de la ville avec ses 3 filles et sa femme enceinte du 4ème. La plus grande des filles, Florenty, 10 ans, est toute mignonne, et c’est en nous tenant la main qu’elle nous fait faire le tour du quartier. Elle connait quelques mots d’anglais et son père veille à ce qu’elle ne fasse pas de fautes. Le lendemain matin, en attendant Dennis parti travaillé (travail qui consiste globalement à « chasser » les touristes), on apprend aux filles à jouer à la bataille, moment super sympa. Mais Dennis n’arrive pas, et nous partons, tant pis pour lui qui tenait tant à son pourboire.
Nous voilà repartis libre de nos mouvements, après 3 jours à suivre le guide on est content de retrouver notre indépendance. Il reste que c’était 3 jours bien agréable, sans que l’on ait besoin de rien organiser, et surtout une sacrée expérience !! On est vraiment content d’avoir pu approcher ainsi la vie typique de gens vivant dans la foret sans que ce soit mis en scène pour les touristes.
Voilà dejà la fin de notre periple à Kalimantan...
3 petites heures de bus nous suffisent pour rejoindre Balikpapan, encore vers le sud, d’où l’on va prendre un ferry pour rejoindre la Sulawesi (connu aussi sous le nom « Les Célèbes »). Et puis comme ça faisait longtemps que l’on n’avait pas eu de galère... le plan de la ville dans notre bible du voyageur est erroné, tout est décalé. L’hôtel visé n’est pas du tout à sa place, le port non plus... c’est le bordel. Mais à croire que c’était une énigme à résoudre, Baptiste trouve la formule pour finalement lire le plan, mais les hôtels ne nous aident pas : trop cher ou déjà plein... et c’est reparti pour une tournée des hôtels munis de nos lourd sac à dos. Il nous faut finalement s’éloigner en mini-bus pour en trouver un. Nous qui pensions arriver tôt et visiter la ville, c’est raté. Le lendemain on prend nos précautions pour ne pas se louper avec le ferry, car depuis notre arrivée sur Kalimantan on n’a jamais pu avoir confirmation des horaires. Et pourtant si, tout se passe bien, on était bon sur ce coup là. Départ ce jour, arrivée demain matin à Pantoloan, dans le nord de la Sulawesi. Et c’est à l’heure exacte que l’immense ferry rentre dans le port de Balikpapan. Ouahou ! Impressionant, il est énoOorme. C’est Titanic, sans les risques d’iceberg. Cohue pour descendre, cohue pour monter, et on comprend vite pourquoi. Petit budget que nous sommes, nous avons pris des tickets en classe économique et c’est dans des dortoirs dans les ponts inférieurs que nous cherchons 2 places pour dormir. C’est roots ! Le bateau est déjà parti depuis au moins 2 jours et son port d’arrivée n’est que 2 jours plus tard, avec entre-temps 3 arrêts. Pour nous le voyage est court, seulement 12 heures, mais certains y reste les 4 jours. Location de matelas, vente de nourriture, boisson, tongs, éventails et autre, sont disponible à bord. L’ambiance est conviviale, et il le faut ! Parce qu’il fait une chaleur à crever dans les bas fonds de ce Ferry, et surtout nos amies les blattes sont présentes à chaque coup d’oeil. La classe économique est tout de même autorisée à aller sur le pont et c’est de là que l’on s’offre le privilège de faire des coucous d’au revoir aux gens restés à terre avec en fond sonore le gros klaxon du ferry, comme dans les films. La nuit fut difficile, mis à part les vapeurs d’essence, les musiques des portables, c’est la chaleur qu’on a le moins supporté. Obligés à 2h du mat’ d’aller prendre l’air sur le pont tellement que l’on était en nage. Heureusement le trajet pour nous s’arrête à 6h, au lever de soleil magnifique sur les côtes de Sulawesi.
On a passé le cap des 2 mois de voyages avec pour ce 2ème mois, 16 villes/villages visités, 30h de bus, 24h de voiture, 14h de bateau, 3h d’avion, 2h de jeepney et... 100km à moto !


Comments
Mortel! On dirait un épisode de Corto Maltese!
Quelle histoire !
Bravo, mais vous êtes quand même gonflés !
Seriez-vous prêts pour le rendez-vous en terre inconnue ?
Quant on a Joué à "Indiana John s" en France, je ne me doutais pas qu'un jour tu pousserais l'expérience jusque dans la jungle indonésienne !
Bisous... encore hivernal !
coucou les jeunes aventuriers.....toujours aussi passionnant votre périple,profitez -en bien!!!! et que de souvenirs quand vous serez assis au coin du feu dans 50 ans!!!bisou
C'est fort.....quelle aventure ..mais prenez soin de vous...ne revenez pas avec des gros boutons sur le visages et les fesses....et ne touchez pas les cochons que vous ne connaissez pas !!! Mon Dieu, mes enfants..rentrez vite !!
salut les jeunes, merci a vous pour ce voyage et ces belles photos, Sans se deplacer,depaysement total assuré!