Un monde parallele

Trip Start Oct 17, 2007
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Trip End Apr 04, 2008


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Friday, February 29, 2008

Rio, ses cariocas, ses plages, ses monuments, ses équipes de football, ..., et ses Favelas. Rio, c'est aussi ça, autant que le reste. Peut-être même plus, bien qu'elles soient cachées. Parce qu'elles ne sont pas sur les cartes, les favelas sont autant de villes qui n'existent pas. Pourtant, elles sont nombreuses, 800 rien qu'à Rio. Elles regrouppent environ 20% de la population de la ville (donc environ 2,5 millions d'habitants, selon les estimations, car les recensements ne vont pas jusque là). Parmi elles, il y a Rocinha, la favela la plus vaste du Brésil. Découverte d'un monde parallèle, ou des hommes comme nous mènent une vie dont les codes sont si différents...
 
D'abord, d'ou viennent ces favelas ? La première aurait été créée par des soldats démobilisés revenant de la guerre des Canudos. N'ayant aucun logement les attendant à Rio, les soldats s'installèrent sur une colline et appelèrent leur quartier Morro da Favela, du nom de la colline sur laquelle ils stationnaient durant la guerre. Par la suite, le même phénomène s'est reproduit à de multiples reprises, des populations massives qui se déplacent vers les centres d'activités du pays, des structures d'accueil insuffisantes, des favelas qui se crèent.
  
Face au phénomène, les pouvoirs n'ont pas fait grand chose. Une favela est un quartier illégal. Elle n'a pas d'existence officielle, n'est pas mentionnée sur les cartes de la ville. C'est donc très naturellement que l'Etat et les municipalités n'y apportent... rien. Puisque le quartier est illégal, il n'y a pas de raison d'y amener l'eau courante, l'électricité, les services minimaux de voirie, de santé ou d'éducation.
 
C'est ainsi : avant tout, les favelas mettent en lumière l'impuisssance des pouvoirs à traiter les questions sociales primordiales. Le reste -violence, drogue, ce qu'on voit dans les journaux- n'est qu'une suite malheureusement logique.
Le plan Favela-Barrio, qui consiste à intégrer les favelas dans la ville comme des quartiers normaux, marque une volonté des pouvoirs publics de jouer leur role. Mais ce projet se heurte à de multiples difficultés : blocage de crédits, guerre des gangs, guerre entre la police et les gangs, entre autres.
 
L'Etat ne jouant pas son role, d'autres s'en chargent à sa place.
 
Au sommet des favelas, il y a des organisations. Surpuissantes, elles se partagent le marché de la drogue dans la ville... et le pouvoir dans les favelas. Régulièrement, les guerres des gangs secouent les favelas, donnant lieu à de terribles batailles entre des enfants, des adolescents et des adultes sur-armés, et faisant un grand nombre de victimes parmi la population de la favela, touchées par les balles perdues. Ces gangs affrontent plus ou moins régulièrement les forces de police qui tentent d'entrer sans succès dans les favelas. Chaque incursion policière se termine par beaucoup de morts parmi les "civils". A Rio, les 2 organisations en lutte aujourd'hui sont le CV (Comando Vermelho = Comando Rouge) et l'ADA (Amigos dos Amigos). Leur noms sont taggés partout sur les murs, leur existence de notoriété publique, et leur puissance semble sans limite. Rocinha est passé sous le contrôle de l'ADA. C'est donc l'ADA qui dirige la Favela.
 
Au sommet de la favela, il y a un homme : le caid de la drogue. C'est lui qui dirige, autorise, maintient l'ordre. Il s'appuie sur une structure pyramidale bien huilée, composée d'adultes et adolescents qui surveillent et vendent la drogue, et d'enfants qui rabattent les acheteurs (acheteurs qui viennent en très grande majorité des quartiers chics comme Ipanema, par exemple...). Le caid, c'est aussi lui qui finance la vie sociale de la Favela ! Il donne des fonds pour les associations, pour les organismes s'occupant des enfants, pour les écoles de samba, bref, il est l'Etat. Papa Noel et Père Fouettard si on veut... Curieux paradoxe, le caid de la drogue ne peut pas sortir de la favela. Sinon, il va directement en prison. Les pouvoirs ne peuvent pas entrer dans la favela, mais le caid ne peut pas en sortir. Il est prisonnier de son royaume.
Et puis en dessous, il y a des gens. Beaucoup de gens. Comme vous et moi, des gens qui travaillent, ont un emploi, une famille. Employés de bureau, serveurs, travailleurs du batiment, domestiques, ou autres, ils partent le matin, certains en costards cravattes, pour rejoindre la vraie ville, et rentrent le soir dans la favela. Parce que la Favela aussi a des "classes", tous n'y sont pas miséreux, loin de là. Elle regroupe des très pauvres, des pauvres, et des classes moyennes.
 
A Rio, les favelas sont partout où les quartiers conventionnels ne sont pas : ce sont comme des langues d'habitations qui montent le long des collines, surplombant les quartiers "normaux", et offrant, autre paradoxe, les plus belles vues sur Rio et sa baie. Nous avons eu l'opportunité d'effectuer un tour avec un guide dans Rocinha, la plus grande favela du Brésil, et dans Vila Canoas, plus petite et plus appaisée.
 
L'entrée de Rocinha domine de quelques mètres l'école privée la plus prestigieuse de Rio, l'école Américaine. En seulement quelques mètres, nous sommes passés du monde normal au monde parallèle. Nous sommes frappés par l'activité qui règne dans cette "ville". Il y a de la vie ! La favela est pleine de magasins d'alimentation, de petits restaurants, de commerces divers et variés. Les fils electriques raccordes illegalement pendouillent de partout. Les gens y sont comme nous. Le plus stressé pour l'instant, c'est notre guide, qui nous compte constamment, distribue un maximum de "Oi bom dia" aux habitants pour se faire reconnaitre et surveille sans doute chaque mouvement autour de nous. De toutes facons, nous sommes surveilles. "Si des agences peuvent promener des touristes ici, c'est parce que le gang le veut bien", nous dit-il. Evidemment. Sinon, pour entrer dans la favela, il faut y etre invite, et que quelqu'un vienne vous chercher a l'entree.
 
"Mais le but reste le meme : montrer que les habitants des favelas ne sont pas tous des drogués ou des dealers, ce sont des gens normaux." Et pour des gens normaux, il faut aussi des services normaux. Dans Rocinha, il y a des banques, 2 écoles publiques et même une école privée !! Les batiments sont maintenant en dur. Car il ne faut pas s'y tromper, si la traduction courante de Favela est bidonville, celle de Rocinha par exemple n'est plus de béton ni de carton ! Les favelas, comme tous les quartiers, évoluent, se façonnent, les cabanons de plein pied ultra précaires sont progressivement remplacés par des habitations en dur (briques, moellons, béton) avec étages ! Un habitant a meme construit un petit immeuble, et il en loue maintenant  les appartements aux autres habitants.
 
Vila Canoas est l'exemple de l'intégration d'une favela par le projet Favela-Barrio. Il y a l'électricité, l'eau (avec des compteurs, s'il vous plait) et les voies comme les constructions sont en dur. Juste les habitants ne payent pas les taxes d'habitations et foncières, alors que de l'autre coté de la rue (donc à 3m), les propriétaires du quartier hyper huppé de São Conrado les payent.

 
Pour finir, nous visitons un petit centre d'éducation. Des bénévoles aux moyens archi limités essaient de donner aux enfants ce qu'ils ne trouvent pas dans la rue, des clefs pour s'en sortir autrement qu'en entrant dans le gang. Parce que face aux problèmes de la violence, de la drogue, du sous emploi, face aux absences du pouvoir, l'éducation est la seule solution pour que les enfants trouvent leur place dans le monde normal...
 
Nos a priori ont ete balayes. Nous attendions les favelas telles que nous les imaginons depuis la France : bidonville désorganisé, tole ondulé, cartons, peuplé de drogués et de dealers, rues vides et activités inexistantes. En fait, nous avons juste trouvé un autre monde, aux codes différents des notres, mais avec des gens comme nous, qui essayent de vivre une vie la plus normale possible dans cet environnement.
 
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Hotel Ferreira Vienna

Comments

markben
markben on

De vrais reporters!
Bravo pour la qualité de vos analyses socio-politico-économiques ainsi que pour celle de vos photos.

Bises

Marko

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